Immigration Les jeunes africains face au mirage de l’« Eldorado européen »

Rien ne semble les décourager. Ils sont de plus en plus nombreux, les jeunes africains candidats à l’immigration. Au péril de leur vie, ils embarquent à bord de tout ce qu’ils trouvent à la recherche d’un paradis qui n’existe nulle part en Europe.

Le rocher du detroit de GibraltarLe rocher du détroit de Gibraltar : l’un des points de passage des migrants africains

« Beaucoup d’Africains meurent aux portes de l’Europe à la recherche d’une vie meilleure, alors que c’est en Afrique qu’il y a tout. Il est temps que l’Afrique se prenne en charge…Il faut investir sur la jeunesse ». Ainsi s’exprimait récemment Cécile Kyenge, la première femme noire nommée ministre en Italie. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, les jeunes africains du continent continuent de se ruer en masse sur les côtes européennes. C’est qu’en vérité, dans leur immense majorité, ils ont perdu confiance en eux et en leur continent. Et un homme qui n’a pas confiance en soi est déjà à moitié handicapé. Ce handicap n’est pas dû au fait que les pays d’Afrique se trouvent dans des contextes sociopolitiques qui sauraient véritablement le justifier ou le favoriser. Mais ce sont plutôt les candidats à l’immigration qui se l’invente plutôt, par désespoir. Les Africains du continent doivent se débarrasser de ce complexe de l’Occident et du colonisé qui s’est mué en complexe du sous-développé, et qui a la vie dure. Au point d’empêcher nombre d’entre eux à se dire qu’ils sont aussi capables de créer, d’inventer et de se construire la société dont ils aspirent au même titre que les autres peuples des pays qu’ils considèrent comme des eldorado ou des références. « Barça mba Barzakh » (Barcelone ou mourir) en langue Wolof du Sénégal est une formule devenue populaire et connue des jeunes. « Je voulais venir en Espagne, et j’ai tout fait pour y arriver. Même si la réalité que je vis aujourd’hui est loin de ce que je m’imaginais, c’est-à-dire gagner de l’argent pour aider ma famille au Sénégal », confie Fall, un jeune sénégalais rencontré dans la vieille ville de Séville.

Beaucoup de jeunes africains ne rêvent que d’une seule chose de nos jours : partir en Occident à la recherche d’un hypothétique eldorado. Sans pourtant se dire que si eldorado il y a ailleurs à l’étranger, il a bien fallu le rêver et le réaliser par le travail. Au prix de moult sacrifices, et au fil des générations. Lorsqu’on voit le nombre d’embarcations de fortune qui partent des côtes africaines pour tenter de débarquer des migrants ou de clandestins sur les côtes européennes, on ne peut qu’être interpellé. Surtout que peu de ces migrants arrivent effectivement à destination.

S’ils sont capables de prendre de tels risques en quête d’un mieux-être ailleurs, on peut se demander pourquoi ne pourraient-ils pas aussi le faire pour exiger des mutations sociopolitiques et économiques susceptibles de leur garantir ce mieux-être sur place. Car cela exige en effet moins de risques que de braver la mer, les gardes-côtes ou les polices des frontières européennes. Pour finalement être renvoyés chez eux ou se retrouver dans des centres de rétention ou encore à errer dans les rues de ces pays dans lesquels ils débarquent, généralement sans qualification professionnelle adéquate.

Exception faite des belles avenues, des villes fleuries, des belles bâtisses de pierre, de verre ou de béton…qu’ils ont le loisir de contempler quotidiennement dans leur oisiveté, nombre de jeunes africains seraient bien mieux chez eux, en Afrique. Cela ne signifie nullement que les Africains ne devraient pas quitter leur continent pour l’étranger. Mais si c’est pour vivre une vie de misère pire que « l’Afrique de misère » qu’ils sont censés avoir fui, cela ne vaut pas la peine de se jeter à la mer.

L'Andalousie en Espagne est l'une des destination des migrants africains : ici, le Palais d'Espagne à SévilleL’Andalousie en Espagne est l’une des destination des migrants africains : ici, le Palais d’Espagne à Séville

Quelles que soient les motivations pour lesquelles certains ont choisi de s’établir hors du continent, l’idée que se font beaucoup de jeunes africains du « paradis européen » est totalement fausse. La démocratisation des moyens de communications avec la télévision et Internet leur montre en effet des images d’un ailleurs, hors du continent, qui attisent ce rêve idéalisé. Et parfois, ce sont les premiers migrants qui y contribuent en masquant la réalité de leur situation en Europe, tout juste pour paraître aux yeux de ceux qui sont encore sur le continent. Sans compter qu’en Afrique, dans les villages reculés, il se trouve encore de nombreux parents pour penser qu’avoir un enfant en Occident est synonyme à la fois de réussite et de prestige. Dans ces conditions, l’incitation à l’aventure le dispute donc à l’espoir d’un soutien financier en retour une fois établi. Si l’Occident était réellement le paradis que l’on croit naïvement en Afrique, il y a bien longtemps que tous les Africains qui y ont une fois foulé le sol ne seraient jamais revenus en Afrique. Qui ne rêve pas de paradis !

Le , marqué comme : . Par Serge-Félix N'Piénikoua.

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