Nigeria L’ex-président Olusegun Obasanjo face à face avec Aké Festival

Au nombre de ses panels de discussions, le Festival Aké d’Abeokouta a reçu comme invité d’honneur l’un des plus grands fils d’Abeokouta, en l’occurrence l’ancien président Olusegun Obasanjo. Une interview suivie d’échanges avec les participants qui a tourné sur la vie et l’œuvre de l’illustre homme politique du Nigeria et d’Afrique le 21 novembre dernier.

L'invité d'honneur et ex-président du Nigeria,  Olusegun Obasanjo, lors de la discussion avec les participants d'Aké Festival à Abeokouta.L’invité d’honneur et ex-président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, lors de la discussion avec les participants d’Aké Festival à Abeokouta. (Crédit photo TOJ Photography).

L’entretien avec l’ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, que ses compatriotes appellent affectueusement et avec un certain respect « Baba » (Père) a débuté par son cursus scolaire et sa formation militaire. Pour finalement déboucher sur sa double carrière militaire et politique, avec la désormais triste et mémorable guerre du Biafra.

A ce propos, quand les participants demandent à l’ancien président si le gouvernement et son armée de l’époque ne sont pas comptables de nombreuses violations des droits de l’homme, le politique prendra le dessus sur le militaire. D’autant plus que, de façon habile, il va retourner la question en demandant où commencent et s’arrêtent les responsabilités des uns et des autres. Ceux qui provoquent la situation de guerre et ceux qui en gèrent les conséquences. De la même façon, à propos de l’implication de Wole Soyinka, célèbre Prix Nobel de Littérature, et de sa rencontre avec Olusegun Obasanjo, ce dernier aura une version qui diffère littéralement de celle de Wole Soyinka. Alors que les autorités politiques de l’époque le soupçonnaient de vouloir aider les sécessionnistes du Biafra, lui ne cesse de clamer qu’il était allé plutôt chercher la paix et établir un contact de négociation. Un quiproquo que les deux fils d’Abeokouta ont beaucoup de mal à lever bien des années après.
Olusegun Obasanjo sera, par contre plus direct et net sur la question de l’homosexualité au Nigeria et en Afrique. En s’abritant d’abord derrière sa foi catholique, et en arguant que si Dieu voulait de l’homosexualité, il aurait créé soit uniquement des hommes, soit des femmes. Il ne va d’ailleurs pas hésiter à répondre au discours de l’Occident en disant que l’Afrique n’oblige pas les Occidentaux à la polygamie comme ils semblent vouloir le faire vis-à-vis de l’Afrique quant à l’homosexualité.

Pour l’ancien président du Nigeria, le vrai défi du pays aujourd’hui reste la question sécuritaire, avec en toile de fond la secte islamiste de Boko Haram. Et d’affirmer que si les autorités du pays avaient suivi ses conseils, on n’en serait pas là aujourd’hui. Olusegun Obasanjo raconte qu’il avait réussi à obtenir un cessez-le-feu de Boko Haram en son temps et des engagements du président Goodluck Jonathan de respecter certaines promesses qui ne l’ont plus été. Ce qui a contribué à empirer la situation.

L’ex-président du Nigeria considère comme son plus grand accomplissement à la tête du pays, le fait qu’hormis les grands groupes Yorouba, Haoussa-Fulani et Igbo, il est dorénavant possible aux ressortissants même de la plus petite des minorités du pays de pouvoir accéder à la magistrature suprême. C’était impossible il y a quelques années, en raison de la géopolitique nationale.

Tout au long de l’entretien, l’on a vu un Obasanjo très politique et qui a conservé de bons réflexes d’homme d’Etat, malgré son âge. Né le 5 mars 1937, Olusegun Obasanjo est l’homme qui prend en main les destinées du Nigeria après l’assassinat du Général Murtala Ramat Mohamed dans une tentative de coup d’Etat manqué le 13 février 1976. Il conduit alors la transition qui verra l’élection de Shehu Shagari, le premier président civil démocratiquement élu en 1979. Arrêté et condamné avant d’être libéré sous le régime du Général-dictateur Sani Abacha, il ne reviendra au pouvoir qu’en 2003 à la suite des élections que le Général Muhammadu Buhari va contester, mais qui seront validées. A la suite de ses deux mandats présidentiels, Olusegun Obasanjo sera finalement contraint de passer le témoin à feu Umaru Yar’Adua, non sans avoir tenté en vain de s’offrir un troisième mandat.

 

Par Marcus Boni Teiga, envoyé spécial

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