La difficile recherche de lauréats du Prix Mo Ibrahim en Afrique

Le nouveau lauréat du Prix Mo Ibrahim, Hifikepunye Pohamba.Le nouveau lauréat du Prix Mo Ibrahim, Hifikepunye Pohamba.

 

Né au Soudan, dans ce qui fut l’antique et célèbre Nubie où l’être humain a pris conscience anciennement de son humanité, Mo Ibrahim a eu l’ingénieuse et ô combien noble idée de créer en 2006 un prix au nom de sa fondation éponyme, à savoir la Fondation Mo Ibrahim. Objectif tout aussi noble :aider l’Afrique à se débarrasser de ses dictateurs corrompus en accordant une prime à la bonne gouvernance au pouvoir. Il s’agit d’une prime d’un montant de cinq millions de dollars, financé sur la fortune personnelle de Mo Ibrahim, doublée d’une pension annuelle à vie de 200 000 dollars si l’ancien dirigeant fonde une oeuvre de bienfaisance.

Mais en dépit de cette manne qui ne tombe pas du ciel mais plutôt de la fortune personnelle de Mo Ibrahim, ils ne sont pas légion sinon à la mériter, du moins à vouloir la mériter. Preuve que les gouvernants africains abonnés la bonne gouvernance sont aussi rares que les Mo Ibrahim. De 2009 à 2010, la fondation qui cherchait ainsi à récompenser à travers le continent avait dû se résoudre au triste constat que les dirigeants africains refusaient de gagner au moins 200 000 dollars à vie. Voire !

Cette année, la quête aura été fructueuse, puisque le futur ex-président namibien Hifikepunye Pohamba en est déjà le lauréat. L’homme qui quitte le pouvoir vers la fin du mois a été honoré par la fondation Mo Ibrahim le 2 mars à Nairobi, au Kenya. Par cette cérémonie, le jury de la fondation a reconnu la qualité de sa gouvernance à l’issue de ses deux mandats présidentiels, et sans qu’il soit tenté par quelque révision de la Constitution comme c’est dorénavant la mode en Afrique.

Outre le fait que Hifikepunye Pohamba va bénéficier de quelque cinq millions de dollars sur 10 ans, ainsi que 200 000 dollars par an et  à vie, il intègre ipso facto le club très fermé des bons gouvernants de l’Afrique. Avant lui, il y a eu notamment  le Mozambicain Joachim Chissano et le Sud-Africain Nelson Mandela (2007), le Botswanais Festus Mogae (2008), le Cap-Verdien Pedro Pires (2011). Comme pour montrer comment l’Afrique est gouvernée, ce prix a cherché lauréat désespérément ces dernières années. Car, bien des gouvernants préfèrent se servir directement et à volonté dans les caisses de l’Etat de leur pays et refuser de respecter sa Constitution plutôt que de bien se comporter au pouvoir pour jouer au jeu sans doute hasardeux à leurs yeux du Prix Mo Ibrahim.

 

Commentaires

  1. Le , Roch NEPO a dit :

    Pour mon humble part, j’ai toujours considéré le Prix Mo Ibrahim comme étant, sans conteste, l’un des instruments les plus efficaces de promotion de la bonne gouvernance et du leadership visionnaire sur le continent africain. Seulement il est aisé de remarquer que, depuis sa création il y a bientôt une décennie, ce prestigieux prix n’a été décerné qu’à des Chefs d’Etats d’Afrique d’expression anglo-saxonne Afrique du Sud, Botswana) et lusophone (Cap Vert, Mozambique).

    Face à ce constat quelque peu troublant, il y a lieu de s’interroger :

    (i) Au-delà de considérations liées aux critères objectifs de sélection, devrait-on, pour autant, en inférer que les pays anciennement colonisés par la France seraient moins enclins que les autres à observer les bonnes pratiques en matière de gouvernance ?

    (ii) Faudrait-il y lire l’une des manifestations les plus tangibles des tares et séquelles inhérentes au modèle de colonisation français, réputé foncièrement assimilationniste et donc éminemment porteur d’une plus grande extraversion, d’un mimétisme de mauvais aloi et d’aliénation culturelle des peuples colonisés, par opposition à celui britannique, fondé sur une relative autonomie des communautés autochtones et induisant une plus grande aptitude de celles-ci à puiser dans leur génie propre les solutions idoines à leurs problèmes ?

    (iii) Ou alors, en faisant l’hypothèse de l’inexistence d’une corrélation avérée entre le phénomène observé et les deux facteurs potentiels ou incriminables précités, ne s’agirait-il, en définitive, que d’un simple fait du hasard ?

    Il y a bien là, force est d’en convenir, matière à réflexion. Le débat reste donc largement ouvert.