Afrique Barkhane ou l’impuissance des armées africaines face au terrorisme

Après Serval au Mali, la France lance une nouvelle opération de lutte antiterroriste au Sahel : Barkhane. 3000 hommes sont mobilisés pour la cause. Pendant ce temps, les armées africaines sont incapables d’unir leurs efforts contre un ennemi commun. Le retrait des forces françaises d’Afrique n’est pas pour demain !

Barkane 1 PhotoL’armée française s’est fortement impliquée dans la crise au Mali à travers l’opération Serval. Le 11 janvier 2013, devant l’avancée fulgurante des groupes terroristes qui étaient à quelques encablures de Bamako, François Hollande décide de lancer l’opération Serval. 4 500 militaires français sont déployés au Mali. Cette opération visait l’arrêt de l’offensive des groupes terroristes, la destruction de leurs sanctuaires, la sécurisation des élections (présidentielle et législatives), le transfert progressif de la mission aux forces de l’ONU engagées dans le pays (MINUSMA).

Si l’opération Serval a permis de stopper l’avancée des jihadistes, il n’en demeure pas moins que la situation n’est pas encore totalement sous contrôle au Mali. Le Nord du pays est toujours sous occupation. Les attentats suicides y sont légion. De nombreux soldats africains et français y ont laissé la vie.

A l’échelle régionale, la menace terroriste est encore plus forte. Son caractère transfrontalier dû à la nature désertique de la zone sahélienne, requiert une nouvelle stratégie de lutte contre les groupes armés terroristes. Afin de maintenir la pression exercée sur ces groupes armés au-delà des frontières maliennes, la France décide, en partenariat avec les Etats de la région, de réorganiser son dispositif et de repenser la conduite de ses opérations dans l’ensemble de la bande sahélo-saharienne (BSS).

Opération à durée indéterminée

En juillet 2014, François Hollande effectue une tournée en Côte-d’Ivoire, au Niger et au Tchad. C’est un voyage à forte dominante sécuritaire. A la veille du 14 juillet, la France acte officiellement la fin de l’opération Serval au Mali et son remplacement par «Barkhane», du nom d’une dune prenant la forme d’un croissant sous l’effet du vent. Il s’agit d’une opération plus large et permanente de lutte contre le terrorisme au Sahel qui mobilise 3000 militaires français. L’objectif, c’est du contreterrorisme dans toute la région du Sahel. Si Barkhane s’inscrit dans une nouvelle approche stratégique, elle se caractérise aussi par une logique de fusion et de partage des moyens qui, jusqu’alors étaient dévolus à des opérations distinctes (l’opération Serval au Mali, déclenchée en 2013 et l’opération Epervier au Tchad, déclenchée en 1986).

L’opération Barkhane, opérationnelle depuis le 1er août 2014, est mise en place, en partenariat avec le « G5 » , cinq pays de la bande sahélo-saharienne, (Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger et Tchad). « Opération durable », Barkhane bénéficie de moyens considérables: 20 hélicoptères, 200 véhicules blindés, 10 avions de transport tactique et stratégique, 6 avions de chasse et 3 drones. Le commandement est coordonné par un état-major français basé à N’Djamena, au poste de commandement interarmées de théâtre ou PCIAT. Pourquoi le Tchad ? La raison est toute simple. Le Tchad a toujours hébergé les forces françaises au même titre que le Gabon et la Centrafrique. Le Tchad a été également très actif dans les combats contre les terroristes au nord Mali. Les relations militaires entre la France et le Tchad se sont donc intensifiées depuis lors.

Dans le cadre de cette opération, des détachements de forces spéciales sont également présents en Mauritanie et au Burkina Faso. Avec un tel dispositif, la France espère une intervention rapide et efficace en cas de crise dans la zone sahélo-saharienne.

