Nigeria / Boko Haram Baga, l’intolérable des massacres !

Boni Marcus Teiga PhotoUn journaliste n’a que sa voix, sa plume ou son image. Il n’a ni kalachnikov, ni blindé, ni avion de chasse… Mais un journaliste, ça ne doit pas fermer la gueule, même quand tout le monde la ferme ! Le 14 novembre dernier, j’ai été invité par le Consulat de France à Lagos pour présenter une communication sur le thème : « Participation des pays d’Afrique francophones à la Première Guerre Mondiale » lors d’une conférence-débat franco-allemande à l’occasion du 96ème anniversaire de l’Armistice. C’était à l’Espace Terra Kulture à Victoria Island.

A la fin de mon exposé, j’ai été tiraillé par une meute de journalistes nigérians pour un exercice que je n’affectionne pas particulièrement, mais auquel j’aime bien en revanche soumettre mes interlocuteurs en tant que journaliste. Et pour cause, après m’avoir écouté, ils savaient que je n’allais pas donner dans la langue de bois. A l’occasion, j’ai dit et répété à l’envie : « Le Nigeria et tous les pays de la région, voire d’Afrique doivent faire face à Boko Haram. Il n’y a aucune négociation possible à faire avec des gens de cet acabit ».

Bien plus que beaucoup de personnes, je peux laisser parler mon cœur. Au cours des années 1990, j’a passé bien plus de temps à Maiduguri que dans ma ville natale de Tanguiéta. J’ai connu Maiduguri avant la naissance de Boko Haram. Certains habitants de la ville se souviennent ou ont peut-être entendu parler de ce jeune journaliste béninois qui avait refusé de donner un bakchisch aux agents du Service de l’Immigration de l’aéroport international de Maiduguri en vertu de la libre circulation des personnes et des biens au sein de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Au point de bloquer l’avion en partance sur le tarmac et de le rater finalement, pour le principe du respect des lois. Et d’être par la suite célébré par les habitants de Maiduguri présents à l’aéroport comme un « Héros ». Soit.

Marcus Boni Teiga en reportage sur le terrain à Bol, en train de recueillir des informations auprès des éléments de l'armée tchadienne pendant la guerre du Lac Tchad, en 1992 (Photo Polycarpe Toviho).Marcus Boni Teiga en reportage sur le terrain à Bol, en train de recueillir des informations auprès des éléments de l’armée tchadienne pendant la guerre du Lac Tchad, en 1992 (Photo Polycarpe Toviho).

Un jour que nous nous sommes hasardés dans un quartier périphérique de Maiduguru, mon collègue photojournaliste Polycarpe Toviho et moi, je l’ai interpellé sur la grande détresse et la misère des gens ainsi que les signes évidents de ce qui m’apparaissait déjà comme les prémices de Boko Haram aujourd’hui. Nous étions en 1993. Un œil averti pouvait voir venir cette secte islamiste. Mais tous les hommes politiques nigérians qui ont dirigé le pays ces dernières années ont fait preuve de cécité politique ou se sont délibérément détournés de l’Extrême Nord-Est du Nigeria. Résultat de cette fuite en avant permanente : le massacre de Baga dans toute son ignominie. Le monde entier peut maintenant ouvrir les yeux sur cela et regarder la réalité en face, dans toute sa barbarie.

Des images insoutenables et inhumaines du massacre commis par la secte islamiste Boko Haram à Baga.Des images insoutenables et inhumaines du massacre commis par la secte islamiste Boko Haram à Baga.

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