USA Lettre ouverte à mon cher cousin Barack Obama

Les Américains n’ont pas encore fini avec les questions raciales. Loin s’en faut. Les émeutes de Ferguson sont là pour le rappeler à tous. Même si ton élection à la Maison Blanche, cher cousin, a semblé donner l’impression aux Noirs que les choses étaient réellement en train de changer dans cette nouvelle Amérique. Ce n’est qu’en apparence en effet. La décision du grand jury de ne pas poursuivre Daren Wilson pour avoir tué le jeune Michael Brown a montré que je n’avais pas tort d’attirer ton attention sur cet état de fait. Avant de te renvoyer ma lettre que je t’avais adressée il y a déjà quelques mois, et qui en dit long, je tiens quand même à t’apprendre que j’ai rencontré à « Aké Arts and Book Festival d’Abeokouta au Nigeria », une autre cousine Luo, correspondante de la BBC au Nigeria et qui n’en revenait pas quand je lui ai raconté l’histoire de nos ancêtres : les Luo. Il se trouve que par le plus grand des hasards, Christine Otieno, est du même village que ta grand-mère : Kogelo.

Rencontre entre la journaliste Christine Otieno (Luo du Kenya) et le journaliste-écrivain Marcus Boni Teiga (Luo du Nord-Bénin) Crédit Photo : Will Ross (Correspondant BBC au Nigeria).Rencontre entre la journaliste Christine Otieno (Luo du Kenya) et le journaliste-écrivain Marcus Boni Teiga (Luo du Nord-Bénin) Crédit Photo : Will Ross (Correspondant BBC au Nigeria).

Monsieur le président des Etats-Unis d’Amérique,

Non, ce n’est pas diplomatique…

Excellence monsieur le président des Etats-Unis d’Amérique,

Non, ce n’est pas fraternel…

Très cher cousin,

Non, c’est trop familier…

Cher cousin,

Le président américain, Barack Obama.Le président américain, Barack Obama.

Encore une fois et d’emblée, je m’en voudrais de ne pas prier tous ceux qui ne sont des Luo ou Louo de m’excuser de te tutoyer dans la pure tradition de nos ancêtres. J’avais déjà expliqué dans la première lettre que je t’avais adressée, les raisons pour lesquelles je ne devais pas te vouvoyer. Je ne reviendrai donc pas là-dessus, tellement j’ai beaucoup de choses à te dire.

Mais j’avais promis qu’après la présidentielle américaine dans laquelle tu étais engagé pour un second mandat, je reviendrais vers toi à travers une longue lettre. J’écrivais alors : « Quand tu auras beaucoup plus de temps pour me lire après ta campagne électorale, je m’évertuerais à t’écrire une plus longue lettre. Je t’écrirais alors une longue lettre, dans le plus pur style lointainement fleuri et parabolique des traditions Luo. D’ici à là, je te souhaite une bonne chance à la présidentielle et du courage face à la crise économique ». J’ai donc voulu respecter ma parole ou ma promesse comme savaient si bien le faire nos ancêtres, les Luo. Car avec la parole d’un Luo d’antan, on aurait pu aller aujourd’hui dans n’importe quelle banque américaine (JP Morgan, Wells Fargo, Citygroup, Bank of America ou autre), pour y retirer de l’argent sans chèque ni mandat. Ils disaient en effet que « la parole est comme de l’eau, et quand on l’a versée, on ne peut plus la reprendre. On l’a versée, une bonne fois pour toutes, et on doit la respecter ». Comme quoi, en ces temps-là, la parole était d’or. Voilà pourquoi, ils devaient retourner leur langue à deux fois avant de dire un seul mot. Qu’est-ce que les temps ont bien changé depuis les temps de nos ancêtres, les Luo.

