Bedoumra Kordjé, Architecte de la modernisation

Rentré au Tchad en 2012, après trois décennies à la Banque africaine de développement (BAD), Kordjé Bedoumra apparaît comme le pivot des efforts de modernisation dans son pays. Il y a occupé trois postes clés en autant d’années, d’abord ministre du Plan, de l’Economie et de la Coopération Internationale, puis Secrétaire Général de la Présidence, avant de devenir Ministre des Finances et du Budget en octobre 2013.

 

 

Bedoumra Kordjé, Ministre des Finances et du Budget du Tchad, Candidat du Tchad Pour la Présidence de la Banque Africaine de Développement. Bedoumra Kordjé, Ministre des Finances et du Budget du Tchad,
Candidat du Tchad Pour la Présidence de la Banque Africaine de Développement.

 

 

Cumulativement à ses charges gouvernementales, M. Bedoumra assume aussi d’autres responsabilités internationales. En octobre 2014, il a été élu Président du Conseil des Gouverneurs du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale pendant les Assemblées Annuelles de ces deux Institutions à Washington. Durant l’année 2014, il a été Président du Conseil d’Administration de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) et Président du Comité Ministériel de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC).

Fort de cette expérience, il est désormais le candidat de l’Afrique Centrale en général et celui du Tchad en particulier à la présidence de la BAD. Au sein de cette institution, cet ingénieur en télécommunications, âgé de 63 ans, diplômé de l’École nationale supérieure des télécommunications de Paris, a gravi tous les échelons, depuis le niveau des opérations sur le terrain. Entré à la BAD en 1983 comme expert en télécommunications, il accède à partir de 1996 à des postes de direction, d’abord dans le secteur des Infrastructures et de l’Énergie. À compter de 2006, il dirige conjointement le département Eau et assainissement ainsi que la Facilité africaine de l’eau, avant de devenir secrétaire général de la Banque (2008-2009), participant à ce titre à toutes les décisions politiques et d’orientation, puis d’en assurer la vice-présidence, en charge des services institutionnels, où il a supervisé la gestion de tous les personnels, ou encore le système informatique.

 

Depuis 2012, Kordjé Bedoumra suit une feuille de route claire : doter le Tchad des instruments modernes de gestion et de bonne gouvernance, nécessaires pour pérenniser l’essor économique permis par les revenus pétroliers, afin d’engager durablement le pays sur le chemin du développement et de la diversification de son économie.

Avec un défi en ligne de mire : atteindre le point d’achèvement de l’Initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), qui permettrait l’annulation de tout ou partie de la dette extérieure, et auquel le Tchad aspire depuis 2001, date à laquelle il avait atteint le point de décision de l’IPPTE. Kordjé Bedoumra se dit désormais « confiant dans l’aboutissement » du processus : le Tchad est en mesure d’atteindre le point d’achèvement « au plus tard au mois d’avril 2015 ». . Il a consacré tous ses efforts à cet objectif. Dès son arrivée au ministère du Plan, Kordjé Bedoumra a dirigé l’élaboration du Plan national de développement 2012-2015, et travaillé la stratégie de mise en œuvre de la vision présidentielle Tchad émergent 2025. Chantre de la diversification économique et du renforcement des recettes hors pétrole, il apporte au gouvernement sa technicité et les approches méthodologiques éprouvées à la BAD : production de rapports de performance et de résultats, mesures visant au renforcement de l’appropriation des projets par les ministères techniques concernés…

 

En février 2013, il prend la tête du secrétariat général de la Présidence, poste qu’il qualifie lui-même d’« extrêmement stratégique, important pour la compréhension du développement d’un pays », aux côtés du président Idriss Déby Itno. Avant de retourner au gouvernement en octobre de la même année : au ministère des Finances, il s’attache à assainir et moderniser les finances publiques, et à ramener le pays dans le rang de la discipline budgétaire.

 

En janvier 2014, le parlement a adopté une nouvelle loi organique mettant le Tchad en conformité avec les standards régionaux de la Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (Cemac) et les bonnes pratiques internationales. en 2014, le circuit des dépenses publiques a été informatisé, ainsi que la gestion des salaires des fonctionnaires. Une automatisation de la paye qui a permis une réduction des pertes estimée par le ministre à 10 milliards de F.CFA. Ces actions devraient se poursuivre en 2015, par l’extension du système intégré à toutes les recettes, avec l’informatisation de la gestion de la fiscalité et des douanes, le ministre visant aussi à l’élargissement de l’assiette fiscale.

 

Kordjé-Bedoumra Photo 3

 

Kordjé Bedoumra, en coordination avec son collègue des Hydrocarbures, s’est attaqué à l’amélioration de la gestion des ressources pétrolières, qui constituent plus de 60 % des revenus du Tchad. Cette mauvaise gestion passée a été au cœur des frictions de la décennie avec les institutions de Bretton Woods, qui dénonçaient à la fois son opacité et l’inflation des dépenses militaires. À l’heure où la région connaît une insécurité croissante, entre la menace Boko Haram et la crise libyenne, les bailleurs du Tchad « comprennent mieux » les impératifs qui ont motivé les choix longtemps reprochés à N’Djamena, explique le ministre.

Quant aux efforts de transparence, de traçabilité et de rationalisation, visant à limiter risques de corruption et marchés de gré à gré, ils ont débouché sur la création d’une cellule de suivi des recettes pétrolières et minières, la Cellule de collecte et de centralisation des recettes du pétrole (CCCR), assortie de la publication de ces recettes.

 

Le Tchad a été admis le 15 octobre 2014 comme membre à part entière des pays de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Une mise en conformité saluée par la Britannique Clare Short, présidente de l’ITIE, qui juge le Tchad « sur la bonne voie vers une gouvernance ouverte et responsable de ses ressources naturelles ». Le Tchad, acteur modeste par rapport aux géants pétroliers du continent, avec ses 100 000 b/j, n’est « pas un pays pétrolier comme les autres », souligne Kordjé Bedoumra qui prône la diversification des sources de revenus.

 

Si la mise en exploitation de nouveaux champs laisse espérer un doublement de la production d’ici à fin 2015, la récente chute des cours du brut vient lui donner raison : les prévisions budgétaires pour 2015 ont dû être revues, le déficit est désormais estimé à 354 millions de dollars.

Artisan de l’amélioration de l’image du Tchad auprès des bailleurs, Kordjé Bedoumra espère succéder en mai au Rwandais Donald Kaberuka la tête de la BAD. D’ici à l’élection, il poursuit sa tâche à N’Djamena, fort désormais d’une expérience gouvernementale de tout premier plan.

BEDOUMRA KORDJE

 

 

Source : http://www.bedoumrakordje.com/fr/

 

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