Burkina/Transition Les négociations reprennent ce jour entre les forces vives et l’armée

La grande manifestation de l’opposition à Ouagadougou a été dispersée le 2 novembre à la Place de la Nation par les militaires qui l’ont occupée. Ils ont également pris possession de la radiotélévision nationale en tirant des coups de sommation, mais les tractations avec les ténors de la chute de Blaise Compaoré ont aussi commencé hier au siège du Conseil économique et social.

Lieutenant-colonel Isaac Zida président par intérim du Burkina Faso Lieutenant-colonel Isaac Zida président par intérim du Burkina Faso.

Elles reprennent aujourd’hui 3 novembre qui est une journée décisive et cruciale dans le processus de transition au Burkina. L’opposition et la société civile réclament toujours sans concession une transition « démocratique civile » et consensuelle. L’armée a-t-elle les moyens de la refuser, au risque de se mettre à dos et les Burkinabé et toute la communauté internationale ?

A en croire le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas : « La CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies sont encouragées à continuer leurs consultations avec les uns et les autres, les parties prenantes burkinabè, pour trouver une porte de sortie conforme à la Constitution, notamment la mise en œuvre d’un organe constitutionnel avec un leader civil. »

L’armée burkinabé sait déjà à quoi s’attendre si elle s’entête à vouloir se maintenir à la tête de la transition consécutive à la « Révolution du 30 octobre» et la chute de Blaise Compaoré. Une avalanche de sanctions sous régionales et internationales qui mettraient le pays dans une situation encore plus difficile. Au regard de cela, l’intérêt supérieur de la nation commande que les uns et les autres sachent raison garder dans les négociations entamées depuis hier à Ouagadougou. L’opposition et la société civile, pour sa part, a déjà dit non au « coup d’Etat » de l’armée.

Pour Luc Marius Ibriga, président du FOCAL qui s’est confié à RFI, il est hors de question de laisser se l’insurrection du peuple burkinabé se transformer en coup d’Etat au profit de l’armée. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec la reprise en main de la situation par le Colonel Yacouba Isaac Zida et la suspension de la Constitution. Et Luc Marius Ibriga d’inviter l’opposition et la société civile à dire non à cet état de fait en déclarant : « Et nous exigeons la levée de la suspension de la Constitution et l’ouverture d’une transition civile et démocratique qui serait dirigée par une structure consensuelle qui adopterait une charte de la transition, pour nous permettre de revenir à un fonctionnement régulier des institutions ».

Il faut dire que cette volonté affichée de l’opposition et de la société civile burkinabé rejoint aussi celle de l’Union africaine (UA). Laquelle, après moult atermoiements, a publié un communiqué en ces termes : « Il nous semble important que les forces armées et de sécurité du Burkina se mettent à la disposition des autorités civiles, qui doivent conduire la transition, et agissent dans un esprit républicain. Nous pensons qu’une transition civile et consensuelle répondrait non seulement aux aspirations légitimes du peuple burkinabè aspiration au changement, aspiration à l’approfondissement de la démocratie, mais faciliterait aussi grandement la mobilisation de l’assistance internationale pour permettre une sortie de crise ».

D’après une source de Courrier des Afriques qui a déclaré: « Nous ne voulons pas laisser l’armée confisquer notre révolution », les négociations continuent avec les militaires pour trouver la meilleure voie en vue d’une transition que l’opposition et la société civile veulent nécessairement « démocratique et civile ».

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