Boko Haram Les dessous de l’intervention du Tchad aux côtés du Cameroun et du Nigeria

Après plusieurs mois d’hésitation, le Tchad a décidé, le 16 janvier dernier, de s’engager dans la lutte contre la secte islamiste Boko Haram aux côtés des forces armées camerounaises et nigérianes.

Le président Idriss Déby Itno a enfin décidé d'engager ses troupes aux côtés du Nigeria et du Cameroun dans la lutte contre le terrorisme de Boko Haram.Le président Idriss Déby Itno a enfin décidé d’engager ses troupes aux côtés du Nigeria et du Cameroun dans la lutte contre le terrorisme de Boko Haram.

Tout est parti si vite. Le mercredi 14 janvier, un conseiller spécial du chef de l’Etat nigérian, venu à bord d’un avion spécial, a franchi le perron du palais présidentiel tchadien pour transmettre un message verbal du Président Goodluck Jonathan à son homologue tchadien Idriss Déby Itno. L’audience qui a duré une bonne trentaine de minutes a porté sur la menace persistante des éléments de la secte islamiste Boko Haram.

Le jeudi 15 janvier, une délégation camerounaise conduite par le ministre de la Défense, M.Edgar Alain Mébé Ngo, est à son tour reçue par le président Idriss Déby au Palais rose à N’Djaména. Dans la même journée, et suite à cette audience, le porte-parole du gouvernement tchadien, Hassan Sylla Bakari, déclare dans un communiqué lu sur les ondes de la Radio nationale que le Tchad a répondu favorablement à la sollicitation du Cameroun et entend déployer dans les heures suivantes ses soldats sur son territoire.

Chronologie

Vendredi 17 janvier : l’Assemblée nationale tchadienne, convoquée spécialement pour une session extraordinaire, vote à l’unanimité une résolution autorisant le Tchad à engager ses troupes au Cameroun lutter contre Boko Haram. Dans un message du président de la République adressé à la représentation nationale, le ton est clair et offensif : « la secte Boko Haram, qui a commencé ses exactions dans certains Etats du Nigeria, continue sa progression au-delà des frontières de ce pays frère et voisin, menaçant ainsi la sécurité du Cameroun, du Niger et de notre pays le Tchad. Cette situation a bloqué les échanges commerciaux avec les pays voisins et plus particulièrement avec le Nigeria asphyxiant du coup, notre économie déjà fragilisée par la conjoncture économique mondiale… Le Tchad ne saurait rester indifférent à la menace persistante de Boko Haram», s’est justifié le chef de l’Etat.

Le même jour, un important convoi militaire, constitué de chars, de véhicules blindés, de camions de transport des troupes, est aperçu en partance vers le Sud du Tchad à destination de la ville de Yagoua au Nord du Cameroun.

Samedi 18 janvier. Des milliers de Tchadiens, toutes couches sociales confondues, sont descendus dans les rues de la capitale N’Djaména, et dans les villes secondaires, pour une marche en soutien aux forces de défense et de sécurité. « A bas Boko Haram », « Stop Boko Haram », « les terroristes sont une menace pour l’économie tchadienne », « N’Djaména, adhère à la décision du président de les combattre »… Tels étaient les slogans brandis par la foule. Deux motions de soutien au président de la République et aux forces de défense et de sécurité seront lues à la fin de la marche exhortant entre autres, le président Déby à faire inscrire la question de la sécurité et du terrorisme comme première priorité lors du prochain sommet de l’Union africaine.

L'armée tchadienne est déjà sur le terrain au Cameroun et au Nigeria.L’armée tchadienne est déjà sur le terrain au Cameroun et au Nigeria.

Dans la même soirée, le chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, a accompagné lui-même le gros de son contingent, à bord de plus de 400 véhicules sur le pont de Nguéli qui relie la capitale tchadienne à la ville frontalière camerounaise de Kousseri, localité visée plusieurs fois par les attaques de Boko haram. Tout en encourageant ses troupes à la bravoure et à la témérité face à l’adversaire, le président tchadien a exhorté la communauté internationale à réagir favorablement pour aider les pays frontaliers du Nigeria dans cette lutte. « je lance un appel aux pays de la Communauté de l’Afrique centrale et à tous les pays du continent africain afin de former une large coalition pour faire face à cette secte islamiste Boko Haram et montrer ainsi, à la face du monde, que l’Afrique est capable de résoudre ses problèmes », a déclaré le président tchadien.

Echec diplomatique

Selon une source gouvernementale, l’afflux massif de plus de 11.000 réfugiés nigérians constitués majoritairement de femmes et d’enfants et souvent non accompagnés dans la région du Lac, fuyant les atrocités commises par Boko Haram dans la localité de Baga au Nigeria, a précipité la décision du président Déby d’entrer dans la danse. Une autre source sécuritaire renseigne que la gifle administrée à la diplomatie tchadienne suite à la « vraie-fausse» libération des lycéennes de Chibok promise par la secte en novembre dernier a fait sortir Déby de ses gongs. Blessé dans son orgueil de soldat, l’ancien général des corps d’armée se serait juré de « venger l’honneur du Tchad sur les tombes des miliciens de Boko haram ».

L’engagement des troupes tchadiennes sonne ainsi comme un tournant décisif dans la lutte contre la secte islamiste restée longtemps maîtresse du jeu. Guerriers aguerris au combat, les soldats tchadiens pourraient rapidement faire la différence sur le terrain face à un adversaire jugé redoutable et meurtrier.

Selon le président tchadien, ses soldats devraient être immédiatement opérationnels sur le front camerounais. Il n’a pas non plus caché son intention de reprendre la localité nigériane de Baga, qui abritait des forces nigérianes, nigériennes et tchadiennes avant de tomber dans le giron de Boko Haram. Sur le front nigérian, un projet de réactivation de la force multinationale de la Commission du bassin du Lac Tchad (CBLT) serait en étude.
Comme si ce déploiement ne l’effrayait guère, Boko Haram s’est illustrée le 18 janvier dernier par l’enlèvement de 80 ressortissants camerounais aux environs de la ville de Mokolo. Des officiers tchadiens, ayant requis l’anonymat, affirment avoir pris acte du « défi » que vient de leur lancer la secte, au moment où les troupes tchadiennes franchissaient la frontière vers le Cameroun. Lesquelles promettent une riposte énergique dans les prochains jours.

 

Par Serge Abou Ouambi, correspondance particulière depuis N’Djamena

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