Afrique Les défis de la bancarisation

La capitale congolaise, Brazzaville, a abrité l'édition 2014 du Forum Forbes Afrique le 25 juillet dernier. Une kyrielle d'économistes chevronnés et de sommités du monde des affaires, se sont penchées sur la problématique de la bancarisation en Afrique. L'un deux, l'économiste français Jean-Michel Severino, à travers le thème « Les enjeux du secteur bancaire africain dans la seconde décennie du 21ème siècle », a exploré quelques pistes de solutions aux maux qui freinent l'élan du système bancaire du continent. Après un diagnostic méthodique du secteur.

Vue partielle des sommités à la rencontre de BrazzavilleVue partielle des sommités à la rencontre de Brazzaville

L’économie africaine a longtemps été considérée comme l’enfant malade de la planète. Mais actuellement, Jean Michel Severino peut constater une lueur d’espoir. Contrairement aux autres économies du monde qui peinent à se relever du fait dune série de crises tout aussi sévères les unes que les autres, l’Afrique affiche une croissance qui tutoie les sommets. 5,1%, c’est le rondelet taux qu’affichent les indicateurs, confirmant ainsi l’efficacité des réformes structurelles engagées depuis les années 2000. Mais cette embellie, tempère le conférencier, cache mal des dysfonctionnements structurels auxquels il urge de trouver des solutions idoines. Les banques, dans cette dynamique, ont un rôle central. Malheureusement, note-t-il, le système financier africain est en proie à une multitude de carences qui risquent de perturber le rythme et la durabilité de cette croissance peu résiliente.

Les dysfonctionnements du système bancaire africain

Encore embryonnaire, le secteur bancaire africain traîne comme des boulets les stigmates des programmes d’ajustement structurels qui freinent son élan. Résultat, les banques observent une faible capacité à mobiliser des investissements conséquents au profit de l’économie. Ce phénomène, souvent aggravé par un faible taux d’épargne du fait de l’étroitesse du canal de collecte, crée un environnement bancaire peu attractif et une dépendance flagrante vis-à-vis du système bancaire extérieur peu en phase avec les réalités et les besoins du continent. L’autre goulot d’étranglement est la quasi inexistence de la fonction d’intermédiation bancaire qui prive ainsi le secteur privé de capitaux nécessaires à la construction des infrastructures nécessaires pour soutenir la croissance. De même, pour des contraintes d’ordre institutionnel, financier et parfois culturel, une énorme frange de la population et de Petites et Moyennes Entreprises (PME) se retrouvent exclues du système bancaire et deviennent la proie facile des services informels, qui, en dehors de toute règlementation, appliquent des taux prohibitifs. Conséquence, l’on observe une atrophie du réseau bancaire et des économies d’échelle quasi inexistantes. Nonobstant ces contraintes, le système bancaire du continent affiche un bilan remarquable et une vitalité potentiellement porteuse de croissance.

Des signaux qui ne trompent pas

 

Le président Denis Sassou Nguesso, hôte du Forum Forbes 2014Le président Denis Sassou Nguesso, hôte du Forum Forbes 2014

Les récents progrès du système bancaire africain plaident en faveur d’un regard optimiste sur le secteur. Après la crise de l’ajustement structurel, le secteur a amorcé une courbe ascendante tant en termes qualitatifs que quantitatifs. Quatre grands segments (panafricains, multirégionaux, régionaux et extra continentaux) animés par une panoplie d’institutions bancaires se partagent le marché et s’en sortent à bon compte. Les premiers ont connu une expansion remarquable à l’aune de la croissance économique en cours et du boom démographique que les experts prédisent pour le continent. L’effet de la croissance démographique dans un environnement de croissance économique est en effet porteur d’un élargissement du portefeuille clients, galvanisé par une consommation haussière liée aux nouveaux besoins. Cette progression dans le secteur se verra renforcée avec l’apport déjà notoire des technologies nouvelles qui induisent une simplification des procédures et une réduction des coûts tout en facilitent l’accessibilité aux services. Le mobile banking et toutes les autres technologies assimilées se révèlent donc être une potentielle source d’élargissement du système bancaire dans un environnement marqué par l’accroissement de la clientèle. Dans cette même dynamique, l’avènement de la microfinance permet-t-elle une meilleure densification de la pyramide des consommateurs. Pour conforter ces différentes tendances, de nouveaux horizons méritent une attention singulière.

Les nouveaux défis du secteur

L’accroissement démographique avec son corollaire d’urbanisation fait du secteur immobilier une véritable aubaine pour le secteur bancaire, tout comme le crédit bail et le financement des PME qui constituent une source potentielle d’élargissement des produits. Les pouvoirs publics gagneraient à créer un environnement institutionnel approprié afin de capter des capitaux en faveur de secteurs capables de stimuler et de soutenir durablement la croissance.

Sur un autre plan, le système bancaire africain doit nouer de nouveaux partenariats avec des secteurs en pleine expansion, au nombre desquels les compagnies d’assurances et les opérateurs télécoms qui constituent de nos jours un véritable vivier de capitaux. Les relations banques/bourses de valeur doivent également faire l’objet de complexification pour asseoir les bases d’une meilleure complémentarité porteuse de profits réciproques. Les banques ont, par ailleurs besoin, dans un souci de déploiement plus large, de s’intéresser au « private equity ». Ceci par un savant captage des flux d’investissements internationaux en faveur du secteur privé. Le capital-investissement qui connaît une vitalité impressionnante depuis des années se pose alors en véritable rempart contre la faiblesse du système boursier pour soutenir les entreprises à fort potentiel de croissance.

En définitive, les progrès du système bancaire africain sont plutôt prometteurs. S’il est vrai que plusieurs goulots d’étranglement parsèment encore le chemin et freinent quelque peu l’élan du secteur, les efforts conjugués des décideurs politiques et des opérateurs bancaires, permettront de créer un environnement favorable à l’éclosion et à l’épanouissement d’un secteur bancaire moteur de croissance pour le continent.

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