Les Luo : fondateurs de la civilisation égypto-nubienne

Depuis le début de ma lettre, je parle des Luo et d’aucuns devraient se demander : mais qui sont donc ces Luo-là
en fait ? Je suppose qu’étant descendant de Luo toi-même de par ton père, cher cousin, tu as dû faire quelques recherches là-dessus. Il n’empêche que j’explique à tes compatriotes Américains et aux curieux du monde sans doute nombreux qui sont ces Luo-là, du moins qui étaient ces Luo-là. Nos ancêtres disaient que « les choses des ancêtres sont insondables et qu’on ne les choisit pas, mais c’est plutôt elles qui vous choisissent ».
Les Luo sont présentés actuellement comme un Peuple d’Afrique habitant les régions du Nyanza au Kenya et de Mara en Tanzannie. Mais il y a aussi une minorité de Luo en Ouganda notamment. Leur origine la plus ancienne est située à Thèbes en Egypte. Mais ce que beaucoup ignorent ou ignoraient jusque-là, c’est qu’il y a aussi des Luo au Bénin, au Ghana, au Nigeria, au Tchad, et au Soudan qui est en vérité leur foyer originel. Je veux dire, en vérité, des descendants de Luo authentiques, parce qu’en vérité des Luo du Paléolithique supérieur, il n’en existe plus. Et si je t’appelle cher cousin, c’est parce que je sais par mes ancêtres que je suis descendant de ces Luo qui ont migré de la Nubie ancienne jusqu’au Bénin, en Afrique de l’Ouest. En effet, les Natemba du Nord-Ouest du Bénin, peuple auquel j’appartiens moi-même se désignent comme des Noun Yo Louo, c’est-à-dire les Luo, gardiens des temples sacrés de la Nubie. En somme, le peuple Lévite, si tant est qu’on puisse faire la comparaison. Nos ancêtres disaient qu’ « un cabri ne met jamais bas pour qu’un mouton vienne lécher son petit ».

L’histoire des Luo commence dès le Paléolithique en effet. Quand les premiers peuples de Nubie entament diverses migrations tous azimuts, ils décident alors de confier la garde de leur mère-patrie à la lignée de leur benjamin, conformément aux traditions ancestrales. Et c’est cette lignée qui deviendra le Peuple Luo, c’est-à-dire les gardiens du temple originel, et par conséquent les Prêtres de Nubie. Le vocable Luo lui-même veut dire « Prêtre ». Que les migrants reviennent ou non, ils avaient ainsi par cette dévolution des tâches la certitude que, de génération en génération, la tradition sera respectée et pérennisée, et qu’un jour s’ils revenaient ou si leurs descendants revenaient; ils trouveraient que la « maison ancestrale » ou la « maison sacrée » a été bien gardée. Je te parle bien des croisades, comme on dit familièrement, du temps où l’Homo sapiens a décidé de conquérir le monde.

C’est pour préserver cet héritage multiséculaire, en fin de compte, que les Luo qui se sont établis en Afrique de l’Ouest ont quitté la Nubie entre le Vème et le VIème siècle, notamment les villes de Napata et de Méroé, en emportant avec eux tous leurs secrets. Voilà comment au bout de moult pérégrinations, le noyau le plus conservateur s’est définitivement installé de part en part de la chaîne des montagnes de l’Atacora, au Nord-Ouest du Bénin. Et voilà comment je suis aussi né dans ce bout de monde. Nos ancêtres disaient qu’ « il n’y a pas de hasard dans le destin ».

L’Afrique doit se réapproprier son histoire ancienne

L’histoire est très longue et complexe. Quand j’étais enfant et que je posais la question à ma mère de savoir d’où venaient nos ancêtres, elles me répondaient invariablement qu’ils sont descendus du ciel avec un Tata Somba et qu’une partie a été retrouvée dans une termitière. Tu peux aisément comprendre que ces réponses-là ne satisfaisaient guère le petit curieux que j’étais. Si effectivement un Tata Somba était descendu du ciel, il se serait brisé en mille morceaux avant même d’atteindre la terre, et si des personnes pouvaient sortir d’une termitière, on en aurait certainement extrait des millions d’autres depuis. Ce sont évidemment pareilles explications qui masquent mal les secrets que cachent ces descendants de « peuples archaïques » qui vont aiguiser ma passion pour l’histoire tout au long de mon existence. A l’école, je ferai ainsi de l’Histoire et Géographie ma matière principale, avant même que je n’élise le journalisme comme passion et métier. Mais jamais ma passion pour l’histoire ne prendra la moindre ride. Nos ancêtres disaient que « ce qu’on a apporté en naissant, on l’emporte toujours en mourant et ça ne vous quitte jamais avant l’heure».

