Afrique/Democratie Sale temps pour les Constitutions en Afrique

Vue aérienne de la manifestation gigantesque de l’opposition burkinabé contre la révision de la Constitution le 28 octobre à Ouagadougou, la capitale du Burkina FasoVue aérienne de la manifestation gigantesque de l’opposition burkinabé contre la révision de la Constitution le 28 octobre à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

L’Afrique de la fin des années 80 a connu ce qu’on a appelé le vent du « Renouveau démocratique ». A l’instigation des mouvements pro-démocratiques d’Afrique francophone, ce vent balaya en son temps des décennies de régimes dictatoriaux et leur corollaire de partis uniques. Du coup, il ouvrit la voie au multipartisme et à la « re-démocratisation » du continent. Certes, ces différents mouvements pro-démocratiques bénéficièrent d’un coup de pouce dû au contexte sociopolitique international de l’époque : la chute du mur de Berlin. Mais si ces contestations sociopolitiques étaient fondamentalement endogènes – et il est important de le préciser -, l’on reconnaîtra toutefois au président français d’alors, François Mitterrand, le mérite d’avoir accompagné les processus de Renouveau démocratique. En liant, dans son fameux discours de La Baule, l’aide au développement à la démocratisation des pays, lors du sommet France-Afrique. Bien au-delà des ex-colonies françaises, c’est l’ensemble des pays d’Afrique Noire qui se remirent ainsi à l’apprentissage de la démocratie. Inspiré en cela, pour une large part, par la désormais historique Conférence nationale de février 1990 au Bénin. Une conférence souveraine des forces vives du pays au cours de laquelle l’ancien « Quartier Latin de l’Afrique » devenu l’« Enfant malade de l’Afrique » opéra sa mue en passant d’un régime militaro-marxiste à un « régime démocratique », et cela sans effusion de sang. Plus de deux décennies après, les espoirs suscités par ces folles années de changements démocratiques ont fait long feu. Il apparaît désormais, de manière évidente, que les Africains doivent chercher maintenant dans leur génie propre les mécanismes adéquats au fonctionnement de leurs sociétés. Plutôt que de se contenter toujours de transpositions de modèles occidentaux qui ont déjà montré leurs limites, à l’épreuve des réalités sociologiques et politiques. De nouvelles réflexions s’imposent donc ! Et il va falloir s’y atteler. Mais en attendant, faut-il pour autant se laisser tenter par un nouveau vent : celui des « Révisions constitutionnelles » ? A cette question, nous répondrons sans ambages par la négative. Au fond, l’avalanche de révisions constitutionnelles qui s’annonce constituera, à n’en point douter, le couronnement d’une régression démocratique entamée depuis quelques années déjà. Comme pour ne rien arranger, le contexte sociopolitique actuel en Afrique est tel que certains dirigeants vont y chercher tous les prétextes pour justifier leur volonté de révision constitutionnelle. Et c’est à peine s’ils n’invoquent pas le Déluge après eux, lors même qu’il faut mettre cet état de fait sur le compte de leur volonté de s’éterniser au pouvoir. Car, tout pays qui possède des institutions fortes et qui fonctionnent normalement devrait ipso facto être capable d’en assurer leur pérennité, quel que soit le contexte. Sans qu’il y ait besoin d’homme fort et « irremplaçable » pour qu’on lui taille une Constitution à sa mesure, comme une camisole toute faite. En effet, c’est à l’aune de cette pérennité des institutions et de cette succession d’hommes à leur tête que se mesure une démocratie qui fonctionne. Malheureusement, çà et là en Afrique, ainsi qu’il est aisé de s’en rendre compte : il fait un sale temps pour les Constitutions. Ironie du sort, ce n’est plus un président français qui, à l’instar de la fin des années 80, tire la sonnette d’alarme pour indiquer la voie démocratique à suivre. C’est plutôt un président américain, en l’occurrence Barack Obama, qui appelle au respect des Constitutions en Afrique, à mettre en place des institutions fortes et non des hommes forts. Sans que, hélas, l’on n’entende la voix de la France. Même pas une petite voix ! Pourtant ! Et pourtant…Il est plus aisé d’élever la voix pendant qu’il est encore temps que d’intervenir militairement, quand rien ne va plus et qu’il est trop tard pour élever la voix.

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