Belgique Quand l’Afrique rencontre l’Europe à Bruxelles…

C’est à Bruxelles, capitale de la Belgique et de l’Europe, que d’éminents universitaires, savants et chercheurs du continent africain et de sa diaspora se sont donné rendez-vous les 3, 4 et 5 octobre dernier. Pour célébrer la recherche, la créativité, l’audace et le dialogue interculturel à travers un double événement : le « Prix International Cheikh Anta Diop » et le « Prix International Imhotep ». Une façon ou une autre pour l’Afrique et sa diaspora d’aller à la rencontre de l’Europe, bien des siècles après que celle-ci soit allée à sa rencontre en Afrique mais d’une tout autre façon qu’Aimé Césaire et les Africains lui ont toujours reprochée.

L'Atomium, symbole de Bruxelles et de la Belgique, réalisée par l'architecte André Waterkeyn à l'occasion de l'Exposition universelle de Bruxelles de 1958, demeure le monument le plus populaire de la capitale de l'EuropeL’Atomium, symbole de Bruxelles et de la Belgique, réalisée par l’architecte André Waterkeyn à l’occasion de l’Exposition universelle de Bruxelles de 1958, demeure le monument le plus populaire de la capitale de l’Europe

Cela faisait vingt ans, à un mois près, que je n’avais plus foulé le sol bruxellois. Comme par un curieux hasard, j’avais en son temps transité par la capitale belge pour Bordeaux en France, en tant que lauréat de Reuters Foundation, la fondation de l’Agence de Presse Reuters. Et en cette fin septembre, le nominé pour le Prix International Imhotep que j’étais pouvait espérer en être aussi récipiendaire. Mais encore fallait-il attendre la remise du prix en question avant d’avoir le cœur net.

En attendant donc l’ouverture du Colloque-Salon International du Livre Panafricain de Bruxelles 2014 et les prix qui devraient consacrer le double événement, je pouvais m’offrir tranquillement une bonne visite de la capitale de l’Europe.

Une ville agréable

salon du livreLe Directeur des Editions Menaibuc, Salomon Mezepo et le Chargé de Communication, Hubert Freddy Ndong Mbeng face au public à l’ouverture du Colloque-Salon International de Bruxelles 2014

Bruxelles est la capitale de la communauté française de Belgique et de la communauté flamande aussi. Cette ville qui remonte au VIIème siècle après Jésus-Christ, s’est développée tout au long du Moyen Âge pour devenir totalement en phase avec son époque en accordant une place de choix à l’environnement. La Bruxelles d’aujourd’hui n’a pas seulement la fière allure de toutes les capitales les plus modernes d’Europe. Elle a également son supplément d’âme qui fait sa singularité. Entre le centre-ville de verre et de marbre, les vieux quartiers au style parfois nordique, la cité bruxelloise déroule un charmant contraste.

Pour le visiteur de passage, elle laisse l’impression d’une circulation moins encombrée. Même si l’on peut tomber dans quelques bouchons, ils ne sont guère longs. Pas plus que dans d’autres capitales européennes. Le plus frappant reste sans doute son aménagement environnemental. D’un endroit à un autre, l’on a parfois l’impression d’avoir quitté la ville pour la campagne avec les espaces verts aménagés qui en font l’une des capitales les plus vertes d’Europe. Fortement cosmopolite du fait même de la présence de nombreuses institutions de l’Union européenne et des représentations diplomatiques du monde entier, l’on peut difficilement s’y sentir dépaysé ou s’ennuyer. Mon tour de la ville part de la Place Merode, manifestement en chantier, pour aller au centre ville sur la belle promenade des Galeries Royales en passant par la Présidence de la Commission de l’Union européenne, le Palais Royal, l’Atomium, la basilique du Sacré-cœur… Durant ces quelques jours que je consacre à découvrir Bruxelles.