Mon métier de journaliste m’absorbant tout mon temps, je m’étais promis de me consacrer à l’histoire de mon peuple que je trouvais franchement bizarre par ses us et coutumes quand je prendrais ma retraite du journalisme. Cependant, un événement inattendu va changer le cours des choses. Le décès de mon oncle Koupouoti N’Tcha Kounouonta dit Kounouonta Pounfa, le dernier des grands griots du pays Natemba va me décider à mettre entre parenthèse ma carrière de journaliste pour me consacrer à l’histoire de mon peuple. Et de fil en aiguille, je vais faire le chemin inverse de la migration pour me retrouver en Nubie chez mes ancêtres, les Luo. Que dis-je ? Chez nos ancêtres, les Luo. C’est ainsi que j’ai fini par savoir que nous étions des cousins. Cousins lointains, voire très lointains, mais cousins quand même par l’Histoire.

Cher cousin, Barack Obama, l’histoire ne s’arrête pas là. Nos ancêtres disaient que « c’est l’enfant qui sait bien se laver les mains qui mangent avec les grands ». A force de fouiller et de fouiner partout, de remuer le passé enfoui, j’ai fini par découvrir comment ils ont crypté et codé l’héritage qu’ils nous ont laissé. Qu’il s’agisse de l’origine du langage ou des langues, de la philosophie, de l’écriture, de la médecine, de l’astrologie, des mathématiques…, tout cela est né en Nubie, lors même qu’on disait aux peuples Noirs qu’ils sont des peuples sans histoire, il y a encore quelques décennies. Nos ancêtres disaient que « le soleil est comme la vérité et la vérité est comme le soleil, on a beau la ou le cacher, il ou elle finira toujours par apparaître ». L’Afrique Noire n’a pas encore fini de révéler ses secrets au monde. Ce que je puis te dire, pour clore ce chapitre sur l’histoire, c’est que toutes les langues que nous parlons dans le monde entier, sans exception aucune, descendent d’une seule et unique langue mère – le Nara ou Chat – dont nos ancêtres, les Luo étaient les gardiens des codes secrets en Nubie. Il s’agit là de la grande révélation de mes travaux sur l’histoire de l’Afrique Antique dans la série de mes publications aux Editions Dagan en France La Nubie et les origines des peuples d’Afrique I, La Nubie et les origines africaines des peuples, des langues et des religions du monde II et La Nubie et les origines de la Langue mère unique III, auxquels s’ajoutera Dictionnaire comparé Langue mère unique-Langues modernes De l’origine des mots et des noms.
Cher cousin, je profite de cette lettre que je t’écris, pour remercier sincèrement et profondément deux éminents spécialistes qui ont compris tout l’intérêt de mes recherches et de mes travaux et qui m’ont vivement encouragé. Je ne veux pas dire par là que même s’ils ne m’avaient pas encouragé, j’aurais été découragé. Car un vrai Luo ne se décourage jamais et ne peut jamais être découragé, il est comme son animal totémique : le crocodile du Nil. Je veux ainsi remercier le Professeur Charles Bonnet, éminent égyptologue et archéologue suisse qui a travaillé plus de cinquante ans au Soudan au sein de la mission suisse d’archéologie dont il est devenu le chef dès 1977 et cela jusqu’à sa retraite. Mais ce découvreur des Pharaons Noirs qui a préfacé mon premier livre sur la Nubie continue de se rendre trois mois par an au Soudan pour des fouilles. Je veux remercier aussi le Professeur Grégoire Biyogo, éminent égyptologue, philosophe et politologue gabonais, continuateur de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, fondateur de l’Université Panafricaine de la Renaissance (Per Ankh) de Paris, Prix international de la Pléiade et Professeur notamment au séminaire doctoral du CEE l’Université de Paris XII, qui a préfacé mon deuxième livre sur la Nubie.

