Sénégal Bibo Bourgi en France, une nouvelle intrigue dans l’affaire Karim Wade ?

Au dernier procès dans l’affaire Karim Wade le 26 septembre, la cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), toujours campée sur sa position de ne pas autoriser le transfert de Bibo Bourgi pour aller se faire soigner à l’extérieur du Sénégal, renvoie l’audience au lundi 13 octobre 2014. Que ce soit Karim Wade, le principal accusé, les avocats de la défense ou ceux de Bibo Bourgi, tous s’accordent sur le caractère indispensable de la présence du complice n°1 dans cette affaire. Mais face à la pression, la CREI a finalement autorisé le mardi dernier Bibo Bourgi à aller se faire soigner en France. Un pas impensable. Une nouvelle intrigue dans ce feuilleton juridico-politique qui vient à coup sûr influencer le procès.

Karim WadeBibo Bourgi, la clé de voûte de l’affaire la plus médiatisée de la CREI, est enfin autorisé, après 20 mois d’attente à aller se faire soigner en France. Jusqu’à la veille de cette autorisation, la suite du procès était suspendue à son état de santé. D’abord, raison principale de sa non-audition, de son absence autorisée à des procès, il sera à l’origine de tous les débats. Les avocats de l’Etat y voient un cinéma et ne comptent pas se laisser faire. « La cour prend ses responsabilités, on peut nous traiter d’assassins, nous l’assumons ». Tandis que de leur côté, les avocats de Bibo Bourgi conçoivent mal le procès sans la présence de leur client. A ce titre, ils ont, à maintes reprises, déposé des demandes de renvoi du procès qui sont toutes rejetées pas la cour. « Certes, il est dispensé d’assister aux audiences mais comment voulez-vous qu’il puisse se défendre s’il n’entend même pas ses co-prévenus témoigner ? », proteste l’un d’eux. « Depuis le début de ce procès, il n’est pas un jour sans que son nom soit cité, et lui reste cloué sur son lit d’hôpital ». Ils ne tarderont d’ailleurs pas à qualifier le procès de politique et « à marches forcées ». Karim Wade aussi, a fini par brandir l’argument de l’absence de son principal complice pour ne répondre à aucune question de la cour à la barre. « Je ne répondrai à aucune de vos questions tant que Bibo Bourgi ne sera pas soigné et en état de comparaître». Comme une débâcle, la décision de la cour de laisser Bibo Bourgi sortir du territoire sénégalais pour ses soins vient laisser tout le monde pantois, hébété. Comme pour dire : « nous le laissons aller se faire soigner. Quel autre argument avez-vous (Karim Wade et les avocats de Bibo Bourgi) ? ».

En effet, l’homme d’affaires libano-franco-sénégalais Ibrahim Abou Khadil, surnommé Bibo Bourgi, est présumé principal complice de Karim Wade, le fils de l’ancien président sénégalais. Car selon la cour et aux dires de Karim, Bibo Bourgi détient à lui seul toutes les sociétés incriminées, 29 des trente comptes visés par la cour. Bref, Karim Wade a reconnu sans ambages à la barre que Bibo Bourgi revendique 90% des biens qui lui sont attribués. Mais vu son état de santé critique, il souffre d’une cardiopathie sérieuse qui s’est récemment aggravée par d’autres complications, ne s’est pas encore fait entendre, selon ses avocats. Contre toute attente, il s’était présenté à un procès en fauteuil roulant et repartit sur une civière. Rappelons qu’au temps où le président Wade était encore au pouvoir, Karim Wade fut chargé de la gestion d’importants projets tel que la préparation et l’organisation du onzième sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) qui a réuni à Dakar les responsables de 57 pays musulmans. Mais vu le retard qu’accusaient les travaux, en 2007, il avait été convoqué par le président de l’assemblée nationale d’alors, M. MackySall, à s’expliquer sur l’opacité qui entoure les travaux de l’OCI. Mais le président de la république, son père, a invalidé la convocation.

Certes, les avocats de la cour ont cédé à la pression, mais de nombreuses inconnues laissent encore la nébuleuse équation que pose la suite de cette affaire insolvable. Le procès du lundi 13 octobre pourra-t-il toujours se tenir ? Jusqu’à quand Bibo Bourgi restera-t-il en France pour se faire soigner ? La cour peut-elle continuer, en toute légalité, l’audition des témoins estimés à près de 80 en l’absence du principal complice ? Et Karim Wade va-t-il enfin sortir de son mutisme qui devient un goulot d’étranglement à la suite du procès ? Bien malin qui nous dira la suite de cette affaire.

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