JOURNAL D’ESPAGNE : Malaga, la patrie de Picasso au pied de l’Alcazaba (Episode 10 et Fin)

Après une escale à Torremolinos, j’arrive enfin à la dernière étape de mon voyage en Andalousie : Malaga, la capitale de la province du même nom, c’est-à-dire Malaga. La dernière et pas des moindres. Bienvenue dans la patrie de Picasso.

Vue du port de Malaga depuis l'Alcazaba.Vue du port de Malaga depuis l’Alcazaba.

Malaga est à une centaine de kilomètres du fameux Detroit de Gibraltar. Au pied des montagnes et au bord de la mer Méditerranée, elle fait face à la côte du Maroc. C’est la deuxième plus grande ville d’Andalousie et l’une des plus grandes d’Espagne. L’importance de son aéroport et le flux ininterrompu du trafic en dit déjà long.

D’où Malaga, la capitale de la province de Malaga, tient-elle son nom ? Les avis divergent à ce propos. Certains ont cru y voir une origine hébraïque du nom de la ville, découlant de m-l-k qui a donné Malacha et qui signifie « reine ». C’est en tout cas l’avis de l’historien Martin de Roa, largement admis. D’autant plus que le grand géographe grec Strabon parlait de Malaga comme de la meilleure des côtes. Au demeurant, cette signification se rapprocherait aussi de celle en arabe d’un point de vue philologique. Pour dire que la côte de Malaga était comme la « côte des côtes » ou la « reine des côtes ». Je n’en rajouterai rien, même si je n’en pense pas moins.

Vue partielle de Malaga depuis l'Alcazaba.Vue partielle de Malaga depuis l’Alcazaba.

Je reviens donc Malaga, après y être passé pour aller à Marbella, histoire de terminer là, dans cette capitale provinciale, mon voyage en Andalousie. Histoire aussi de poser mes valises pour un bon mois quasiment à La Mundial Hostel. Le couple qui tient l’hôtel est si charmant et accueillant qu’on s’y sentirait chez soi. En outre, ils parlent tous deux le français. Suivez mon regard…

Belle promenade

Ma première visite, je l’effectue le long de la plage, en bordure de mer. Belle et longue plage avec sa superbe ballade piétonne ou cycliste, ses palmiers habités par des perroquets, son animation, etc. Il fait bon d’aller s’y dégourdir les jambes, de contempler le lent et langoureux moutonnement des vagues de la mer Méditerranée, et de respirer l’air frais de la mer…l’air du large. Bref, de s’inspirer en allant à la quête des muses pour se faire accompagner.

Vue partielle des remparts de l'Alcazaba.Vue partielle des remparts de l’Alcazaba.

Quand lasse de ma promenade je veux me restaurer, je m’entends dire par le serveur du restaurant où je fais mon escale qu’il est fermé alors qu’il est bien ouvert. Et il me le dit de la manière la plus désinvolte possible. Je lui demande s’il parle le français ou l’anglais, comme cela me paraît bizarre, mais il me répond : « ici en Espagne, on parle espagnol ». Heureusement que tous les Espagnols ne sont pas comme lui. Bien au contraire. Ce peuple issu de moult métissages est sinon le plus accueillant et tolérant, du moins l’un des plus accueillants et tolérants d’Europe.

Malaga offre de nombreuses possibilités de découvertes alentours. L’on peut aller à la découverte de plusieurs autres villes non loin : Velez-Malaga,Torre del Mar, Nerja et Frigiliana. Et de Frigiliana comme qui dirait : « un beau petit village perché là-haut sur la montagne ». Il mérite vraiment un crochet si vous passez par Nerja.

Une histoire mouvementée

Un échantillonnage de l'artisanat de Frigiliana.Un échantillonnage de l’artisanat de Frigiliana.

