Congo Le grand jeu du président Denis Sassou Nguesso

Le président Denis Sassou Nguesso qui arrive au terme de son deuxième mandat pourrait bien se présenter à un troisième si la Constitution du pays venait à être révisée. Une perspective vers laquelle l’on s’achemine résolument, à en croire les conclusions des assises des responsables du Parti congolais du travail (PCT) du 30 décembre dernier. Quant au président Denis Sasou Nguesso, lui-même, il a choisi la stratégie de l’autruche pour l’heure.

Le président Denis Sassou Nguesso du Congo.Le président Denis Sassou Nguesso du Congo.(Credit: Photo Polycarpe Toviho)

Le comité central du Parti congolais du travail (PCT) du président Denis Sassou Nguesso au pouvoir a donné son accord le 30 décembre dernier pour engager un processus de changement de la Constitution de 2002. A une majorité écrasante de 45 voix contre une, selon des sources internes au parti.

C’est un secret de polichinelle que les responsables du PCT appellaient la révision de la Constitution de tous leurs vœux depuis longtemps. A une écrasante majorité, du reste. Il s’agit ainsi de permettre à leur champion, le président Denis Sassou Nguesso, de briguer un troisième mandat en 2016. Si, au sein du parti présidentiel, la question ne se posait pas jusqu’alors, il n’en n’était pas de même chez leurs alliés politiques. A commencer par le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) dont le fief historique est la région du Pool. Une région intimement liée aux Kolélas de père en fils. Car elle était déjà la base de feu l’ancien Premier ministre Bernard Kolélas pendant la terrible guerre civile que le pays a traversée. Ses militants et sympathisants verraient bien le Secrétaire général dudit parti, Guy Parfait Kolélas, actuel ministre de la Fonction publique, en lice pour la présidentielle de 2016. Et à Brazzaville, beaucoup d’autres cadres de la coalition au pouvoir, à l’instar de Claudine Munari, ne voient pas du tout d’un bon oeil la perspective d’un changement de la Constitution.

Les caciques du PCT, notamment Pierre Ngolo qui en est le Secrétaire général, ont beau invoquer la souveraineté du peuple congolais à se prononcer sur des questions comme celle de la révision constitutionnelle, il n’en demeure pas moins que l’environnement actuel tant en Afrique que dans le monde ne plaide pas en leur faveur. La Charte africaine de la démocratie de 2007 condamnant explicitement les changements qui portent « atteinte aux principes de l’alternance ». Au demeurant, la récente révolution du peuple burkinabé qui a fait tomber, voir fuir l’ex-président Blaise Compaoré de son pays est un précédent dont il faut tenir compte dorénavant dans toute perspective de révision constitutionnelle. Même si aucun contexte sociopolitique n’est transposable nulle part d’un pays à un autre. Il n’empêche que la préférence de la charte africaine en la matière va vers le consensus, à défaut du contraire. Lors du dernier sommet de la francophonie à Dakar, faisant allusion à l’éviction de Blaise Compaoré du pouvoir par une insurrection populaire, le président français, François Hollande, n’a pas manqué de mettre en garde les dirigeants de ces pays africains où « les règles constitutionnelles sont malmenées et où l’alternance est empêchée ». Non sans susciter l’ire de certains chefs d’Etat et diplomates africains.

