Afrique / Démocratie Quelle démocratie pour l’Afrique ?

Depuis l’accession des différents pays africains à l’indépendance, les expériences démocratiques qu’ils ont engagées connaissent des fortunes diverses. Manifestement, elles ont du mal à s’enraciner dans les mœurs sociopolitiques face aux écueils sur lesquels elles buttent. A telle enseigne qu’on est en droit de se demander quel genre de démocratie faut-il pour l’Afrique ?

Marche de l'opposition béninoise le 29 octobre à Cotonou, la capitale du Bénin, pour exiger l'organisation des élections et le respect des normes démocratiques. (Photo Brice Karl)Marche de l’opposition béninoise le 29 octobre à Cotonou, la capitale du Bénin, pour exiger l’organisation des élections et le respect des normes démocratiques. (Photo Brice Karl)

La démocratie est le meilleur système sociopolitique qui soit aujourd’hui. Tout le monde est unanime à le reconnaître, sous quelque latitude que l’on soit. Contrairement à ce qu’on peut penser, on distinguait déjà des formes bien démocratiques dans l’Afrique ancienne qui n’était pas faite que de monarchies totalitaires. J. Lombard en confirme d’ailleurs l’existence par exemple au Bénin et écrit à ce propos que « dans ces sociétés sans Etat ni chef qu’on a appelées parfois dans une fidélité à l’étymologie des « anarchies », l’organisation politique se distinguait mal de l’organisa¬tion familiale. La souveraineté y était diffuse et reposait sur la personne des chefs de lignage, le plus large groupement de parenté localisé. La démocratie présentait donc un caractère à la foi social et politique puisqu’il ne s’établissait au sein des groupes aucune différenciation sociale en fonction de la naissance ni en fonction des activités professionnelles. Seuls l’âge et le sexe définissaient le statut social de chacun, mais au niveau des familles, droits et obligations étaient partout identiques. Définies comme telles, les anarchies de l’Atacora (ndlr : Nord-Ouest du Bénin) sont loin d’être des sociétés sans ordre au sein desquelles l’individu est livré à lui-même et à ses caprices comme continuent de l’affirmer certains auteurs. Il s’agit de sociétés éminemment démocratiques ».

La démocratie n’est pas une invention occidentale

La démocratie n’est donc pas une invention occidentale et la question de savoir si les pays africains sont assez mûrs pour la démocratie ne se pose pas. En revanche, les réalités multiples et multiformes des pays africains posent immanquablement la question des modèles démocratiques les mieux adaptés à ces réalités. Entendu que la démocratie est loin d’être une camisole tout faite que l’on peut faire porter à n’importe quel pays ou un modèle passe-partout. En cela, on peut même affirmer que tous les pays, qu’ils soient riches ou pauvres, sont tous en voie de développement en matière de démocratie.

Seulement voilà : les mécanismes de fonctionnement d’une démocratie dans un pays riche d’Occident vont vite montrer leurs limites dans un pays pauvre d’Afrique. Pour des raisons à la fois économiques, sociales et culturelles. Au point de rendre inopérants les modèles occidentaux de démocraties que les pays africains ne se gênent pas pour calquer. « Si nous devions discuter du problème, je pense que nous aurions dû au préalable réfléchir sur la démocratie. Parce que, tout compte fait, pour qui connaît l’Afrique, les pouvoirs anciens n’étaient pas totalement dictatoriaux. La démocratie typiquement occidentale a ses contraintes et ses réalités. Nous aussi, nous devons réfléchir pour trouver chacun, en ce qui le concerne, une forme de démocratie qui puisse prendre en compte les valeurs démocratiques qui sont bonnes en Occident et également les valeurs de notre terroir ». Tel est le point de vue de l’ex-président malien, Amadou Toumani Touré.

Quel modèle démocratique pour l’Afrique ?

Le modèle démocratique de type occidental restera pour longtemps encore « un luxe » comme le déclarait il y a quelques années l’ex-président français Jacques Chirac lors d’une visite à Abidjan en Côte d’voire à feu l’ex-président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Tous les pays africains, sans exception aucune, ne réunissent pas à l’heure actuelle les fondements nécessaires à son fonctionnement normal. Il s’agit en l’occurrence d’un bon niveau d’éducation des populations, de l’existence de classes moyennes et d’embryons d’Etat-Nation comme contrepoids aux clivages ethniques ou confessionnels qui ont la vie dure en Afrique. Autant de conditions sine qua non sans lesquelles toutes transpositions de modèles occidentaux de démocraties en Afrique resteront des gageures.

Si les règles qui fondent tout Etat démocratique sont universelles et valent tout aussi en Occident qu’en Afrique, les mécanismes de fonctionnement eux, devraient obéir aux particularités de toute démocratie, de tout pays par voie de conséquence. Et c’est là que les expériences démocratiques pèchent en Afrique, tout simplement du fait de la paresse intellectuelle des élites dirigeantes et de leur incapacité à oser inventer de nouveaux modèles mieux adaptés aux contextes nationaux. Sans pour autant trahir la quintessence des fondements de toute démocratie. On ne cessera jamais assez de le dire, les élites africaines pour une large part en effet, n’ont pas encore réussi à se débarrasser de leur complexe de colonisé, promptes à tout copier de l’Occident sans réfléchir. Mais surtout mal copier, du reste.

Quand on observe les expériences démocratiques qui ont été conduites çà et là depuis la fin des années 80, le constat est aujourd’hui plus que décevant. Même dans les pays comme le Bénin considéré entretemps comme le « laboratoire de la démocratie » en Afrique, la régression démocratique est telle qu’une nouvelle réflexion s’impose sur la démocratie majoritaire ou la règle de portée générale et impersonnelle en Afrique.

 

Source : Africa 24 Magazine

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