Madagascar Que peut cacher cette « mise en sécurité » de l’ex-président, Marc Ravalomanana ?

Qui l’aurait cru ? Le « PDG de la grande Île » est privé de sa liberté dans son pays. L’ancien président malgache est depuis hier tombé dans la nasse. Si le président Hery Rajaonarimampianina dément une arrestation et avance « une mise en sécurité », tout confirme plutôt le contraire et ce, pour plusieurs raisons.

L'ancien Président malgache Marc Ravalomanana dans un bain de foule de ses partisansL’ancien Président malgache Marc Ravalomanana dans un bain de foule de ses partisans

Aussitôt rentré au pays après un exil de plus de 5 ans en Afrique du Sud, l’ancien président malgache, Marc Ravalomanana est arrêté le même jour, ce lundi 13 octobre, par des gendarmes à son domicile. Il est rentré au pays dans la nuit du dimanche au lundi (12 au 13 octobre) dernier. Aussitôt arrivé, il est accueilli par une foule de ses partisans à son domicile à Antananarivo d’où il tient une conférence de presse des plus provocatrices. « Si quelqu’un vient ici pour procéder à des arrestations, il faut lui dire d’aller voir ailleurs. S’il insiste, dîtes lui d’envoyer le président (de la République), s’il y en a un ici« . Et comme la réponse du berger à la bergère, la réaction du gouvernement sera double. C’est d’abord le directeur de cabinet du président de la République qui précise sur la radio nationale que « Le régime actuel déclare qu’on ne lui a pas demandé son avis et qu’il n’est pas au courant du retour au pays de l’ancien président Marc Ravalomanana« . Après quelques heures, la foule qui grouille devant la maison Marc Ravalomanana sera dispersée à l’aide de gaz lacrymogène, avant l’arrivée des forces spéciales de la gendarmerie qui ont investi le domicile pour procéder à son arrestation. Un peu plus tard, pour calmer les ardeurs et satisfaire les multiples interrogations que suscite cette arrestation, devant la presse, le président Hery Rajaonarimampianina a apporté des clarifications. « Monsieur Marc Ravalomanana n’a pas été arrêté. Il n’a pas été emprisonné. Il est mis en sécurité contre les menaces de toutes sortes »

Marc Ravalomanana est victime de sa témérité

Quand on sait que depuis quelques mois, l’exilé d’Afrique du Sud est contraint à ne pas rentrer au pays par le refus de renouvellement de ses passeports par l’actuel régime malgache, il est aisé d’anticiper sur le sort du gros poisson tombé dans la nasse. Selon le garde des sceaux malgache, ce refus est motivé notamment par la méfiance du gouvernement vis-à-vis de Ravalomanana. Le 24 septembre dernier, lors d’un déjeuner de presse, Noëline Ramanantenasoa, le ministre de la Justice, avoue que « c’est lui en personne qui pose les problèmes sur son retour à Madagascar par le non-respect de sa parole et de ses engagements. […] Qui peut garantir qu’une fois arrivé à Madagascar, il ne va pas semer des troubles ?». Mais Marc Ravalomanana qui a déjà annoncé officiellement sa rupture avec le régime de l’actuel président Hery Rajaonarimampianina, n’a pas tardé à lui répondre : « Je rentrerai à Madagascar avec ou sans passeport ». Mieux, les derniers remous de la sortie médiatique des avocats de l’Association des Victimes du 7 février (AV7) présageaient pourtant un rebondissement des moins heureux dans le feuilleton politico-juridique qui a commencé depuis fin 2009 pour Ravalomanana. Les défenseurs des blessés et des meurtres commis sous le régime Ravalomanana II, réclament, à défaut de l’arrestation du présumé coupable, la mise en vente de ses biens afin de régler les dommages et intérêts dus aux victimes. Mais nonobstant ceci, Ravalomanana, déjà trois fois de suite accusé par contumace à des travaux forcés à perpétuité et contre qui est lancé un mandat d’arrêt international pour le meurtre de 36 personnes commis par sa garde alors qu’il était encore président, a tenu à défier l’Etat et la justice malgaches, voire les victimes qui réclament justice. Et voilà, c’est fait ! Le grand téméraire a mis à exécution son plan mais c’est sans compter avec la détermination du régime de Hery Rajaonarimampianina.

Quel sort est réservé à Ravalomanana ?

Marc Ravalomanana, l'ancien Président malgacheMarc Ravalomanana, l’ancien Président malgache

Les interrogations fusent tous azimuts et de bon droit. Vu les antécédents de Ravalomanana avec la justice et le pouvoir en place, et à considérer la situation socio-politique tumultueuse ayant commencé depuis 2009, on sait déjà que le sort de l’ancien président est suspendu à la décision du gouvernement. On peut s’attendre à deux cas de figure. Soit le régime va lui retourner la monnaie de sa pièce en le livrant aux magistrats afin que justice soit rendue. Dans ce premier cas, on peut s’attendre à un soulèvement des partisans de l’ancien président et à des émeutes dans les prochains jours. Ou, le deuxième cas, comme a précisé le président, il sera effectivement « mis en sécurité », donc gardé en résidence surveillée, à Diego Suarez, dans le nord de Madagascar, afin de le protéger contre les partisans de son rival d’Andry Rajoelina, l’ancien maire d’Antananarivo qui l’avait renversé pour s’installer au pouvoir. Le gouvernement, pour jouer à la carte de l’apaisement pour une réconciliation nationale, peut profiter de cette « mise en sécurité », pour chercher à la fois à satisfaire les victimes du 7 février 2009 et sans frustrer les partisans de l’accusé. Dans tous les cas, les jours prochains édifieront les uns et les autres à son sujet.

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