Le Colloque-Salon international du livre panafricain de Bruxelles

ColloqueDe nombreuses personnalités politiques et académiques de l’Afrique et de sa Diaspora étaient présentes à l’ouverture du Colloque-Salon International du Livre panafricain de Bruxelles 2014

Pour mémoire, le Salon international du livre panafricain a été fondé par le Professeur Grégoire Biyogo, Lauréat de la Sorbonne, Laboratoire de Logique de Paris VIII, Président de l’Université Panafricaine de la Renaissance et Directeur des Editions Imhotep. Cet universitaire de renommée mondiale qui a publié 45 livres, écrit 35 préfaces, savant et continuateur de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, historien de la philosophie, égyptologue, politologue et poéticien (théoricien de la coappartenance des Ekang et des Egyptiens anciens, père de plusieurs discours au Gabon et en France, veut ainsi faire se rencontrer périodiquement l’Afrique et sa diaspora avec le reste du monde. Créé en 2011 à Paris, le Salon international du livre panafricain représente l’un des événements culturels et intellectuels les plus prestigieux de notre époque, dont le dessein est de déceler, de rassembler et de promouvoir les représentants les plus éminents de la vie littéraire, culturelle et intellectuelle du continent africain et de sa diaspora.

La particularité de la rencontre de Bruxelles 2014 est que le salon se doublait d’un colloque à l’initiative de l’Université Protestante d’Etudes Interculturelles de Bruxelles représentée par le fondateur du Prix International Cheikh Anta Diop lui-même, le Professeur Sylvain Kalamba Nsapo, Docteur en théologie, éminent théologien, historien de la théologie africaine et Doyen de la Faculté d’études interculturelles à l’Université Protestante de Bruxelles et de l’Institut Universitaire Africain d’Etudes Prospectives (INADEP-EUROPE) représenté par le Professeur Mubabinge Bilolo, Docteur en histoire de la philosophie ancienne, historien de la philosophie, égyptologue, philologue et Directeur de recherche à l’INADEP. Bien entendu, avec la participation aussi des universités ci-après : Université de Lubumbashi, Université Pédagogique Nationale de Kinshasa, Université Protestante au Cœur du Congo de Mbujimayi (RD Congo) ; Université Omar Bongo du Gabon ; Universités de Douala, de Yaoundé I et de L’UCAC du Cameroun ; Université Paris Jussieu, Paris VIII de France, Université Protestante d’Etudes Interculturelles de Bruxelles (Belgique).

Le Prix International Cheikh Anta Diop et le Prix International Imhotep

BELGILe Professeur Benjamin Ngadi, Docteur en philosophie, Spécialiste de Heidegger et Directeur de Cabinet du Président de l’Assemblée Nationale du Gabon a rehaussé de sa présence, au nom du Gabon, la cérémonie de consécration du Professeur Grégoire Biyogo par le Prix International Cheikh Anta Diop

En marge de l’ouverture du Colloque-Salon international du livre panafricain, j’avais rendez-vous avec Dominique Sewane, Ethnologue, Philosophe de renom et par ailleurs titulaire de la chaire UNESCO à La Sorbonne qui est venue spécialement de Paris. Et deux de ses amis chercheurs aussi qui venaient, eux, de Strasbourg. J’étais tellement heureux de faire sa connaissance que j’ai même oublié de mémoriser cette rencontre en faisant des photos. En effet, nous sommes entrés d’emblée dans le vif des sujets qui nous passionnent tous deux. J’avais déjà lu et relu plusieurs fois son livre Le Souffle du mort Les Batammariba (Togo, Bénin) publié chez Plon, Prix Robert Cornevin, que j’ai d’ailleurs parsemé d’annotations personnelles. Il s’agit pour moi, soit dit en passant, du livre le plus abouti que j’ai lu sur les peuples appelés Somba de manière générique au Bénin et les Batammriba en particulier. J’entends par là que qui dit Batammariba, dit aussi ipso facto Natemba – le peuple auquel j’appartiens – par procuration. Les Batammariba et les Natemba ne faisant, en réalité, qu’un seul et même peuple anciennement, aussi bien culturellement que linguistiquement.

