Général Kouamé Lougué, l’homme que la révolution du 30 octobre au Burkina réclamait

Le Général Kouamé Lougué, ancien ministre de la DéfenseLe Général Kouamé Lougué, ancien ministre de la Défense (capture d’écran RTB).

30 octobre, 15 h 17: la source de Courrier des Afriques sur place à Ouagadougou, au sein même du collectif de l’opposition confirme que les manifestants de la Place de la Nation ont appelé le très populaire Général Kouamé Lougué à prendre ses responsabilités pour éviter le chaos. Il s’est ensuite entretenu avec le Moro Naba, l’Empereur des Mossi, et pourrait faire une déclaration dans les heures qui suivent. Curieusement, cette déclaration tant attendue ne viendra jamais. En lieu et place le Général Nabéré Honoré Traoré, Chef d’Etat-major des armées et le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, Adjoint au Chef d’Etat-major particulier de l’ex-président Blaise Compaoré; se proclameront successivement Chef de l’Etat et de la transition. Ce qui sème la confusion. Avant que l’armée ne règle ses dissensions en interne, avec la désignation du Colonel Zida « à l’unanimité », selon les termes même de la déclaration finale.

Le Général Kouamé Lougué n’est pas un inconnu du sérail politico-militaire du Burkina Faso. Ancien Chef d’Etat-major particulier et ancien ministre de la Défense de l’ex-président Blaise Compaoré, il avait été écarté de ce dernier poste dans des conditions qui ont fait couler beaucoup d’encre et de salive. Quoique soupçonné de tentative de coup d’Etat en octobre 2003, ses accusateurs s’étaient néanmoins gardés de le clouer au pilori. Le Capitaine Ouali avait été considéré comme le cerveau présumé et tout désigné de cette tentative. Avec le Commandant Sié Rémy Kambou. Mais beaucoup de Buriknabé y ont simplement vu un règlement de compte entre le Chef d’Etat-major particulier de Blaise Compaoré, le Colonel Gilbert Diendéré, et le ministre de la Défense de l’époque, le Général Kouamé Lougué.

Lors d’une présentation des vœux du régiment de la sécurité présidentielle, Gilbert Diendéré avait notamment déclaré: « Les tentatives d’infiltration en notre sein, la volonté manifeste de nous démoraliser et déstabiliser ce corps n’ont pu et ne pourront en rien annihiler la détermination que nous avons à accomplir notre devoir sacré, celui de défendre la République même au prix du sacrifice suprême ». Une déclaration qui en disait long sur les rivalités entre les deux chefs militaires.

Le journal L’indépendant de Ouagadougou – dont Norbert Zongo, assassiné le 13 décembre 1998 était le fondateur – écrivait ainsi à cette occasion au sujet de cette ténébreuse affaire que : « Qu’on le veuille ou non, Lougué est un officier supérieur aimé de la base. Toute tentative de l’humilier risque de provoquer un remue-ménage et une grogne au sein des soldats acquis à sa cause ».

Au plus fort des manifestations de l’opposition et de la société civile à Ouagadougou, le 30 octobre dernier, le nom du Général Kouamé Lougué a été au centre des conversations au Burkina. Il ne pouvait en être autrement quand on sait que dizaines de milliers de manifestants ont scandé son nom en lui demandant de prendre « ses responsabilités » tandis qu’ils marchaient sur le palais présidentiel de Kosyam. En réclamant a cor et a cri le départ pur et simple sans conditions de Blaise Compaoré.

Plébiscité par les manifestants qui ont chassé Blaise Compaoré du pouvoir, Kouamé Lougué aura été mis à l’écart de toutes les décisions prises par l’armée et même menacé de mort à ses dires : « Mes frères d’armes ont tout fait sans m’associer », a déclaré le Général Kouamé Lougué à la BBC. Et il a ajouté : « J’ai dû quitter la salle sans que personne ne sache parce que mon garde-de-corps m’a prévenu que si j’y restais, je n’allais pas en sortir (…) J’étais obligé de quitter parce que mon garde-de-corps m’a prévenu que si je ne quittais pas la salle, c’est mon cadavre qu’on viendrait prendre ». Il se refuse cependant à nommer des personnes, évoquant une obligation de réserve. «Vous saurez tout, un jour », dit-il.

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