En effet, selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, les jihadistes tentent de se réorganiser en profitant du «trou noir» que constitue le sud de la Libye, livré à lui-même. Outre le Mali, le Niger (où Areva exploite des gisements stratégiques d’uranium) et le Tchad sont en première ligne face au chaos libyen. Les groupes terroristes ou de trafiquants circulent dans toute cette zone, de la Mauritanie au sud de la Tunisie. Deux idées maîtresses guident cette nouvelle opération: la réactivité et la flexibilité. Il s’agit d’être au plus près des zones où circulent les groupes terroristes aux confins de l’Algérie, de la Libye, du Tchad, du Niger et du Mali.

Un pied de nez aux armées africaines

Avec l’opération Barkhane, l’armée française se donne pour mission de « sauver le Sahel africain du terrorisme ». C’est l’occasion ici d’apprécier l’opportunité de telles interventions de la France plus de 50 ans après les indépendances africaines. L’argument philanthropique est spécieux. En réalité, l’importance que la France accorde à la coopération militaire avec les pays africains de son pré carré est à la hauteur de l’intérêt stratégique que représente l’Afrique pour son rayonnement international.

Les dirigeants français le revendiquent très clairement. Qu’il s’agisse de Mitterrand, Chirac, Sarkozy ou Hollande, on retrouve toujours dans leurs discours l’idée que “la France doit garder son rang dans le monde”. C’est l’argument qui légitime le maintien de cette présence militaire en Afrique. Hollande qui avait promis de rompre avec la Françafrique a vite déchanté ! La présence militaire offre de nombreux avantages à la France : elle conditionne, dans une large mesure, la possibilité d’entretenir des situations de monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources stratégiques (Uranium du Niger).

Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il aurait été mieux indiqué pour la France d’accompagner les armées africaines par des formations de pointe, des renseignements et des équipements. Débarquer 3000 soldats sur le continent, c’est infantiliser les armées africaines ! C’est une attitude pratiquement néocoloniale. C’est pour cette raison que certaines populations taxent parfois l’armée française de « force d’occupation » comme on l’entend pendant des manifestations en Centrafique ou au Mali (cas de Kidal). La France ne peut pas avoir vocation à gérer tous les problèmes de l’Afrique comme si le continent et ses dirigeants étaient immatures.

Avoir le sens des responsabilités

Mais si la présence militaire française est contestable, il faut dans le même temps dénoncer la déliquescence des armées africaines totalement en perte de vitesse face aux terroristes. L’amer constat a été fait au Mali. Alors que les groupes armés semaient la terreur dans les villes du Nord, les interminables réunions des états-majors des pays de l’Afrique de l’Ouest ne décidaient d’aucune expédition rapide sur le terrain. La volonté s’est limitée à des déclarations de bonnes intentions. Le manque de ressources financières et l’impréparation ont bloqué un déploiement des forces africaines sur le terrain. Il a fallu l’opération Serval pour enrayer l’offensive terroriste.

Face à l’urgence de lutter contre le terrorisme, les prises d’otages et de rétablir une situation de sécurité dans plusieurs pays du continent comme le Mali, la Centrafrique, la République Démocratique du Congo, la Somalie… la force africaine d’intervention rapide doit rapidement être opérationnalisée.

Elle devra mettre fin aux atermoiements et fixer des objectifs précis pour la sécurité des pays africains. Les nouveaux enjeux géopolitiques le commandent. C’est aux africains eux mêmes d’assurer leur propre sécurité. C’est une totale fuite de responsabilités de se retourner au moindre coup de fusil vers la France.

Pour que la force d’intervention rapide soit efficace, il faut un travail en profondeur au niveau des armées africaines. Il ne doit pas s’agir de forces de contrôle de la population ou de conservation de pouvoirs autoritaires mais d’armées véritablement républicaines dans lesquelles les présidents investiront conséquemment pour le bien-être général.

 

Publication originale: Le stratège

Le . Par Arsène Flavien Bationo.

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