La question Noire reste toujours posée dans le monde

Nos ancêtres disaient que « trop de sel, gâte la sauce ». Assez d’Histoire et parlons maintenant du présent. L’assassinat de Trayvon Martin à Sanford en Floride le 26 février 2012 et l’acquittement de son meurtrier George Zimmerman par la justice de ton pays en juillet 2013, sont venues tristement rappeler aux Noirs Américains – vous dites Afro-Américains – que la lutte contre le racisme n’est pas terminée. Depuis le combat des Martin Luther King et autres et l’évolution des droits civiques des Noirs. Toi-même, cher cousin, tu t’es exprimé là-dessus et tu as même reconnu avoir été victime de cet ostracisme en raison de la couleur de ta peau, et cela bien que tu sois métisse. Récemment encore, même ma célébrissime consoeur, Oprah Winfrey, a été victime de racisme dans une boutique de luxe de Zurich en Suisse. Si la bien connue et bien nommée l’a été, que penser à ce qui pourrait advenir du commun des Noirs ou métisses ?

Et pourtant…Pourtant, si nous Africains ou Noirs du monde entier nous avions passé une nuit blanche pour attendre que tu entres à la Maison Blanche lors de la présidentielle américaine de 2006, ce n’est pas parce que nous espérions devenir Blancs ou que tu allais dorénavant orienter la politique des Etats-Unis vers davantage d’aide aux pays africains. C’est tout simplement parce que nous pensions que ton avènement à la tête des Etats-Unis d’Amérique contribuerait, un tant soi peu, sinon à faire tomber du moins évoluer certains clichés dont les Noirs et voire les Métisses sont victimes non seulement aux Etats-Unis mais également de par le monde. Nous ne nous attendions pas que tu prennes le Trésor Public des Etats-Unis d’Amérique pour venir le partager ou le distribuer aux pays africains parce que ton père Barack Obama Senior est un Kenyan Noir, ou plus exactement un Luo. Loin s’en faut.

Comme je le dis dans mon Dictionnaire comparé Langue mère unique-Langues modernes De l’origine des mots et des
noms
à paraître bientôt : « … où que l’on soit dans le monde et quelle que soit sa couleur de peau, l’on est bel et bien héritier de cette Afrique Noire dans ses gènes, dans sa langue, dans sa religion…N’en déplaise aux racistes. De fait, le Noir ou l’Afro-descendant qui connaît sa propre histoire devrait bannir tout racisme envers le Blanc, le Jaune ou le Rouge… de son comportement quotidien, voire être plus indulgent et compréhensif envers tous ceux qui se montrent racistes à son égard. Car, en vérité, le racisme est l’arme de destruction massive des IGNORANTS. Mais ils ne méritent au pire que d’être IGNORES, et au mieux le PARDON. Comme dirait Jésus dans la

Bible « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font*2 ».
Vois-tu cher cousin, l’histoire a la vie dure tout comme les traditions de nos ancêtres. Car, c’est l’histoire qui a présenté l’Homme Noir comme « la merde du monde », excuses-moi des termes. L’histoire des siècles passés a fait de l’Homme Noir un barbare, un Homme sans histoire, un Homme sans civilisation, un Homme sans tout ce qu’il y a de bien dans ce monde, et que dire encore…Mais cette histoire-là dans laquelle on a longtemps enfermer les Noirs, les Noirs eux-mêmes savent maintenant qu’elle est un tissu de mensonges mal ficelé. Les Noirs commencent à découvrir et à défendre leur histoire, la vraie, celle sans laquelle il n’y aurait même pas d’Histoire du tout. Mais de la découvrir et de la défendre ne suffit point, ce n’est pas tout. Il faut que les Noirs en général et les peuples africains en particulier montrent au reste du monde qu’ils sont capables d’entrer dans la modernité tout en préservant les valeurs fondamentales de leur passé millénaire. Sinon, il y aura toujours un autre Nicolas Sarkozy pour leur dire que : « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. (…) Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (…) Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès ». Tout en étant foncièrement contre de tels propos, l’honnêteté intellectuelle voudrait que je reconnaisse qu’au fond, ce n’est pas faux, sauf qu’ils ont été mal dits.

