Sport « Panem et circenses » à Malabo

Ce sont ses moyens financiers qui permettent à la Guinée équatoriale d'organiser au pied levé cette Coupe d'Afrique.

CANVous avez aimé les scandales qui entourent l’attribution de la Coupe du Monde de Football au Qatar ? Vous adorerez le choix de la Guinée équatoriale pour la Coupe d’Afrique des Nations(CAN). La CAN est l’événement sportif panafricain par excellence, dont le retentissement dépasse le continent. Elle devait se tenir début 2015 au Maroc, mais le royaume chérifien a choisi de se désister au dernier moment, redoutant d' »importer » la maladie à virus Ebola qui frappe l’Afrique de l’Ouest. Placées devant le fait accompli, les autorités sportives du continent se sont mises en quête d’un pays hôte de remplacement, capable d’organiser un tel événement en quelques semaines.

Et c’est là que la Guinée équatoriale entre en scène… La Guinée équatoriale, c’est un peu un mini-Qatar situé sur la côte occidentale de l’Afrique, une partie insulaire et une toute petite partie continentale, coincée entre Gabon et Cameroun, dont la langue officielle est l’espagnol, et surtout dotée par la nature de ressources en hydrocarbures qui lui donnent des moyens financiers considérables. Comme c’est trop souvent le cas, ses 700.000 habitants en profitent peu : le PIB est de 20.000 dollars en 2013 selon la Banque mondiale ; mais le pays se classe 144e sur 187 selon l’Indice du Développement humain (IDH), qui prend également en compte des critères sociaux. Ce sont ses moyens financiers qui permettent à cet « émirat » pétrolier africain d’organiser au pied levé cette Coupe d’Afrique, suivant une stratégie de prestige et d’influence au profit d’un clan, d’une famille, celle du président Teodoro Obiang Nguema, qui règne à Malabo, la capitale, depuis trois décennies et gère le pays comme sa propriété.

« Biens mal acquis »

Obiang est arrivé au pouvoir en 1979, dans les décombres d’une des plus sinistres dictatures africaines, celle de son oncle, Francisco Macias Nguema. Le neveu a commencé par ouvrir le pays, cherchant au passage le patronage de la France giscardienne, trop heureuse de cette « prise » non francophone pour la zone franc. Mais l’appétit du pouvoir et de ses prébendes a pris le dessus, et le clan Obiang est devenu à son tour autocratique et prédateur. Au point d’être l’une des cibles principales de la plainte sur les « biens mal acquis » lancée en France par plusieurs ONG. A la surprise des maîtres de Malabo qui pensaient avoir acheté le silence, les juges ont agi, saisissant des voitures de luxe et des biens immobiliers parisiens d’une valeur de 150 millions d’euros ; et ils ont mis en examen le propre fils du président, Teodorin, que le chef de l’Etat, âgé de 72 ans, préparait visiblement pour une succession dynastique. Au même moment, Teodorin était visé par une procédure judiciaire aux Etats-Unis portant sur 70 millions de dollars.

A coups de millions, le président équatoguinéen tente de s’acheter une respectabilité perdue. Il a richement doté un prix à son nom à l’Unesco, s’est détourné de ces « ingrats » de Français pour adhérer récemment à l’organisation des Etats… lusophones, imposant le portugais comme langue officielle supplémentaire ; et il et n’a pas laissé passer l’occasion de « se payer » la CAN, qualifiant au passage d’office l’équipe nationale qui n’avait pas réussi à passer les barrages… Mais dans une Afrique traversée par l’onde de choc de l’explosion de ras-le-bol qui a mis fin au long règne de Blaise Compaoré au Burkina Faso, la stratégie de panem et circenses (« du pain et des jeux »), qui a fait ses preuves depuis la Rome antique, est-elle encore capable de faire oublier les frasques de la famille régnante équato-guinéenne ?

 

Source : L’OBS www.tempsreel.nouvelobs.com

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