Politique en Afrique De la révolution burkinabé à l’union sacrée des sociétés civiles africaines

Le soulèvement populaire au pays des «hommes intègres» fait prendre la tangente au militaire-président qui se croyait tout permis. L’onde de choc produit par l’événement sonne le glas des dictatures et montre la voie aux peuples du continent encore sous le joug.

Vue aérienne de la manifestation gigantesque de l’opposition burkinabé contre la révision de la Constitution le 28 octobre à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.Vue aérienne de la manifestation gigantesque de l’opposition burkinabé contre la révision de la Constitution le 28 octobre à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

Débarqué par la rue puis réfugié en Côte d’Ivoire, l’ex-capitaine-président du Faso, pendant vingt-sept ans, aura tenté le diable pour mériter son sort. Son cas vient à propos, en cette période annonciatrice de 2015, année des élections en Afrique. De la Guinée-Conakry en République Démocratique du Congo, du géant Nigeria au pays de l’Eléphant africain -la Côte d’Ivoire- en passant par le Bénin et le Togo, le Burkina Faso ayant joué son destin autrement, la sous-région va traverser une zone de turbulences, pour cause de tenue d’élections politiques, tous azimuts. Les législatives, la présidentielle, les deux cumulées, ou à tout le moins les locales, essaimeront le paysage sociopolitique africain.

Au Bénin, La désignation des maires est attendue non sans incertitude et devrait avoir eu lieu en 2013. Une jurisprudence existe depuis la mémorable conférence nationale de février 1990. Ce tournant de l’histoire béninoise avait vu l’introduction du multipartisme intégral et le respect des droits de l’homme. Un quart de siècle après, l’alternance induite apparait obsolète et les élections de proximité, jusque-là tenues à bonne date, sont reportées sine die. La représentation nationale aux mains du pouvoir avait dicté sa loi faisant jouer les prolongations aux maires et conseillers communaux. La loi votée au parlement déclenche la polémique qui enfle, dénonçant la manœuvre. Le renouvellement de la légitimité des élus est revendiqué, pour au plus tard, le premier trimestre de 2015. A défaut, leur autorité bafouée risque d’être mise à mal. En réalité, le régime de Thomas Boni Yayi est soupçonné de vouloir s’éterniser.

Les institutions supra nationales s’ingèrent…

Dans l’air du temps, sous les tropiques, on s’accroche à son strapontin par le jeu malsain des tripatouillages de Constitutions. Le «beau Blaise» -comme jadis Compaoré se faisait appeler- a osé le énième coup de poker d’une révision constitutionnelle qui lui avait toujours marché. Hélas, le forfait débouche sur la démission du capitaine fuyard qui détale, contraint de quitter un navire qui prenait de l’eau. Pour éviter, soutiennent-ils, une déstabilisation de la sous-région, les chefs d’Etats de l’Union africaine (UA) et de la Cédéao s’impliquent dans la crise. Le sommet extraordinaire d’Accra initié par la Cédéao marque sa divergence avec l’UA qui brandit un ultimatum, faute du retour du pouvoir aux civils. L’homme fort du moment, le lieutenant-colonel Zida s’en tient, lui, aux propositions issues des assises inclusives burkinabé.

Par le passé, des institutions supra nationales s’étaient ingérées, avec des fortunes diverses, dans des crises internes aux pays membres, pour être accusées d’intervenir quand il ne le faut pas et de le faire lorsqu’elles devraient se ranger.

En 1982, Goukouni Oueddeye, le chef de l’Etat du Tchad est soumis aux recommandations de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) -l’ancêtre de l’UA- qui lui demande d’ouvrir des négociations avec la rébellion menée par Hissein Habré. Le processus en cours, il voit l’ennemi marcher sur N’Djamena, la capitale, pour l’en déloger. Au nez et à la barbe de la force africaine d’interposition déployée à cet effet, ainsi que des troupes françaises présentes sur le sol tchadien dans le cadre d’un accord de coopération militaire.

Plus récemment, la cooptation de Faure Gnassingbé, suite au décès du Général Gnassingbé Eyadéma, lequel a régenté l’Etat togolais de 1967 jusqu’à sa mort en 2005. En son temps, le truculent Olusegun Obasanjo du Nigeria, Président en exercice de la Cédéao, avait enjoint au jeune «héritier du trône» de rendre le tablier, arguant que le Togo n’était pas une monarchie. La menace aura fait long feu et, depuis, Faure Eyadéma est et demeure le locataire incontesté du palais de la présidence. Mieux, la non limitation des mandats votée, du temps de son géniteur, lui accorde de rempiler de pleins droits… à vie. Mais les velléités de réformes constitutionnelles exprimées par les Togolais sont de plus en plus manifestes. La révolution burkinabé les y conforte.

… dans les rues de Bamako, Cotonou et Niamey

La présidence à vie qui pousse à l’instrumentalisation des systèmes politiques et à la manipulation des populations reste un dénominateur commun dans les pays africains. La préservation des droits devrait sensibiliser à la mutualisation des forces et moyens de faire respecter l’alternance au sommet.

Autant des instances communautaires (UA, Cédeao, Uémoa, Association des maires, Parlement des ainés et des jeunes…) fonctionnent dans la légalité mais pas toujours oints du sceau de la légitimité populaire, autant les démocrates du continent devraient susciter la même vocation au niveau des sociétés civiles. Dans un cadre organisé, les corps constitués des nations (fédérations de travailleurs et ONG de défense des droits de l’homme…) venus de l’étranger pourraient prendre part au combat de leurs camarades du pays hôte, après avoir montré pattes blanches. Dans un coin de terre quelconque, où des abus sont constatés sur les libertés, on saluerait des citoyens partis d’ailleurs soutenir leurs homologues en difficulté. Le temps serait ainsi venu, où des marches pacifiques de revendications et de protestation impliquent des Ivoiriens, Sénégalais et Togolais dans les rues de Bamako, Cotonou ou Niamey aux cotés des Maliens, Béninois ou Nigériens et vice versa. Et on espère ne pas assister aux interdictions trop facilement brandies pour mater et exacerber les rancœurs.

A terme, c’est un dispositif inédit de dissuasion pour accompagner les objectifs de développement communautaire fixés par les organisations supra nationales.

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