NIGERIA – Lettre ouverte à mon cher cousin Goodluck Jonathan

NIGERIA photo Election présidentielle

 

 

Excellence, Monsieur le Président de la République fédérale du Nigeria,

 

 

Cher cousin,

Je dis cher cousin, Excellence, Monsieur le Président de la République fédérale du Nigeria, en me fondant sur l’Histoire ancienne du Nigeria. Si l’on s’en tient aux traditions africaines et à l’histoire de nos peuples, vous êtes un proche cousin, tout comme Barack Obama est notre cousin lointain, Luo ou Louo ou Lwo ; je l’ai déjà dit et répété à maintes reprises et je ne cesserai jamais assez de le faire encore et encore.

En guise de bref rappel pour ce qui vous concerne, d’un point de vue strictement historique, les Ijaw (anciennement Oyelagbo) qui sont vos ancêtres et les plus anciens occupants de cette partie du delta du Niger, bien avant la fondation de la Cité-Etat d’Ilé-Ifè, se sont métissés avec la seconde vague de mes ancêtres Gbantou ou Noumana ou Wasangari qui faisaient partie de la migration dite Kissira, entre les Vè et VIè siècles après Jésus-Christ, pour donner naissance au groupe ethnique appelé aujourd’hui les Yorouba. Et les Yorouba ne sont d’ailleurs pas les seuls dans ce cas au Nigeria. Voilà pourquoi je me permets de vous appeler cher cousin.

Nigéria eléction Photo 2

Je suis Nigeria, stop Boko Haram

Cela dit, cher cousin, même si j’étais votre propre fils, je ne voterais pas pour vous à la présidentielle du 28 mars prochain au Nigeria. Vous pourriez esquisser un sourire narquois à mon égard en vous demandant : de quoi se mêle-t-il ? Car de toutes les façons, je ne suis pas Nigérian et je ne peux donc point voter.

Je ne suis pas Nigérian, certes, mais « JE SUIS NIGERIA – STOP BOKO HARAM ».

Nos ancêtres avaient peur de l’Histoire. Ils disaient « laisser son nom » ou « pour que son nom reste » dans la postérité pour signifier cette crainte à la fois synonyme d’honneur et de règle sociale. Et tout ce qu’ils faisaient étaient guidés par ce souci constant de ce que l’Histoire ou la postérité devait retenir de leurs faits et gestes. Je ne vais pas entrer dans les détails et dans les affaires domestiques de votre pays, à proprement parler, et qui ne me concernent pas outre mesure ou au premier chef. Mais que vous le vouliez ou non, l’Histoire et la postérité retiendra que c’est sous votre gouvernance au Nigeria que plus de treize mille (13.000) Nigérians ont été tués par la secte islamiste Boko Haram ; que le Nigeria a dû accepter l’intervention d’armées étrangères sur son sol ; que des pays voisins ont vu leurs territoires attaqués par Boko Haram à partir de votre pays. Et qui pis est, que face à l’incapacité de votre armée, en tant que Chef suprême des armées, vous avez dû faire appel à des mercenaires sud africains pour vous aider à combattre le chef des jihadistes, Abubakar Shekau, et ses hommes. C’est le comble de la honte pour le Nigeria dont le leadership, même sous les pires dictatures que le pays a vécues, n’est jamais tombé aussi bas.

 

Mercenaires sud africains

Cher cousin Goodluck Jonathan, vous-même avez reconnu que des « techniciens étrangers » travaillaient aux côtés des militaires nigérians dans le Nord-Est du pays. Au demeurant, Mike Omeri, le porte-parole de votre gouvernement a clairement déclaré : « Les Etats-Unis nous ont dit qu’ils ne voulaient pas fournir du matériel militaire à l’armée nigériane, car elle est accusée d’avoir commis de graves violations des Droits de l’Homme. Le gouvernement sud-africain n’a pas voulu non plus nous livrer d’armes. Mais vous le savez comme moi, n’importe quel pays peut se fournir des armes dans le monde, et le Nigeria n’est en rien une exception. Donc si les Etats-Unis et l’Afrique du Sud nous disent non, hé bien on tapera à la porte de la France ou à celle d’Israël, et s’ils disent non aussi, alors on ira voir la Russie, et ainsi de suite… Il y aura toujours des pays pour fournir des armes au Nigeria ».

