BENIN / PARC NATIONAL DE LA PENDJARI – Les AVIGREF tirent la sonnette d’alarme sur le braconnage

La guerre de tranchées pour la surveillance du Parc national de la Pendjari se poursuit entre les autorités béninoises et les populations riveraines. Les premières refusent une surveillance mixte plutôt recommandée par les textes, tandis que les secondes exigent d’être associées à la préservation d’un patrimoine certes national, mais qui leur est encore plus cher. Et pour cause, c’est autour du Parc national de la Pendjari que s’articule l’essentiel de l’activité économique du département de l’Atacora, le plus touristique du Bénin.Et l’arrêté des Maires de Tanguieta et de Matéri suspendant en décembre 2014 de manière illégale l’activité des AVIGREF sur leurs communes - faisant suite à l’arrestation et l’emprisonnement de braconniers impliqués dans le trafic d’ivoire en août 2014 -, pose question sur les vraies motivations de ces décisions.

 

Braconnage de buffles dans le parc national de la Pendjari.Braconnage de buffles dans le parc national de la Pendjari.

 

Le conflit entre les Associations villageoises de gestion des réserves de faune (AVIGREF) des communes de Tanguiéta et Matéri et les autorités béninoises quant à gestion de la surveillance du Parc national de la Pendjari est loin d’être terminé. Ce qui ne fait qu’arranger les braconniers qui continuent de massacrer les animaux dudit parc. En effet le mode de surveillance provisoire mis en place et que le Bénin a déjà expérimenté entre 1980 et 1986 n’est pas une panacée. Loin s’en faut. Et il est du reste contraire aux principes de la surveillance mixte que prônent les textes du Centre national de gestion des réserves de faune (CENAGREF). Au demeurant,  il fait place à une surveillance militarisée qui laisse à désirer. Car, en fait, la surveillance militarisée est aléatoire et épisodique, et par conséquent loin de dissuader les téméraires braconniers.

 

Dans une longue lettre adressée le 6 avril dernier au ministre de l’Environnement, chargé de la gestion des changements climatiques, du reboisement,de la protection des ressources naturelles et forestières, le Secrétaire des AVIGREF, Séraphin B. Kouago écrit notamment : « Lors de la rencontre du 27 mars dernier initiée par vous avec les AVIGREF, les maires, la DG du CENAGREF, le directeur du Parc national de la Pendjari et certains guides touristiques à la Préfecture de Natitingou, la tension a monté d’un cran suite à votre question de savoir si les informations relayées par les médias (nationaux et étrangers) étaient fondées ou pas.

 

A cette question du ministre et contre toute attente les avis sont restés contradictoires : d’un côté les autorités du CENAGEREF (DG et directeur du parc) et les maires de Tanguiéta et de Matéri ont soutenu que le parc ne s’est jamais mieux porté qu’actuellement ; contrairement à ce qui est dit dans les différents organes de presse. Quant aux représentants des AVIGREF présents à la séance, ils ont estimé que ça va mal dans la réserve à entendre les propos des riverains de la réserve. Confirmant ces informations des AVIGREF, un des guides touristiques réguliers dans le parc démontre que la situation dans le parc est catastrophique : présence de carcasses d’animaux abattus (éléphants, buffles, cobs, etc.) ; traces fraîches de braconniers, campements de braconniers, traces de transhumants et bien évidemment les coups de feu entendus en plein parc par les touristes et tenanciers d’hôtels et autres guides… ».

 

Un conflit qui cache des intérêts inavoués

Le conflit qui oppose les AVIGREF aux autorités béninoises n’est pas nouveau. