Afrique/Securite Quand le président tchadien Idriss Déby Itno tance les Occidentaux…

Les dirigeants africains ont élevé la voix au Forum de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique les 15 et 16 décembre derniers. Et celle du président tchadien, Idriss Déby Itno, a été et leur porte-voix. Elle a été applaudie même dans les hameaux les plus profonds du continent. Car les Africains ne veulent plus être traités comme de grands enfants à la place de qui les Occidentaux décident sans consultation. Mais pour cela, ils doivent s’organiser et assumer leurs responsabilités à l’échelle du continent.

Idriss Deby Itno, Président de la république du TchadIdriss Deby Itno, Président de la république du Tchad (Photo Polycarpe Toviho).

Tout le monde aura compris, cinq sur cinq comme on dit communément, le message du président tchadien, Idris Déby Itno, et ceux à qui il s’adressait. Quelle que soit la forme dont il a usé pour le dire, ce qui est dit est dit : «L’OTAN a créé le désordre, les Nations unies sont responsables aussi. Aucune armée africaine ne peut aller détruire les terroristes en Libye, il n’y a que l’OTAN qui ait les moyens de le faire, comme ils l’ont fait pour faire assassiner Kadhafi (…) Le Mali est une conséquence directe de la Libye, Boko Haram est une conséquence de la Libye (…) Nos amis européens et occidentaux ne nous ont pas demandé quand ils ont attaqué la Libye. Non plus quand ils ont divisé le Soudan en deux ».

On pourrait multiplier le florilège des phrases chocs qui ont valu au président tchadien un « standing ovation » de l’assistance. Et encore ceci : « La solution n’est pas entre nos mains. Elle est entre les mains de l’OTAN. L’Alliance atlantique a créé le désordre. Elle n’a qu’à rétablir l’ordre. Qu’elle aille maintenant tuer les djihadistes là-bas ». Le président Idris Déby Itno a la dent dure contre l’OTAN qui a fait un travail sans le consentement des Africains et qui refuse maintenant d’assurer le service après-vente. En fait, tous les Africains se sont abrités derrière Idriss Déby Itno pour entendre ce qu’ils avaient eux-mêmes envie de dire au monde entier sur la sécurité en Afrique. Comprenne qui pourra. Pour sa part, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, a apporté de l’eau au moulin d’Idriss Déby Itno en se prononçant contre le paiement de rançons dans la libération des otages. Allusion était ainsi implicitement faite à la France.

Dans son intervention face aux discours des dirigeants africains, Jean-Yves Le Drian s’est gardé cependant de répliquer en indexant directement les uns et les autres. Mais il a mis l’allié tchadien de la France dans la lutte contre le terrorisme – et de surcroît président du Conseil de sécurité de l’Union africaine, devant ses responsabilités en ces termes : « Je vais être beaucoup plus modeste, je vais rester à ma place (…) Le Tchad vient de tracer une feuille de route, l’exécutif est là. Comme disait ma grand-mère : il n’y a plus qu’à faire. Oui la question libyenne est devant nous. Je ne vais pas vous dire aujourd’hui comment y répondre ». Il n’empêche que ce serait bien facile de répondre ainsi, après avoir passé outre les avis défavorables de l’Union africaine, en son temps, pour mener en Libye l’opération dont on sait maintenant que les conséquences s’étendront sur des dizaines et des dizaines d’années. Non pas qu’il ne fallait pas forcément intervenir, mais en tenant compte de tous les paramètres sociopolitiques et géostratégiques qui inquiétaient l’Union africaine.

Ces dernières années, elle s’est d’ailleurs évertuée à prendre de nombreuses initiatives pour la sécurité et la paix dans le continent. En mettant en place, en théorie, plusieurs dispositifs d’intervention et de sécurisation. Il s’agit notamment de la Force africaine en attente (FAA) consistant en des brigades régionales pré-positionnées et capable d’être déployées sur un terrain de crise ; de la Capacité africaine de réactions immédiates aux crises (CARIC), qui devait être basée sur le volontariat.

Pour autant, l’éternelle et lancinante question des ressources financières à mettre à la disposition de telles initiatives reste à résoudre. Quel type de financement faut-il initier à cet effet et qui sont ceux qui doivent y être associés ? L’ONU et l’Union européenne trouvent que les situations de guerres et leurs corollaires de maintiens de la paix en Afrique leur coûtent excessivement chers, en milliards de francs chaque année et qu’il appartient aux Africains d’assumer leurs responsabilités au premier chef. A juste raison du reste.

Nombre de représentants africains au Forum de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique en sont donc venus à explorer d’autres sources de financements propres. A savoir, par exemple, 1% du PIB des Etats. Car on ne saurait demander encore aux populations de payer plus pour leur armée, quand on sait que dans bien des pays le conflit entre l’armée et le peuple est manifeste. En somme, la belle leçon à retenir de tous ces questionnements, indique que c’est aux Africains eux-mêmes de se débrouiller pour assurer leur propre sécurité. Cela suppose aussi qu’ils assument pleinement leur souveraineté, à tous les niveaux, y compris qu’ils exigent d’avoir voix au chapitre au Conseil de sécurité de l’ONU. Pour que cette organisation n’assure plus jamais, via l’OTAN ou autre, un travail sans le consentement des Africains et sans prévoir également un service après-vente.

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