C’est pourquoi, cher cousin, je terminerai ma lettre par la faveur que je ne cesse de te demander, en bon africain et en bon cousin, depuis ma première lettre. Je disais alors que si tu étais réélu, « je te demanderais de ne plus recevoir aux Etats-Unis d’Amérique tous les chefs d’Etat africains qui ne seront pas élus de façon transparente.
Je ne dis pas démocratique, parce que dans démocratie, chaque chef d’Etat africain y met ce qu’il veut. En effet, à devenir de moins en moins regardant comme la Chine et la Russie dans la gouvernance démocratique de nos pays, l’aide des démocraties occidentales à l’Afrique ne servirait à rien. Dont acte ! »
.

En dix ans de pouvoir, nombre de chefs d’Etats africains sont incapables de prouver ce qu’ils peuvent apporter à leurs peuples, et pourtant cela ne les empêchent pas de réviser les Constitutions ou de truquer les élections pour se maintenir et continuer à dormir au pouvoir. Ce n’est pas avec des comportements de ce genre que l’Afrique va se développer ou entrer dans la modernité. Je sais de quoi je parle, cher cousin, et je le dis chaque jour à mes parents dans mon village de Tayacou. Nous sommes en plein 21ème siècle, et nous ne pouvons et ne devons continuer à traîner comme des boulets des comportements qui datent du Paléolithique supérieur. L’Afrique ne peut plus se payer ce luxe par ces temps modernes.

Je suis ravi que tu sois venu en Afrique récemment et que tu n’aies visité que des pays qui obéissent à ces critères démocratiques : le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tanzanie. Je suis aussi ravi par ton projet POWER AFRICA. Mais je dois te dire deux choses.

D’abord sur la très sensible question de l’homosexualité en Afrique. Et le président sénégalais, Macky Sall, t’a très bien répondu à ce sujet à Dakar que je n’ai plus grand-chose à y ajouter. Sauf que si tu continues à le réclamer aux pays africains, tu vas t’attirer les foudres de nos ancêtres, les Luo, qui risqueraient ainsi de sortir de leurs tombes et de marcher comme des Zombies sur les Etats-Unis. Exactement comme les images que l’on voit dans la chorégraphie zombie de Thriller de Michael Jackson. En fait, les homosexuels peuvent évoluer et vivre tranquillement leur homosexualité en Afrique, et ils ne seront pas discriminés tant qu’ils ne voudront pas imiter leurs homologues occidentaux. Car même avec le chantage sur l’aide apportée à l’Afrique et la menace de la couper, les pays africains ne cèderont jamais. Et forcer, risque d’être contreproductif et au détriment des homosexuels qu’on voudrait protéger. Avec le grand risque que nombre de jeunes africains ou africaines se ruent en Occident pour demander asile politique, lors même que c’est pour des raisons économiques qu’ils vont camoufler sous couvert d’homophobie. C’est à ce même revers de la médaille que l’Occident est aujourd’hui confronté avec l’immigration. Encore que dans ce derniers cas d’espèce, il suffit que les démocraties occidentales conditionnent de manière intransigeante leurs aides aux régimes africains à plus de démocratie pour inverser cette tendance. L’homosexualité touche, pour sa part, quasiment au sacré, au religieux, et il faut donc faire très attention sur la question, quand on sait jusqu’où peut conduire ce qui touche au sacré et au religieux.

Je t’en avais déjà touché deux mots et tu sais quelle est ma position là-dessus. L’Afrique, c’est l’Afrique. Il faut la laisser évoluer à son rythme, jusqu’au jour où sa société sera prête aux mutations que vous souhaitez aujourd’hui, et que malheureusement certains pays exigent de leurs partenaires africains, tout comme s’ils étaient à leurs ordres. Ceux dont je parle se reconnaîtront, et qu’ils se le tiennent pour dit : notre génération – une nouvelle génération sans complexe – arrive avec une Afrique qui est en marche, de façon résolue et méthodique, mais silencieusement. L’Afrique de la Renaissance. Et avec elle, « l’Afrique du Garde-chiourme » sera définitivement enterrée.

