Marcus Garvey, chantre des Etats-Unis d’Afrique

Marcus GarveyMarcus Garvey naquit à Saint Ann’s Bay en Jamaïque le 17 août 1887. Très tôt, il est confronté dans la vie au racisme envers les Noirs. A 14 ans, il doit travailler dans une imprimerie pour gagner sa vie. Membre du syndicat des imprimeurs et meneur d’une importante grève, Marcus Garvey est licencié. Il va alors devenir journaliste et fonde son premier journal The Watchman, puis un autre Our Own dans le cadre des activités d’une organisation politique dénommée National Club.

L’année 1909 marque le début de la grande mobilisation pour l’émancipation des Noirs à laquelle Marcus Garvey se consacre dorénavant. Il va prêcher son idéologie au Costa Rica, au Panama, en Equateur, au Nicaragua, au Honduras, en Colombie, au Venezuela. Partout, il reçoit un accueil enthousiaste. Le déclic pour l’Afrique se produit à Londres en Angleterre quand il y rencontre de nombreux intellectuels noirs d’Afrique en 1912.

Cinq jours après son retour en Jamaïque le 15 juillet 1914, il crée Universal improvement Association (UNIA), c’est-à-dire l’Association universelle pour l’amélioration de la condition noire. Son objectif est de «rassembler tous les peuples noirs du monde, au sein d’une grande entité, et de créer une nation et un gouvernement qui leur seraient propre». Et le slogan de l’association est : «one aim ! one God ! one destiny !» (un seul but ! un seul Dieu ! un seul destin !). Il devient ainsi la plus grande figure de la cause noire de par son engagement et son nationalisme radical.

Marcus Garvey émigre aux Etats-Unis d’Amérique et entre en contact avec les mouvements d’émancipation afro-américains. Puis fonde de nombreuses sections de l’UNIA et compte le père de Malcom X au sein de ses réseaux. Pour lui, il n’y a pas d’émancipation possible des afro-américains en dehors de l’Afrique à l’opposé des assimilationnistes et des intégristes comme Williams DuBois, journaliste de son état. Il soutient aussi tous les leaders des mouvements de libération dans le monde, en particulier Ho Chi Minh et Mahatma Gandhi.

La conception du panafricanisme de Marcus Garvey ne diffère pas de celle de Williams DuBois. Elle consiste en l’unité du continent africain, à l’exception de l’Afrique du Nord. Autrement dit, elle est fondée sur une base raciale. Elle l’est plutôt dans les méthodes et les moyens. «L’Afrique doit être libérée, et nous devons vouer notre vie, notre énergie et notre sang à cette cause sacrée», disait-il. Ou encore : «partout, le Nègre est marginalisé, maintenu de force au bas de l’échelle sociale de l’humanité, parce que noir. Sans la moindre considération, ni pour ses qualités humaines, ni pour ce qui pourrait être son intelligence ou ses dons. Nulle part, le Nègre ne jouit de la moindre dignité humaine ; partout, il est serf, esclave…».

Lorsqu’en 1919, avec des actionnaires noirs, il crée la compagnie maritime Black Starline, son mot d’ordre est clair : Back to Africa (le retour des descendants d’esclaves noirs vers l’Afrique). Marcus Garvey sous-tend son idéologie par un volet économique qui met en place des usines, des réseaux de distribution et des journaux dont The Negro World (Le Monde Noir). Mais Black Starline fait faillite et ses actionnaires l’accusent d’escroquerie en 1922. Condamné à cinq ans de prison et incarcéré dans un pénitencier fédéral d’Atlanta en 1924, sa peine est commuée en 1927 et il se voit expulsé vers la Jamaïque et interdit de séjour aux Etats-Unis d’Amérique.

Marcus Garvey essaie de mener des activités politiques en Jamaïque sans grand écho et finit par s’exiler en Angleterre en 1935. Alors que son mouvement s’essouffle, il y meurt sans jamais réellement fouler le sol africain. N’empêche que de nombreux présidents africains comme ceux du Ghana, du Swaziland, du Nigeria, du Kenya reconnaissent son inestimable contribution intellectuelle à la libération de leur pays.

 

Source : Africa 24 Magazine

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