Fin d’une longue prise en otage du concept « théologie »

Rouleau de papyrus offert au savant Gabonais, Grégoire Biyogo pour avoir produit 45 livres et 9 théories originales.

A l’heure où je m’emploie avec assiduité à la re-écriture des grands courants de la théologie africaine, des conseillers bénévoles souhaitent que des figures « non reconnues » en théologie ne fassent plus partie de ma classification. Ce à quoi je réserve un droit de réponse.

En effet, la théologie s’est exprimée pendant vingt siècles dans les langues de l’Occident. A cet égard, dans beaucoup de milieux, on ne cesse de réduire le métier de théologien à sa configuration judéo-chrétienne. On a du mal à imaginer un pluralisme théologique. Pourtant, la chose est inévitable. Toutes les langues du monde sont susceptibles de dire Dieu en fonction de leur génie propre. Elles sont à même de produire un discours original qui rende compte de multiples facettes du Même. L’épistémologue Ngindu Mushete rappelle, à la suite de J. Daniélou, les propos de Dom Lou : le prologue de st Jean est plus beau en chinois qu’en grec parce que dans « en lui était la vie », le mot « vie » est riche de plus de résonnances. Et Monchanin pensait qu’il appartenait peut-être à l’Inde de nous apporter une théologie de l’Esprit parce que la notion d’atman y possède une plénitude que le mot « pneuma » n’atteint pas (Lire Unité et pluralité de la théologie, in RCA, 1967, t. 22 ; n°6, 593-615).

Il ne s’agit pas là de sous-estimer le grec et l’hébreu pour ne citer que ces deux langues de la Bible. Deux langues d’ailleurs complémentaires l’une de l’autre. Une complémentarité observable notamment à travers le mot « esprit », pneuma en grec, qui évoque l’image d’une matière apte à représenter l’immatérialité tandis que le terme « Ruah » en hébreu renvoie à l’image de la tempête. Et l’Esprit Saint en hébreu n’est pas esprit immatériel, mais Esprit Créateur. Dans tous les cas, on a la possibilité de comprendre un peu plus la révélation judéo-chrétienne en s’inspirant des nuances et des sensibilités propres à l’hébreu ou au grec.

Ceci étant, le problème consiste aujourd’hui à exercer une théologie qui s’exprime dans toutes les langues de mortels et à reconnaître aux langues négro-africaines leur capacité originaire d’articulation des paroles divines.

Si l’humanité a pris naissance en Afrique, sous la latitude du Kenya, dans la région des Grands Lacs, c’est précisément en ce lieu qu’a pu éclore et se développer la réflexion philosophique et théologique de la première humanité. Si la Nubie était, de l’avis des Nubiens eux-mêmes, le plus vieux pays habité par des hommes, la Nubie serait donc à la base des hiéroglyphes, de la connaissance des Lois, de l’essentiel de la relation interactive et corrélative entre les vivants et les morts, l’art, la philosophie, la théologie, etc.

Toute idéologie mise à part, l’origine de la théologie se trouve dans la civilisation nubienne et égyptienne. Ce qui se produit dans le sillage de la Grèce, élève des prêtres noirs égyptiens, appartient non pas au registre de l’origine, mais celui des commencements d’une pensée reçue, puis renouvelée et déconstruite sous l’ombrelle d’Athènes. A titre illustratif, il faut savoir qu’à l’origine, il y avait les «Medou Neter» ou «les paroles du Dieu». C’était l’écriture des ancêtres de la Vallée du Nil. Lors de leur séjour d’initiation en Egypte, les Grecs en prendront connaissance et les traduiront par les termes grecs «hiéroglyphes». Donc, étymologiquement, hiéroglyphes signifie écriture sainte. Et c’est à partir de celle-ci que les Grecs formeront plus tard l’alphabet grec.

Le manque d’information sur ce point fondamental engendre de multiples erreurs et explique parfois la construction d’une théologie de complaisance. C’est le drame d’une formation déficiente qui se limite aux canons théologiques traditionnels et ignorent tout du lieu natal de l’entreprise théologique au cœur de l’histoire. C’est le problème d’une certaine élite africaine ciblée au début de cet article. Son déformatage s’impose si l’on veut éviter un effet de contagion.

Kalamba NsapoProf Kalamba Nsapo
INADEP&CUPEI

Commentaires

  1. Le , Pr S. Feye a dit :

    Très intéressant! Je crois que tout cela peut être avantageusement complété par la lecture de: Louis Cattiaux, Le Message Retrouvé (livre d’ailleurs dédicassé aux peuples noirs!) et: Emmanuel d’Hoogvorst, Le Fil de Pénélope.
    On peut trouver ces ouvrages notamment chez ….