Ensuite, quand tu as parlé de Power Africa, il y a ici en Afrique ceux qui ont compris la traduction du mot Power autrement. Certains pensent que tu veux enflammer l’Afrique ou mettre le feu à l’Afrique et d’autres que tu veux rendre l’Afrique puissante. Moins rigolo encore, il y a aussi ceux qui pensent qu’avec Power Africa, les Etats-Unis vont encore engraisser des corrompus tant ils s’inquiètent de la destination des financements de ce projet d’électrification en faveur de l’Afrique. J’ai dû expliquer aux uns et aux autres que Power Africa est un projet visant à renforcer l’électrification du continent, que ce n’est pas à toi de rendre l’Afrique puissante mais aux Africains eux-mêmes de par leur travail, leur rigueur au travail et leur organisation, et que même si tu es aujourd’hui Américain, le Premier d’entre eux d’ailleurs, tu aurais pu être Kenyan si le destin en avait décidé autrement. Par conséquent, rien que de ce fait, tu ne mettrais pas à feu la terre de tes ancêtres, pas plus que tu ne la rendre puissante. Mais qu’il s’agit purement et simplement d’un projet d’électrification.
POWER AFRICA est un excellent projet pour l’Afrique à condition de veiller au grain quant à la transparence dans la gestion de la destination des fonds. Et si je devais un jour créer un parti politique, cher cousin, le nom serait déjà tout trouvé : POWER AFRICA. Merci à l’auteur de cette merveilleuse trouvaille.

Le sais-tu ? Sans doute non. C’est même idiot de ma part de vouloir te poser une telle question. J’ai moi-même fais une immersion en politique, lors des législatives de 1999 et 2007. Non pas vraiment parce que je me sens une âme d’homme politique ou un quelconque destin national au Bénin. C’est qu’après des années de carrière en journalisme, j’ai fais une réflexion toute simple dans la pure tradition Luo. Nos ancêtres disaient « si tu n’aimes pas la tête du coq, alors ne la donne pas à autrui ». Je me suis alors dit que c’est bien aisé en tant que journaliste de critiquer à longueur d’articles les hommes politiques, et qu’il fallait m’engager pour mettre en œuvre ce que je leur reprochais de ne pas faire. En dépit des conseils de plusieurs amis qui ont tenté de m’en empêcher ou de m’en dissuader, je me suis engagé. Un peu aussi, à vrai dire, pour me donner bonne conscience. Au cours de ces deux campagnes, mêmes mes propres parents n’ont pas cru devoir voter pour moi et pour le langage de vérité que je leur ai tenu, estimant sans doute que je n’avais pas volé mon pays pour avoir suffisamment d’argent afin de les corrompre et mériter leurs voix. Mais tiens-toi tranquille, je le leur ai bien rendu en disant qu’ils allaient « crever » de misère dans leur trou au Nord-Ouest du Bénin. Quant à moi, je ne présenterais plus jamais devant eux pour solliciter leurs voix à une élection quelconque, mais j’assumerais pleinement mes responsabilités en tant que fils du pays s’il advenait une crise majeure. Et ils savent que je le ferais. Néanmoins, cela ne m’empêche pas aujourd’hui de m’évertuer, autant que faire se peut, à apporter ma modeste contribution non seulement au développement de mon village d’origine mais plus généralement celui de ma chère et belle région qu’est l’Atacora. A y réfléchir, j’ai peut-être très tôt versée ma parole sous les feux de la passion sans tourner ma langue à deux fois. Nos ancêtres disaient en effet qu’ « il ne faut jamais dire jamais ». Car moi aussi, mon vœu le plus ardent, c’est de POWER AFRICA, et cela par tous les moyens même si la politique n’est vraiment pas ma tasse de thé.

 

A très bientôt, cher cousin Barack Obama.

Commentaires