La rencontre de Bruxelles qui s’est ouverte le 3 octobre au Creative District du Silver Building non loin de la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF) a connu, entre autres personnalités politiques, la participation de l’ancienne Députée Mie-Jeanne Nyanga Lumbala d’origine congolaise, de l’actuelle Députée au Parlement Bruxellois Fatoumata Fathy Sidibé d’origine malienne et de Benjamin Ngadi, le Directeur de Cabinet du Président de l’Assemblée nationale du Gabon. Elle s’est ensuite déplacée sur le site de la Plateforme africaine de la Chaussée de Jette les 4 et 5 octobre. Différents stands ont été animés parles éditeurs présents. En l’absence du Président du Comité scientifique, le Professeur Pascal Adjamagbo, Agrégé de Mathématique, Docteur d’Etat, Mathématicien éminent proposé à la Médaille Fields, Ingénieur, c’est son vice-président qui a officié. Il s’agit du Professeur Souleymane Atta Diouf, Docteur en Mathématique, Docteur en Economie, Ingénieur, éminent inventeur (auteur de plusieurs brevets en énergie solaire).

salon du livre 2L’un des témoignages les plus poignants de cet important événement fut celui du Professeur Clémentine NZUJI MADIYA, Pr. Emérite de l’UCL, récipiendaire du Prix International Imhotep pour l’ensemble de son oeuvre (on la reconnaîtra sur cette photo dans sa vêture en pagne au milieu). Témoignage d’espoir et d’exhortation pour les jeunes générations qui n’est autre qu’un legs de paroles de sa mère à transmettre à ses petits enfants. Mais un témoignage qui vaut pour tous les enfants d’Afrique et qui se résume en une devise essentielle dans la vie: le travail, le travail encore et le travail toujours. Le poète n’a-t-il pas dit que c’est le travail qui fait l’homme!

Tandis que le Professeur Sylvain Kalamba Nsapo a consacré par le Prix International Cheikh Anta Diop à eux décernés deux des grands savants africains, les Professeurs Mufuta Kabemba et Grégoire Biyogo pour l’ensemble de leurs carrières universitaires et de leurs œuvres, le Professeur Biyogo a pour sa part honoré aussi du Prix International Imhotep des universitaires, écrivains, chercheurs, éditeurs, étudiants d’Afrique et de sa diaspora. Ainsi vingt ans après avoir été Lauréat de Reuters Fondation, je puis donc m’honorer aussi dorénavant d’être Lauréat du Prix International Imhotep en Nubiologie pour l’ensemble de mes recherches et de mes publications sur la Nubie Antique.
A Bruxelles, sous le thème générique de « Présences de l’Afrique dans un nouveau cycle de recherches scientifiques mondiales», les Africains ont parlé de l’Afrique au-delà même des sciences, sans complexe et de manière critique mais responsable. A travers les Prix Cheikh Anta Diop et Imhotep, ils ont légué à la postérité des symboles susceptibles d’influencer positivement la jeunesse, de susciter une émulation féconde au sein de la communauté kamite et de présenter une autre image de l’Afrique devenue combative et inventive.

 

Par Marcus Boni Teiga, envoyé spécial

Commentaires

  1. Le , Prof Kalamba Nsapo a dit :

    J’ai créé le Prix International Cheikh Anta Diop en vue d’attribuer une récompense internationale aux plus grands chercheurs africains de la diaspora et de susciter une émulation féconde au sein de la communauté kamite.
    Ce Prix est en train de devenir une association sans but lucratif dotée de ses statuts. Je profite de cette occasion pour demander aux kamites du monde entier de le soutenir et d’appuyer toutes les actions destinées à sauver Cheikh Anta Diop de l’oubli.
    L’année prochaine, le Prix Cheikh Anta Diop sera attribué aux inventeurs kamites dont on apprécie les découvertes en énergie solaire ou en médecine.
    Honneur aux ancêtres!
    Prof Kalamba Nsapo

  2. Merci pour ce condensé, une excellente présentation. la meilleure façon pour nous de présenter l’Afrique autrement est d’écrire, de publier des vrais livres à l’africaine. révolu le temps où l’on disait: « pour cacher la vérité aux noirs, il faut la cacher dans un livre »,car aujourd’hui, nous lisons et faisons lire.