L’on attribue la fondation de la ville de Malaga au pied de la colline du Gibralfaro aux Phéniciens au 8ème siècle avant Jésus-Christ. Elle sera successivement conquise par les Carthaginois en 573 avant Jésus-Christ et restera sous le contrôle des Romains jusqu’en 219 avant Jésus-Christ. S’ensuivra une période trouble et d’affaiblissement du pouvoir romain qui va conduire à sa reconquête par l’empereur byzantin Justinien, qui la reprend des mains du roi wisigoth Agila 1er (551). Mais les Wisigoths reviendront à la charge pour la reprendre bien avant les arabes en 716 après Jésus-Christ. Ce sont ces derniers qui vont ainsi l’annexer en 755 à l’Emirat de Cordoue. Mais en 858, un chef Viking du nom de Hasting la pille avec ses hommes. Il faut attendre 1487 pour voir les Chrétiens y revenir.

Malaga et ses trésors

L’Alcazaba ou en arabe al-Qasbah de Malaga, ce château fort construit au 11ème sièclepar la Taifa des Hammudites, domine toute la ville de manière altière. C’est sur les ruines du Théâtre romain remontant au 1er siècle après Jésus-Christ qu’il se dresse. Il faut prendre le temps de le visiter, pièce par pièce, comme si l’on y cherche un trésor caché. Il s’agit d’une merveille d’époque qui témoigne de l’ingéniosité des conquérants et stratèges de ces temps-là. Ce n’est du reste pas le fait du hasard si beaucoup pensent qu’il n’a d’égal que lele « Krak des Chevaliers » en Syrie.

Outre l’Alcazaba, il y a la Cathédrale de l’incarnation. J’ai certes tourné le dos à l’Eglise catholique bien très tôt. Il n’empêche que j’adore toujours tout ce qui y est solennel dans le rituel, l’architecture des églises, le concept littéraire de la Bible typiquement fait de paraboles qui me rappelle étrangement le langage traditionnel africain, l’histoire du catholicisme…

Vue partielle du village de montagne de Frigiliana.Vue partielle du village de montagne de Frigiliana.

Le Musée Picasso est donc ma deuxième grande préférence à Malaga. J’ai eu un sourire moqueur au coin en lisant quelque part que le célébrissime peintre Pablo Picasso a quitté son Malaga natal sans même y revenir…En y répondant dans mon for intérieur : « on a beau fuir sa patrie, elle vous hantera toujours comme un fantôme. Tant il est des choses qu’on ne peut jamais quitter. C’est comme renier son père et sa mère ou ses enfants…ça n’a tout simplement pas de sens » ! Qu’il l’ait avoué ou pas, Malaga est sans doute resté dans le Cœur de Picasso, ad vitam aeternam.

Composée au départ essentiellement des donations de Christine Ruiz-Picasso, soit quelque 133 œuvres, et de Bernard Ruiz-Picasso avec quelque 22 œuvres, il s’est aussi enrichi d’autres collections privées. Le muséographie est si bien conçue que le visiteur prend un grand plaisir à parcourir et à découvrir les œuvres, les unes après les autres. Et pour terminer avec une librairie où l’on ne vend que du Picasso qui se décline sous toutes les coutures ou sous toutes les peintures pour ainsi dire : en livres, en peintures, en objets artisanaux, etc.

A Malaga, moi aussi, j’ai crié « Eurêka ». Commencé au début de mon voyage en Andalousie, je suis finalement arrivé à la confirmation que la Nubie antique est bel et bien au cœur de l’incroyable odyssée des langues du monde. L’étude comparée que j’ai entreprise dans le cadre de mon prochain ouvrage L’Inde et les origines des Dravidiens m’apporte l’ultime confirmation que je ne m’étais pas trompé dès le début : entre autres, la signification du mot Ougari en Sanskrit correspond parfaitement aussi bien sémantiquement que phonétiquement à celle en Nateni, c’est-à-dire : « rôter » et que j’avais déjà expliquée en Hongrois philologiquement. Le Hongrois étant fortement connoté en Nubien ancien. Du reste, le vocabulaire Sanskrit dérive fondamentalement du Nubien ancien. Dont acte !

Au terme de mon voyage en Andalousie, je passe le plus clair de mon temps à la Plage d’El Palo. Et comme par hasard, elle m’offre enfin l’un de ces moments forts et rares que j’aime tant en Espagne : celui des processions. J’ai commencé mon voyage avec à Alicante et je termine avec à Malaga. Avec la Sainte Vierge Carmen, accompagnée par une fanfare à réveiller les morts.

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