INDE-AFRIQUE Ce qu’il faut attendre du partenariat

Les pays africains et l’Inde, réunis en sommet à New Delhi il y a quelques années, ont adopté une déclaration dite « Déclaration de Delhi ». Elle met un accent particulier sur le renforcement de leur partenariat pour un bénéfice partagé. Qui dit mieux ?

Narendra Modi, le Premier ministre de l'IndeNarendra Modi, le Premier ministre de l’Inde

Il y a longtemps que l’Afrique n’est plus la chasse gardée pour ainsi dire de ses anciennes puissances coloniales. La France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, le Portugal et les partenaires multilatéraux tels que l’Union européenne l’ont bien compris à leurs dépens depuis que les pays comme les Etats-Unis d’Amérique et plus récemment des pays émergents dont la Chine ont décidé d’y prendre pied.

L’Inde n’est pas un nouveau partenaire pour l’Afrique. Bien au contraire. Depuis plusieurs décennies, il n’est pas une ville importante d’Afrique où l’on ne retrouve une forte communauté de commerçants indiens. Bien plus anciens en cela que les Chinois.

La coopération formelle indienne, quant à elle, existait également dans les domaines aussi variés que la politique sécuritaire, économique, socioculturelle, de la science et technologie, de la formation des ressources humaines etc. ce que le sommet de New Delhi présidé par le Premier ministre de l’époque, Manmohan Sing, apporte de nouveau est cette volonté politique de la renforcer et de la sortir de sa trop grande discrétion.
Aussi, les quatorze pays africains ayant pris part à ce premier sommet du renouveau avec l’inde ont-ils adopté à l’unanimité de conclure un nouveau partenariat fondé sur l’égalité, le respect et l’entente mutuels entre les peuples pour un bénéfice partagé.

Hormis les milliards de nos francs que l’Inde met à disposition des pays africains, il y a encore plus inestimable à savoir la volonté sincère d’un transfert de technologie dans le cadre de cette coopération. Et Dieu sait si l’Inde a de quoi revendre en matière de technologie. A l’Afrique, ce pays aux dimensions d’un continent tant par sa superficie que sa démographie, peut apporter son expertise avérée dans l’agriculture. Cela est d’autant plus capital que l’agriculture est la base de tout développement. Dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui sont une filière de l’avenir, et particulièrement dans l’informatique, les experts indiens font partis des plus prisés de par le monde. Un atout face à la numérisation galopante du monde dont l’Afrique ne saurait rester en marge. A cela, il faut ajouter le savoir-faire des chercheurs indiens en sciences physiques et chimiques utiles à plus d’un titre pour le développement de l’Afrique.

« Ayant remarqué que l’économie indienne est devenue robuste et plus dynamique et la démocratie indienne s’est renforcée, les deux parties ont décidé de tirer parti de ces réalisations en vue de s’aider mutuellement pour devenir autosuffisantes, économiquement dynamiques, en paix avec elles-mêmes et le reste du monde et pour œuvrer ensemble à renforcer leur partenariat ». Telle est la substance de la déclaration dite « Déclaration de Delhi ».
Il n’y a pas, à la vérité, qu’une place de membre permanent avec les pleins droits dans un Conseil de sécurité élargi qui intéresse l’Inde à travers son partenariat avec l’Afrique. Encore moins une certaine coopération internationale pour combattre le terrorisme ou la réduction des gaz à effet de serres. Il y a bien plus, à y regarder de près.

Dans un monde de plus en plus ouvert et globalisant, l’Inde qui a déjà une présence ancienne de ses commerçants sur le continent peut bel et bien se passer de leur ouvrir d’autres débouchés nouveaux il y a. par contre, l’Inde d’aujourd’hui, pays émergent et puissance planétaire, aussi bien économiquement que militairement, ne peut se permettre le luxe d’être absente de la reconquête de l’Afrique que suscitent ses ressources naturelles.
Pour lui permettre d’assumer pleinement son statut, l’Inde a besoin tout comme la Chine, le Brésil, les Etats-Unis et les autres partenaires traditionnels, de se garantir une partie desdits ressources dont regorge l’Afrique et qui font courir plus d’une puissance.

Toutes proportions gardées, c’est à une recolonisation de l’Afrique que l’on est ainsi en train d’assister d’une manière ou d’une autre. A la différence que ce n’est plus militaire qui sont aux premières loges mais plutôt les marchands. Et si cette recolonisation se fait par une économie à visage plus humain comme celle de l’Inde, c’est tant mieux ! Il appartient aux peuples africains et à leurs gouvernants de savoir bien marchander pour en tirer le plus grand parti. Et cela d’abord dans l’intérêt bien compris de l’Afrique.

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