La croisière ne s’amuse pas (Episode 5)

7 h 00 : je pensais que nous serions les premiers dans la file d’attente pour l’embarquement au port de Barcelone. Erreur. Comme le dit si bien ce beau proverbe Natemba (une ethnie des montagnes du nord-ouest du Bénin qui a mené durant trois ans (1914-1917) la résistance à la conquête française), « il ne faut jamais s’écrier d’être le premier levé, car vous risquez d’être contrarié par quelqu’un d’autre qui lui, n’a pas du tout fermé l’œil jusqu’au lever du jour ».

Bien d’autres voyageurs étaient donc déjà là avant nous. La « Guardia civil » espagnole s’est occupée avec la maîtrise d’un chef d’orchestre de diriger véhicules et motos de toutes marques, de tous âges et de chargements divers vers les files qui convenaient.

Avant d’embarquer sur le Majestic du Grandi Navi Veloci, j’ai été surtout frappé par cette sorte d’ambiance de retrouvailles qui régnait entre gens qui avant cette traversée de la mer ne se connaissaient ni d’Adam ni d’Eve. Des gens qui en d’autres lieux et circonstances se seraient croisés sans même se saluer, bavardaient comme s’ils se connaissaient depuis longtemps.

Alexandre Camp et Marcus Boni Teiga au départ du Port de Barcelone.Alexandre Camp et Marcus Boni Teiga au départ du Port de Barcelone.

Contrairement à mes deux compagnons, Thérèse Oudot et Alex Camp qui sont Français – et qui n’ont donc pas besoin de visa pour le Maroc – , mon passeport a été tourné et retourné par la police marocaine. Il n’y avait pas beaucoup de Noirs qui voyageaient, et je comprends que le contrôle en valait la peine. Surtout quand on sait que de nombreux jeunes africains prennent des risques démesurés pour gagner l’Europe via le Maroc. Passons.
Enfin, je tiens un vieux rêve que je n’avais pu réaliser à Bordeaux. Une croisière. Sur le pont du bateau et ailleurs, il y a évidemment beaucoup de Marocains qui rentrent au pays. Des touristes européens aussi. Mais peu de d’Africains noirs : un Malien, cinq sénégalais et moi-même, quand je fais le compte.

Hamidou, le malien, un peintre à Toulouse, me confie que « l’Europe, c’est maintenant la galère. C’est mon premier voyage en voiture jusqu’à Bamako. J’y ai mis des choses que je vais revendre au pays. Et si ce premier essai est positif, je ferais d’autres voyages ». Comme quoi, ceux qui se jettent à l’eau dans l’espoir d’un hypothétique eldorado en Europe finiront par comprendre un jour que, « comme on fait son lit, on s’y couche ». Pour reprendre un bel adage.

J’ai passé quelques heures à contempler la mer et à discuter avec quelques français à bord. 24 heures de traversée pour arriver à Tanger en passant par le Detroit de Gibraltar. Avec mes compagnons, nous passons le plus clair du temps à étudier nos cartes. Après les formalités de police.

 

A lire aussi: Episode 1, Episode 2, Episode 3 et Episode 4 du voyage Paris-Cotonou.

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