Nigeria / Boko Haram Ce que les Africains devraient savoir…

A force de tergiverser face à la secte islamiste Boko Haram du Nigeria, les chefs d’Etat des pays de la région du Bassin du Lac Tchad et la communauté internationale ont finalement laissé se faire le lit de l’une des plus dangereuses menaces à la sécurité du continent africain. Laquelle se nourrit, et gonfle infiniment, de ses ramifications jihadistes internationales.

Dans un récent éditorial intitulé « La sécurité des Africains en question » et publié dans Courrier des Afriques, j’écrivais ceci : « A quelque chose malheur est bon, si tant est que l’insécurité inquiétante et galopante puisse servir à quelque chose, les dirigeants africains doivent dorénavant se rendre définitivement à l’évidence que si quelques pays occidentaux seulement peuvent se permettent le luxe de passer outre leur avis pour agir dans leur propre continent et à leur guise sans crier gare, c’est tout simplement parce qu’ils sont désunis et faibles par conséquent. Ne dit-on pas que « l’union fait la force ». Et tant que les pays africains ne seront pas unis, ils n’auront toujours que leurs yeux pour pleurer et leurs bouches pour palabrer. Mais les Africains doivent aussi se le tenir pour dit : les temps où le Verbe était magique sont révolus, dans un monde seule compte dorénavant la géopolitique qui, elle, est régie par des rapports de forces, quels qu’ils soient et non par des lamentations. Dont acte » !

Encore une fois, la marche républicaine de Paris en est une démonstration flagrante. Les Africains ont beau critiquer l’inaction ou le peu d’empressement des puissances internationales à réagir face au terrorisme de Boko Haram au Nigeria ou ailleurs en Libye, ils doivent se rendre compte qu’il leur appartient au premier chef d’assumer pleinement leurs responsabilités. Les Africains devraient cesser définitivement de rêver les pieds dans la merde (excusez ce vocable pas très élégant, mais il n’y a d’ailleurs pas plus fort). En comptant sur les autres.

Peu après l’émotion que l’enlèvement des quelque deux cent jeunes lycéennes de Chibok a suscitée, il y a lieu de s’interroger sur ce qui a été fait concrètement depuis, hormis l’estampillage de quelques slogans dont le plus célèbre est : « Bring back our girls ». Sinon que les photos et les noms des jeunes filles en question, kidnappées par Boko Haram continuent d’orner le rond-point du pont Falomo (Falomo Bridge) de Lagos.

Le récent massacre perpétré trois jours durant, de plus de 2.000 personnes à Baga, dans l’Etat de Borno, au Nord-Est du Nigeria par la même secte islamiste – au point de faire fuir plus de 20.000 personnes vers Maiduguri – doit donner sérieusement à réfléchir tous les Africains. Et surtout à leurs dirigeants qui continuent à jouer en solo une musique désordonnée et cacophonique tandis que Boko Haram, lui, a déjà changé de musique et de danse de manière synchronisée. Ce n’est point aux autres de rassembler des millions de manifestants contre Boko Haram à Lagos ou Abuja ou d’organiser dans chaque capitale africaine des manifestations montres contre ce montre de Boko Haram, mais c’est plutôt aux Africains de le faire. Aussi longtemps qu’ils ne comprendront pas cette leçon, ce sera aussi longtemps aussi…à leurs dépens. Il est grand temps d’arrêter de nous plaindre du ciel et de la terre, de la pluie et du vent, du soleil et de la lune…Nous devons dorénavant nous plaindre de nous-mêmes. Comptons d’abord sur nos propres forces.

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