Le Congo revient de loin

Il aura fallu une longue période d’instabilité sociopolitique sur fond de guerres civiles meurtrières pour qu’en 1997, Denis Sassou Nguesso évincé démocratiquement du pouvoir revienne par les armes. Avec l’appui du puissant voisin angolais. Aujourd’hui au terme de ses deux mandats constitutionnels, la tentation d’un troisième mandat est dorénavant manifeste. La modification de la Constitution de 2002 est, toutes proportions gardées, un jeu risqué pour le PCT et le président Denis Sassou Nguesso lui-même. Quand on sait que le pays revient de loin à la suite des conflits successifs qu’il a connus. Après avoir envisagé de passer par le truchement de l’Assemblée nationale pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats, le PCT a décidé de prendre du recul pour mieux apprécier les rapports de force politiques avant d’agir. En procédant à une large consultation de ses partisans, tant du point de vue social que politique. Et le président Denis Sassou Nguesso s’est manifestement tenu à distance des manœuvres. Même si l’on peut se douter qu’en coulisses, il les a certainement encouragées. Autrement, il aurait dû se prononcer clairement à ce sujet. Or, il se trouve qu’il s’est aussi soigneusement gardé de se prononcer publiquement à propos de la révision de la Constitution de 2002, encore moins de sa volonté à briguer un nouveau mandat en 2016. En fin limier de la vie sociopolitique congolaise et africaine.

Un rappel historique

Le président Denis Sassou Nguesso va-t-il réussir son grand jeu?(Credit: Photo Polycarpe Toviho)

Le président Denis sassou Nguesso est arrivé pour la première fois au pouvoir en 1979. Et il l’a quitté en 1992 à la suite de l’élection de feu président Pascal Lissouba. En effet, au début des années 1990, le régime du président Denis Sassou Nguesso I avait décidé de jeter la référence marxiste-léniniste dans la poubelle de l’histoire. La tension avait débuté avec une crise entre le pouvoir et la confédération syndicale. Laquelle exigea son indépendance vis-à-vis du Parti congolais du travail (PCT) jusqu’alors parti unique. Plusieurs ténors de la vie sociopolitique à l’instar de feu l’ancien président Yhombi Opango ainsi que dix-huit intellectuels étaient montés au créneau pour réclamer l’organisation d’une Conférence nationale et une amnistie générale.

Le 22 août 1990, les dix-huit intellectuels parmi lesquels l’ancien numéro 2 du PCT adressèrent alors une lettre ouverte au président Denis Sassou Nguesso et réclamèrent un calendrier précis pour la mise en exécution des mutations politiques. En ce qui le concerne, le Mouvement patriotique du Congo (MPC) demanda dans une lettre ouverte au régime, la restitution du « nom originel » du pays et la célébration dorénavant du « 15 août historique ». Claude Ernest Ndalla libéré après quatre ans d’emprisonnement exigea un débat national. La confédération syndicale se réunit en faveur d’une conférence. Elle réélit Jean-Michel Bocambo comme Secrétaire général, ce que le pouvoir ne voyait pas d’un bon œil.

Le 12 septembre, le président Denis Sassou Nguesso convoqua la direction du syndicat. Beaucoup de syndicalistes refusèrent d’y répondre. En conséquence, le lendemain, des policiers armés investirent le siège de la Confédération syndicale du Congo (CSC) et la Bourse du travail de Brazzaville. Le chef de l’Etat ne s’embarrassa pas pour déclarer nul et non avenue le congrès en question et annonça que la CSC sera désormais animée par un membre du PCT et dirigé par un comité de coordination.

Révoltés par cette décision, les syndicalistes lancèrent un mot d’ordre de grève générale illimitée à compter du 14 septembre avec à la clef, des revendications sociales. Jusqu’au lendemain, Brazzaville resta coupée de l’extérieur, l’administration et les banques furent fermées. Ce fut la paralysie totale. Les autorités déclarèrent la grève illégale, mais les syndicalistes ne reculèrent point. Acculé, le président Denis Sassou Nguesso s’engagea à supprimer la question de la retraite des fonctionnaires à 50 ans comme le demandaient le FMI et la Banque Mondiale. En revanche, celle des avancements bloqués depuis cinq ans fut dorénavant prise en compte. Le chef de l’Etat revint en définitive sur sa position quant à la direction de la CSC et le dialogue reprit entre les deux parties. Mais de grève en grève, le peuple congolais finit par arracher la victoire : l’instauration du pluralisme démocratique.

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