Tchad Le ton commence à monter au Mali, avec le nombre de soldats tués

Le Tchad a payé et continue de payer un lourd tribut à la lutte contre les groupes terroristes et jihadistes au Nord du Mali. Un sacrifice que les autorités tchadiennes ne sauraient accepter pendant longtemps encore si les conditions de l’accomplissement de la mission de leurs troupes ne sont pas respectées…

Mahamat Idriss Deby Itno, Président de la république du TchadMahamat Idriss Deby Itno, Président de la république du Tchad

C’est dorénavant un secret de polichinelle que sans la remarquable contribution du Tchad, l’intervention française au Mali n’aurait pas été facilitée, voire possible. C’est donc grâce au Tchad que, devant la passivité de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la France a pu intervenir. En y envoyant au front son propre fils, le général Mahamat Idriss Deby Itno comme commandant en second des Forces tchadiennes au Mali. Malheureusement, les soldats tchadiens doivent faire face à des risques élevés, avec un nombre considérable de morts dans leurs rangs, dont ils imputent une grande partie de la responsabilité aux dysfonctionnements de la MINUSMA.
« Nous en avons marre ! La MINUSMA considère nos troupes comme du bétail pour les jihadistes. Ils nous considèrent vraiment comme des moutons à sacrifier. A Aguelhok, nos troupes dorment souvent dans leurs voitures (…) A la date du 24 août, il n’y avait même pas une radio à Aguelhok pour communiquer avec les autres localités. C’est grave. Nous nous demandons si c’est parce que nous sommes des noirs que nous n’avons pas droit aux mêmes mesures de protection que les autres troupes ».

Ces propos ont été tenus à des journalistes par un officier de l’armée tchadienne déployée au Mali. Et ils en disent long sur la colère des soldats tchadiens. Même son de cloche à N’Djamena où les autorités tchadiennes font remarquer que depuis le changement de statut de la mission des forces de défense et de sécurité déployées au Mali le 1er juillet 2013, leurs soldats désormais sous mandat des Nations Unies (MINUSMA) sont discriminés.
A travers un communiqué daté du 19 septembre, les autorités de N’Djamena ont déclaré sans ambages que : « Le gouvernement tchadien constate avec regret que son contingent continue à garder toujours ses positions au Nord Mali et ne bénéficie d’aucune relève. Pire, notre contingent éprouve des difficultés énormes pour assurer sa logistique, sa mobilité et son alimentation. Face à cette situation de précarité et de discrimination que subit le contingent tchadien, le Gouvernement interpelle les responsables de la MINUSMA et les invite à un traitement juste et équitable de tous les contingents mobilisés dans le cadre de cette opération ».
Le même communiqué précise par ailleurs que : « Le Gouvernement tchadien ne saurait continuer à observer, sans réagir, ces pratiques discriminatoires dont l’objet est le contingent tchadien. Le Gouvernement de saurait accepter que le contingent tchadien soit utilisé comme bouclier aux autres forces de la MINUSMA, positionnées plus en retrait».
Au sein même de la population tchadienne, beaucoup de citoyens commencent à grincer des dents avec le retour de plus en plus régulier de soldats tués au Nord du Mali. « Nous sommes fiers de notre armée et de nos soldats qui sont intervenus au Mali pour aider un pays frère. Mais ce n’est pas aux soldats tchadiens de se battre et de se faire tuer à la place des autres… », confie Alain Korodj, commerçant de son état à N’Djamena.

Où est la force en attente de la CEDEAO ?

Les autorités tchadiennes n’ont pas tort de frapper du poing sur la table. Il appartient en effet d’abord aux pays d’Afrique de l’Ouest de faire face aux problèmes de terrorisme et de jihadisme dans leur sous région. Ils ne sauraient par conséquent se décharger sur l’appui que leur fournit le pays d’Idriss Deby Itno, même si c’est par le truchement de la France.
La CEDEAO dispose théoriquement d’une force en attente depuis 2004, dans le prolongement de la Force africaine en attente. A sa création, les Etats membres insistaient ainsi que « La CEDEAO devait mettre à la disposition de la force continentale, une brigade de 6500 hommes déployable immédiatement dans la région en cas de conflit. Le brigade de la CEDEAO, à l’instar des autres brigades régionales, doit comporter des composantes militaire, policière et civile et englober les capacités pluridisciplinaires et multidimensionnelles d’une opération de soutien à la paix ». Mais au plus fort de la crise malienne, tout le monde s’est rendu compte qu’elle n’existait que sur le papier. La CEDEAO avait laissé entrevoir l’activation de cette force, faute de l’avoir fait intervenir au plus tôt pour parer au plus pressé. Si en 2012, le Mali avait besoin de l’intervention urgente d’une telle force qui n’a pu le faire, en revanche elle aurait dû être au premier plan aujourd’hui que le Nigeria est encore menacé par Boko Haram. Seulement voilà : les citoyens de la CEDEAO se demandent toujours où est bien passée cette force. Et tout le monde connaît la réponse : sans doute qu’elle attend toujours.

Commentaires

  1. Le , SOTON RODRIGUE a dit :

    QUEL TRISTE SORT POUR CE BEAU CONTINENT.