AFRIQUE DU SUD – Xénophobie et bonjour tristesse !

 

Jacob Zuma, Président de l'Afrique du Sud Jacob Zuma, Président de l’Afrique du Sud

 

 

Au soir de sa vie, le désormais légendaire dirigeant de l’Afrique du Sud post-apartheid, Nelson Mandela, rêvait d’un héritage qui lui survivrait. Celui d’une Afrique du Sud unie dans la diversité de ses peuples et de leurs croyances, de ses couleurs à l’emblème arc-en-ciel et de son avenir qui s’écrirait en deux mots : paix et tolérance. Le « Vieux », le « Sage », le « Chef » des Xhosa s’est endormi confiant. Mais hélas, il doit bien se retourner dans sa tombe maintenant. Et se retourner plusieurs fois même en regardant son pays de l’au-delà, comme dans Le souffle des ancêtres de Birago Diop, et cela conformément à la pure tradition africaine par laquelle il a lui-même dicté ses obsèques. Nelson Mandela devait lui-même se douter que son héritage serait lourd à porter. Et que ses successeurs n’étaient pas tous prêts à cette politique-service qui oblige à faire don de soi à son pays. Au prix de ses intérêts personnels et partisans.

 

Les horribles scènes de violence et de barbarie humaine à l’encontre d’Africains résidant en Afrique du Sud auxquels l’Afrique et le monde entier ont eu plein à la figure ces derniers jours ne peuvent laisser indifférents les Africains. Indifféremment de leurs nationalités et où qu’ils soient. Même le truculent Robert Mugabe qui s’est fait récemment ovationner à l’université du Cap, en Afrique du Sud, ne s’est pas fait prier pour dire toute sa désapprobation à propos de ses violences xénophobes. A l’occasion des 35 ans d’indépendance du Zimbabwe à Harare, la capitale du pays, il a déclaré dans un stade archicomble : « J’aimerais exprimer mon choc et mon dégoût suite aux événements de Durban. Traiter d’autres Africains de cette horrible manière ne peut être tolérée par personne ».

 

Mais soyons sans concession et direct. Ces actes xénophobes sont la résultante de toutes les phraséologies politiciennes et démagogiques tout aussi détestables et comparables à celles qui tendent à opposer des peuples au motif qu’ils sont différents de couleur. Ils ne sont donc ni excusables ni tolérables sous aucun ciel et d’aucune manière.

 

D’où que vienne cet appel à la violence gratuite sur l’étranger et quels qu’en soient les auteurs, l’Etat sud africain doit pleinement assumer ses responsabilités face à ce drame. Et cela en conséquence des crimes qui ont été déjà commis sur plusieurs personnes au nombre desquels se trouvent plusieurs Nigérians. Quelle ironie du sort, quand on sait que libéré de sa prison de Robben Island, c’est au Nigeria que Nelson Mandela paya sa toute première visite en Afrique, en souvenir du soutien inestimable que le pays apporta à l’accueil et la protection de ses citoyens ainsi qu’à la lutte contre l’Apartheid. J’étais moi-même à ce rendez-vous historique quand Mandela atterrit ce 13 mai 1990 à Lagos à bord d’un Boeing 737 d’Angola airlines estampillé B2-TBD.

 

Et j’entends toujours dans le stade archicomble Suru Lere de Lagos la voix de Nelson Mandela remercier le Nigeria et ses dirigeants pour avoir « mobilisé leur soutien pour la liberté de l’Afrique du Sud » et pour leur «  soutien diplomatique aux Sud africains noirs et aux combattants de la liberté partout dans le monde ». Enfin, je l’entends en train de scander : « J’ai pensé que j’étais venu rencontrer des amis, mais maintenant, je ne suis pas seulement parmi des amis, je suis venu chez-moi (…) Je n’ai pas suffisamment de mots pour remercier le gouvernement et le peuple nigérian ».

 

Plus loin, ceux de notre génération qui ont vécu dans des pays comme le Bénin  – à l’époque révolutionnaire – et sous le premier régime du président Mathieu Kérékou peuvent encore témoigner que dès l’école primaire, nous étions tous sensibilisés à la situation de tous les pays africains qui n’étaient pas encore indépendants. Parmi ceux-ci, l’Afrique du Sud était logée en premier. Et pour soutenir la lutte de l’ANC (Congrès national africain) contre le régime inique de l’Apartheid, nous apportions de l’argent périodiquement en guise de souscriptions qui étaient organisées à l’échelle nationale. C’est dire combien tous les pays africains, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à l’avènement de l’Afrique du Sud d’aujourd’hui.

 

Afrique du Sud Xenophobie Photo

 

Aucun étranger n’a jamais pris ou encore moins volé un emploi à aucun autochtone dans aucun pays au monde. Sauf à vouloir verser dans la démagogie ou la politique politicienne. Ce n’est donc pas en Afrique du Sud que cela va commencer. Au dynamisme et à l’entrain des étrangers dans leurs pays, les jeunes sud africains et auteurs d’actes violences xénophobes ont plutôt intérêt à se mettre au travail pour apporter autre chose que la barbarie par laquelle ils s’illustrent et qui ne reflète nullement l’état d’esprit de tous les Sud Africains. Loin s’en faut. A preuve: des marches ont été organisées dans plusieurs villes du pays pour condamner avec véhémence de tels actes, au-delà de la condamnation officielle du président sud africain, Jacob Zuma.

 

Avec son regard qui en disait souvent plus long que tout un discours, Nelson Mandela devrait aujourd’hui regarder son pays et afficher une immense tristesse. Un dédain, voire ! Mais cette tristesse et ce dédain doivent aussi être ceux de chacun de nous, Africains du continent ou de la diaspora, pour n’avoir pas pu ou su construire une Afrique autre que celle qui est capable de produire et de nous envoyer des scènes aussi inimaginables du genre de celles que le pays de Jacob Zuma nous a balancées à la figure ces derniers jours.

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