Paris-Cotonou, la psychose d’Aqmi sur la route (Episode 1)

Il y a cinq ans, alors même que les otages d’Areva venaient d’être enlevés au Niger, j’ai pu effectuer un voyage par la route de la France jusqu’au Bénin en passant par le Maroc, le Sahara Occidental, la Mauritanie, le Mali et le Burkina. Aujourd’hui, avec la dégradation de la situation sécuritaire dans le Sahel et particulièrement au Nord du Mali, un tel voyage devient on ne peut plus hasardeux. Je vous propose dans « Carnets de route », et sur plusieurs épisodes, un retour sur cette belle aventure pleine de découvertes.

Cela faisait quinze ans que je n’avais pas revu Paris. Faute de faire Dakar-Paris avec un confrère, j’ai choisi de faire Paris-Cotonou. Le Paris que j’ai connu en 1995 n’a pas beaucoup changé pour le visiteur que je suis. Les hommes passent en effet, les centres d’intérêts changent, la ville étend ses tentacules et se rénovent par endroits même, mais l’âme demeure pour longtemps encore. L’âme de Paris tant chantée et vantée par plus d’un.

La Tour Eiffel.La Tour Eiffel.

J’ai commencé ma visite dans l’Hexagone par le cimetière du Père Lachaise avec ma compagne, Thérèse Oudot, une bourguignonne de Vielverge vivant au Bénin depuis vingt ans et propriétaire de l’Hôtel Bourgogne à Natitingou. Ce cimetière où reposent de grands noms comme le poète Paul Eluard, le communiste Georges Marchais, l’artiste Edith Piaff et j’en passe, m’a renvoyé bien des années en arrière chez moi au plus grand cimetière militaire français du Bénin qui a été malheureusement rasé sans sourciller – pour y construire le stade municipal de Tanguiéta. Et pourtant, Dieu sait s’il y a des morts dont la postérité a besoin de se souvenir comme ceux qui reposent au Père Lachaise et dont une bonne partie est, du reste, des victimes de la seconde guerre mondiale (1914-1918).

Si Paris attire beaucoup de monde, c’est certainement moins parce qu’elle rappelle de tristes souvenirs. Bien au contraire, et c’est tant mieux ! Les touristes de diverses nationalités que l’on y rencontre sur les sites les plus visités en témoignent fort éloquemment. A la Tour Eiffel, la Place Trocadéro, le Louvre, les Champs Elysées, la Bibliothèque François Mitterrand ou ailleurs. A cela, il faut ajouter la gastronomie française où le bon vin dont le label continue de faire courir des gens de par le monde.

En passant par le Quai d’Orsay, l’Assemblée nationale, le journaliste que je suis s’est intéressé par médias interposés aux deux sujets brûlants du moment, à savoir l’enlèvement des cinq français qui travaillent pour Areva à Arlit au Niger par Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) ainsi que la lancinante question des retraites en France.

Bien avant l’enlèvement des Français au Niger, les menaces de représailles d’AQMI contre la France avaient déjà donné à la capitale française des allures de forteresse sous haute protection avec des militaires et des policiers armés. Au point que Brice Hortefeux, le ministre de l’Intérieur, s’est risqué à révéler aux Français la présence d’une femme Kamikaze à Paris, suscitant du coup une vive polémique sur la crédibilité de ses informations Ce qui, pour beaucoup, était une façon de répandre la psychose d’un attentat à la bombe pour dissuader les syndicats qui appelaient à manifester dans les rues contre l’adoption de la loi sur les retraites à soixante ans par le gouvernement du président Nicolas Sarkozy.

Cependant même que son ministre Eric Woerth qui s’est fait fort de présenter et de défendre cette loi faisait l’objet d’une enquête judiciaire dans la désormais sulfureuse « affaire Bettencourt ». Une supposée collusion entre le monde de la politique et celui des affaires avec en toile de fond la mise en cause de l’Union de la majorité présidentielle (UMP) quant au financement de la dernière campagne présidentielle et des avantages fiscaux accordés à l’héritière du groupe l’Oréal, Liliane Bettencourt. Une affaire dont le retentissement a largement dépassé les frontières de la France autant que les manifestations syndicales contre les retraites, comme j’ai pu le constater dans les rues de Dijon, pour passionner la presse internationale et particulièrement africaine.

 

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