Nigeria/Boko Haram Une malchance pour le président Goodluck Jonathan

A quelques mois de la présidentielle de février 2015 au Nigeria, il ne pouvait pas avoir pire malchance que Boko Haram pour un président qui s’appelle pourtant Bonne chance. Goodluck Jonathan n’a donc plus seulement que ses adversaires politiques, de plus en plus nombreux, à affronter…pour tenter de se succéder. Explication.

Le président Goodluck Jonathan du NigeriaLe président Goodluck Jonathan du Nigeria

La secte islamiste Boko Haram aura été sans aucun doute le pire adversaire politique du régime du président Goodluck Jonathan tout au long de son mandat présidentiel. Qui pis est, un adversaire qui pourrait le priver d’un second mandat. Beaucoup de leaders politiques du Nord du Nigeria n’étaient certes pas particulièrement favorables à ce second mandat. En vertu de cet implicite et tacite accord politique qui veut qu’à un président du Sud succède un président du Nord dans le pays et ainsi de suite. Mais le moins que l’on puisse dire est que l’incapacité de son régime à mettre un terme aux violences et autres attentats terroristes de Boko Haram, a davantage entamé sa popularité, voire sa crédibilité.

Au-delà de sa volonté de briguer un second mandat, les Nigérians se posent vraiment des questions sur sa gouvernance politique. Ils sont légion à avancer que son régime est le plus corrompu que le pays ait jamais connu. C’est du reste ce que, Dino Melaye, un ancien membre de la Chambre des Représentants du Nigeria a publiquement déclaré. On se souvient que c’est une affaire de corruption qui a fini par avoir raison de son ex-Gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Lamido Sanusi. Après que celui-ci a révélé un trou de 20 milliards de dollars dans les caisses de l’Etat, avant qu’il ne s’amoindrisse jusqu’à 10 milliards. Sans explication.

Une fois limogé de son poste, Lamido Sanusi comme beaucoup d’autres avant lui, est allé grossir le rang des opposants au régime Goodluck Jonathan. Au demeurant, il est devenu une voix qui compte double dans le choix du futur président de la République dans le pays depuis qu’il a été nommé émir de Kano. Il s’agit de l’une des personnalités religieuses traditionnelles les plus puissantes du Nord du Nigeria. Petit à petit, Goodluck Jonathan qui avait connu une ascension fulgurante est ainsi en train de perdre ses soutiens, les uns après les autres. Y compris au sein de son propre parti politique.

Un homme pourtant chanceux

Goodluck Jonathan est arrivé au pouvoir le 6 mai 2010. Son nom, good luck qui signifie en Anglais «bonne chance» l’a pourtant longtemps accompagné dans son parcours. C’est en tant que colistier de Diepreye Alamieyeseigha qu’il fit d’abord son apparition comme vice-gouverneur du riche Etat de Bayelsa (Etat producteur de pétrole, situé dans le Sud du pays). Et la destitution du gouverneur de Bayelsa mis en examen dans une affaire de blanchiment d’argent en Grande-Bretagne verra Goodluck Jonathan lui succéder le 9 décembre 2005.

Au Nigeria, la géopolitique qui voulait que ce soit un musulman du Nord accède au pouvoir à la suite d’un chrétien du Sud, bénéficiera donc au chanceux Goodluck Jonathan. D’autant que ce membre du Parti démocratique populaire (PDP), le principal parti politique nigérian, se voit aux côtés de l’ancien gouverneur de l’Etat de Katsina, Umaru Yar’Adua, comme vice-président à la suite du mandat d’Olusegun Obasanjo qui choisit ce dernier comme dauphin. Au nom de sa grande amitié avec son frère et compagnon d’armes, l’ancien général et multimillionnaire Shehu Musa Yar’Adua.

Umaru Yar’Adua, candidat mais déjà malade est élu président de la République fédérale du Nigeria et Goodluck Jonathan vice-président le 29 mai. A l’issue d’une vraie farce électorale. Le président musulman du Nord ne pourra pas gouverner longtemps, pour cause de maladie. Le 23 novembre 2010, Umaru Yar’Adua part se faire hospitaliser à Djeddah (Arabie Saoudite) où il reste jusqu’au 23 février. Une chance, serait-on tenté de dire, pour Goodluck Jonathan qui est d’abord investi président par intérim le 29 février 2010. Mais Yar’Adua décède le 5 mai 2010 et – comble de la chance -, Goodluck Jonathan devient enfin, grâce à une succession de chances, le président de la République du Nigeria le 6 mai 2010. Investi par son parti après les primaires pour la première élection du 9 avril 2011, il sera élu non sans contestation.

Malheureusement, le Nord du pays va basculer totalement dans la violence. Il être mis sous la coupe réglée de Boko Haram, avec des attentats et des enlèvements. Le gouvernement de Goodluck Jonathan va manier tantôt le bâton, tantôt la carotte contre la secte islamiste. Sans obtenir de résultat tangible. Son armée étant incapable de faire face aux hommes d’Abubakar Shekau, le chef des islamistes. Aujourd’hui, compte tenu de la dégradation de la situation au Nord-Est du pays où Boko Haram a proclamé un Califat islamique, beaucoup de Nigérians pensent que le président Goodluck Jonathan n’avait pas les pieds assez grands pour porter les chaussures du Nigeria. Ce qui n’est pas pour arranger ses affaires dans la perspective de la présidentielle de février 2015.

Le , marqué comme : . Par Serge-Félix N'Piénikoua.

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