L’« affaire Léon Lotz », cet ancien militaire sud africain disparu et qui opérait avec l’armée nigériane pour le compte de Pilgrim Africa Ltd, une société de sécurité privée de Lagos, n’a sans doute pas fini de défrayer la chronique. Mais quelle humiliation pour le Nigeria d’avoir recours à des mercenaires pour l’aider à lutter contre Boko Haram ! Où sont donc passés les hommes de l’armée nigériane ? Comment comprendre qu’au moment même où des armées régulières de pays voisins sont tenues à l’écart ou ostracisées par votre gouvernement, et que ce dernier est incapable d’administrer des localités libérées par ces mêmes armées, notamment celle du Tchad, vous fassiez appel à des mercenaires !

 

Merci d’abord au Tchad et à ses valeureux soldats

A l’analyse, il est tout à fait loisible de penser qu’en faisant reporter la présidentielle du 15 février au 28 mars, vous comptiez attirer à votre profit des intentions favorables de vote, avec le soutien des mercenaires sud africains dans votre lutte contre Boko Haram. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les troupes tchadiennes qui ont libéré notamment Dikwa et Gamborou au prix de lourds sacrifices aient été priées de se replier sur leurs positions antérieures au Cameroun pour que vos hommes puissent s’installer. Et toutes ces manœuvres dans l’unique optique de pouvoir revendiquer, par la suite, la victoire de la reconquête des territoires. Mais personne n’est assez ignorant des choses de la politique pour être abusé par ce jeu de dupes et ne pas comprendre que seule la fin de campagne présidentielle a pu justifier la force de les reconquérir, comme par miracle !

Depuis quelques jours, du reste, vos officiers communiquent sur tous les médias à ce propos, en annonçant coup sur coup des libérations de villes et de localités. Mais même si vous décapitiez Abubakar Shekau, retrouviez les jeunes filles de Chibok et que vous débarrassiez le Nigeria de Boko Haram à l’heure actuelle, vous avez déjà failli à assurer la sécurité des Nigérians et de leurs biens. Et j’espère qu’ils ne seront pas dupes de ces spectaculaires retournements de situation de la dernière minute.

Goodluck-Jonathan- élection présidentielle Photo Défaillance totale en matière de leadership

La secte islamiste Boko Haram n’aurait pas pu conquérir un aussi vaste territoire au Nigeria et commettre de tels abominables crimes, attentats et violations des Droits de l’Homme si vous aviez fait preuve d’un bon leadership. Et en cela, le Prix Nobel de Littérature Wole Soyinka a bel et bien raison, lorsqu’il clame haut et fort que personne ne devrait voter pour vous, car vous avez fait montre d’une défaillance totale en matière de leadership. Surtout que par cette défaillance notoire, vous avez également mis en péril la sécurité des personnes et des biens dans nombre de pays voisins, voire toute l’Afrique de l’Ouest et du Centre.Et en cela, nul besoin d’être Nigérian pour vous le dire, cher cousin Goodluck Jonathan.

Que vous soyez réélu ou pas, la postérité le retiendra. Car c’est déjà écrit dans les annales de l’Histoire de toute l’Afrique, de manière indélébile,depuis l’enlèvement de près de 200 jeunes filles lycéennes de Chibok: « BRING BACK OUR GIRLS ». C’est en tout cas mon avis et je le partage avec vous, cher cousin, que vous vouliez l’entendre ou non ; et avec tous mes frères et sœurs du Nigeria. Car la moindre des sanctions que vous méritez, c’est bien de ne pas être réélu. N’en déplaise à vos supporteurs et à votre parti qui aurait mieux fait de présenter un autre candidat en votre lieu et place. Dont acte !

Commentaires