Auguste Denise BARRY, un ministre exceptionnel du gouvernement de la transition burkinabè

Au soir de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, un groupe de militaires s’emparait du pouvoir avec à leur tête un certain Lieutenant-Colonel ZIDA Yacouba Isaac qui s’autoproclamait chef de l’Etat en suspendant la fameuse constitution du 2 juin 1991. Il est soutenu dans cet élan par ses frères d’armes parmi lesquelles on retrouve un nom qui n’est pas étranger au peuple burkinabè. Ce monsieur s’appelle Auguste Denise BARRY, Colonel de son état et ancien ministre de l’ère Compaoré et actuel ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de la sécurité(MATDS) semble contre toute attente se rallier à la cause du peuple insurgé et entend apporter sa touche à la démocratie naissante du pays en toute transparence et impartialité. Quand en est-il exactement ?

 

Auguste Denise Barry PHOTO 1

 

La prise du pouvoir par les militaires à la chute du sieur Compaoré Blaise a semé le doute dans le cœur de plus d’un Burkinabè. Une crainte légitime car l’histoire récente de ce pays ne rassure personne quant à la gestion de l’appareil de l’Etat par les hommes aux bérets rouges. Cette vigilance du peuple visait à rendre à César ce qui est à César. C’est à dire à rendre au peuple son pouvoir qu’il avait conquis au prix de son courage, son sang, sa témérité et même de sa vie. Les soldats tentaient de convaincre la population à travers un communiqué de presse lu à la Télévision National (RTB) le 2 novembre 2014 qui disait en quelques mots ceci : « le pouvoir ne nous intéresse pas ». La suite du film indique bien le contraire car la junte est aujourd’hui représentée au gouvernement et au CNT.

 

A la nomination des membres du gouvernement qui marquait un tournant décisif au démarrage de la transition un ministre a particulièrement attiré mon attention par son expression en ses termes : « Jugez-nous à travers nos actes ». Auguste Denise BARRY, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a effectivement posé des actes plus au moins conformes aux objectifs de la transition et aux aspirations réels du peuple. Permettez-moi de vous énumérer quelques actions fortes de son ministère.

 

Dès son installation, le MATDS a procédé quelques jours plus tard à la dissolution des conseils régionaux et municipaux et partant de là à déchoir les maires de leurs fonctions et les remplacer par des délégations spéciales sur toute l’étendue du territoire national. Ce travail vise la neutralité politique de l’administration publique décentralisée afin de garantir les mêmes chances aux citoyens pour les prochaines compétitions électorales post insurrectionnelles.

 

Les gouverneurs pro Compaoré aux agendas cachés sont vites remplacés par des spécialistes dont les qualifications et le background ne souffre d’aucunes contestations. Ces agents nommés sont pour la plupart des administrateurs civils formés à L’ENAM et aptes à gérer des postes de ce profil. Une telle action n’est que justice rendue à ce corps qui a longtemps souffert de la confusion créée et entretenue par l’ex régime autour de certaines fonctions qui leur revenaient de toute évidence. Ce signal augure un lendemain meilleur car il faut mettre chacun à la place qu’il faut.

 

Les suspensions du CDP et de l’ADF/RDA jugé trop ambitieuses à l’époque pourraient se justifier à nos jours, vu l’indécence et l’absence de morale politique dont font montre certains de ces militants qui tentent de nier l’insurrection et de narguer le peuple. Le pire c’est qu’ils tendent à se présenter comme les victimes et non les bourreaux.

Le vote des Burkinabè de l’étranger, bien qu’inscrit dans le code électoral de 2012, ne saurait être effectif en 2015 pour des raisons diverses et objectives. La communication du gouvernement a été on ne peut plus claire. Pourquoi l’équipe d’information du gouvernement a-t-elle été la cible en Côte d’Ivoire ? Les enquêtes doivent se poursuivre afin de situer les responsabilités et punir les intéressés conformément à la loi car plus rien ne sera comme avant. Non à ceux qui sabotent la transition.

 

Le 7 avril 2015 est une date mémorable au pays des Hommes intègres, marqué par l’adoption du projet de loi rectificative du code électoral qui fixe les nouvelles conditions d’éligibilité et d’inéligibité au prochain scrutin électoral devant marquer la fin de la transition politique en cours. Cette loi est certes sévère pour certains mais est en étroite ligne avec l’histoire politique récente du pays. Les détracteurs la rejettent en invoquant son caractère exclusiviste et se réfère à la charte qui prône selon eux l’inclusion. Evitons de confondre l’inclusion et l’impunité. Regardons-nous en face et au miroir et cherchons et disons la vérité et rien que la vérité. La charte de la transition admet ouvertement l’exclusion lorsqu’elle empêche les membres du gouvernement et du CNT de se présenter aux prochaines compétitions électorales. Ces gens ne sont-ils pas des Burkinabè ? Où étaient les partisans actuels de l’inclusion ? Evitons une fois de plus de compliquer ce qui est simple. La loi est dure mais c’est la loi.

Les récentes arrestations et la mise à prix des têtes des bandits à 150000-250000 et voir plus témoignent de la volonté de ce ministère à garantir la sécurité et restaurer l’autorité de l’Etat.

 

Loin de moi l’idée de soutenir par tous les moyens ce monsieur et son ministère mais je constate simplement son engagement ferme à travers des actions directes et indirectes à faire bouger la transition dans le sens voulu par le peuple. J’invite par ailleurs les autres ministères et ministres à nous faire voir et sentir la rupture tant prônée par le slogan : plus rien ne sera comme avant.

Bonne réception et bonne lecture à tout et à tous !

 

Sohamaï HEMA


Sohama.hema@yahoo.fr
Observateur de la scène politique nationale

Source : http://www.lefaso.net

Lefaso.net (Burkina Faso)

 

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