Ebola Les Africains impuissants face au virus

L’apparition de la fièvre hémorragique Ebola en Guinée et sa propagation dans certains pays d’Afrique de l’Ouest sème la panique sur le continent. Tandis que les pays déjà touchés ont du mal à circonscrire l’épidémie, l’inquiétude grandit chez les autres, et révèle l’impréparation des systèmes sanitaires à faire face à pareil fléau.

Ebola virus particlesDepuis que la fièvre hémorragique Ebola s’est révélée en 1972 en République démocratique du Congo (ex-Zaïre), l’Afrique est restée passive face aux futures réponses à apporter. Une fois la première épidémie circonscrite, les Etats et les dirigeants du continent ne se sont pas préoccupés outre mesure d’engager la recherche face au terrifiant virus. En dépit de quelques réapparitions. Comme on le sait, la recherche fait toujours figure de parent pauvre en Afrique. Le continent ne comptant que sur son parapluie qu’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour réagir aux problèmes sanitaires majeurs. Il n’est donc pas surprenant que la dernière épidémie qui a pour foyer la Guinée ait surpris, voire laissé impuissant plus d’un Etat. Y compris même dans l’organisation qui consiste à limiter les foyers de propagation.

Les conséquences d’Ebola

Parti de Guinée, le virus qui a été transporté par des voyageurs a touché la Sierra Leone et le Liberia voisins d’abord, avant d’atteindre Lagos au Nigeria. En quelques mois seulement, il a fait plus d’un millier de morts en Afrique de l’Ouest. Ce qui a suscité du coup, une psychose et une panique généralisées. Dans ces conditions, plusieurs pays comme la Gambie, le Kenya, le Cameroun, l’Afrique du Sud ont décidé de prendre des mesures draconiennes. En interdisant carrément des vols en provenance des pays touchés par le virus ou en fermant leurs frontières. Et la liste risque de s’allonger encore.
Au-delà des conséquences sociales et sanitaires, ce sont les conséquences économiques qui inquiètent le plus. A l’échelle internationale, les transports et le tourisme sont les premiers secteurs à subir les effets pervers de ce fléau. Sans compter les économies nationales déjà fragilisées par la crise économique. A Lagos, par exemple, beaucoup de marchés ont été désertés pour cause d’Ebola. « Nous ne vendons plus rien. Nos denrées périssables pourrissent. Tout le monde a peur d’Ebola et nous ne savons pas ce que nous deviendrons si ça continue », se lamente Esther Kayodé, commerçante au marché de Surulere à Lagos. L’activité économique tourne donc au ralenti. Et à en croire l’OMS, il faudra attendre au moins six mois pour espérer contenir l’épidémie. Mais en attendant, dans nombre de pays, les Africains rivalisent d’ingéniosité contre le virus Ebola.

L’imaginaire des Africains contre le virus Ebola

Au Bénin, avant que le gouvernement n’annonce sa batterie de mesures de précaution le 13 août dernier, les Béninois avaient déjà mis en branle leur fertile imagination. A Porto-Novo, ville située au sud du pays, non loin du Nigeria et où un cas suspect avait été évoqué avant le démenti officiel du gouvernement, le prix de l’oignon avait flambé d’un seul coup. Il était passé de 16.000 FCFA (25 euros environ) à 25.000 FCFA (38 euros). En effet, la rumeur avait vite fait de l’oignon le remède miracle contre le virus Ebola. A Natitingou, ville située au nord, ce fut plutôt le prix du sel qui partit en flèche, après qu’il fut conseillé aux habitants de se laver à l’eau salée. « Nous avons appris qu’il fallait se laver à l’eau salée pour se prémunir du virus Ebola. Et puisque personne ne souhaite être atteint par celle maladie, nous nous sommes précipités pour faire nos stocks de sel en prévision des bains à prendre », confie Françoise Megnon, une habitante de Natitingou. Les églises constituent le dernier rempart au Liberia et en Sierra Leone, en désespoir de cause. A défaut de prier et de chanter pour que les malades guérissent effectivement, on les accompagne ainsi dans leur détresse.

Les systèmes de santé en panne généralisée

Pour le belge Peter Piot, codécouvreur du virus d’Ebola en 1976, l’épidémie actuelle ne prendra pas une ampleur démesurée. Il n’empêche cependant que le virus resurgira un jour encore. Pour l’heure, en tout cas, il a mis en évidence l’état de dégradation avancée des systèmes sanitaires en Afrique de l’Ouest en particulier, voire en Afrique en général. Incapables d’y faire face et de coordonner leurs actions sans attendre l’aide extérieure, il faut espérer que les autorités sanitaires d’Afrique de l’Ouest en tirent les enseignements qui s’imposent. D’autant que les autorités sont prévenues : l’épidémie reviendra. Quand on sait que dans certaines villes d’Afrique de l’Ouest, il y a des hôpitaux qui ne disposent pas de médicaments de première urgence, l’on imagine aisément le fonctionnement des systèmes de santé. De l’avis des experts en santé publique, l’évolution démographique de la région dans les années à venir et son corollaire en guise de défis sanitaires nécessitent un renforcement des capacités afin de prévenir ou lutter contre des maladies infectieuses d’une telle gravité. A cela, de toute évidence, les systèmes sanitaires actuels ne sont pas préparés.

Commentaires