Burkina, le début d’un deuxième « Printemps Noir » ?

L’insurrection populaire qui a entraîné la démission et ensuite la fuite de l’ex-président Blaise Compaoré du Burkina Faso, a été qualifiée par divers noms : « coup d’Etat » pour les partisans de l’ancien régime et « Printemps Noir » pour ses adversaires et détracteurs, entre autres. Si l’on considère le refus des peuples d’Afrique Noire de laisser tripatouiller et manipuler les Constitutions qui régissent leurs pays comme un « Printemps » à l’instar du « Printemps Arabe », alors on ne pourra parler dans ce cas que du deuxième « Printemps Noir ». Et pour cause…

L’Afrique Noire a déjà connu son premier printemps entre la fin des années 1980 et le début des années 1990. Avec son lot de violentes manifestations, voire de centaines de morts au Mali sous le général Moussa Traoré. Et contrairement à l’idée généralement répandue, ce premier « Printemps Noir » ne doit rien à la Chute du mur de Berlin. Les faits historiques sont là pour démontrer qu’il a commencé longtemps avant cet autre événement majeur, mais qu’il a peut-être atteint son paroxysme avec l’effondrement du mur de Berlin. Soit. Faut-il cependant voir en les événements récents du « Pays des hommes intègres », le début d’un deuxième printemps ?

Seuls les mois à venir nous diront si la volonté populaire du peuple burkinabé de voir sa Constitution scrupuleusement respectée fera tache d’huile en Afrique, à l’instar des Conférences des forces vives de la fin des années 1980. Une chose est sûre, le Burkina Faso a déjà donné l’exemple, en montrant la voie à suivre et pour les dirigeants et pour les peuples d’Afrique Noire. Et comme le disait si bien François de La Rochefoucauld : «Rien n’est si contagieux que l’exemple ». En cela, le peuple burkinabé peut être légitimement fier d’avoir écrit par lui-même une page glorieuse de l’histoire de son pays, et par-delà celle du continent. Il appartiendra maintenant à chaque peuple, face au contexte qui est le sien, de savoir trouver les voies et moyens d’assumer son propre destin. L’Afrique et le monde entier ont eu la preuve, s’il en était encore besoin, que : « l’homme fort, c’est le peuple tout entier », comme on nous le chantait pendant la période révolutionnaire au Bénin notamment (1972-1989). Mieux, aucune Constitution n’est au-dessus du peuple. Pour l’avoir oublié, l’ex-président Blaise Compaoré, pourtant jadis révolutionnaire, l’aura réappris à ses dépens.

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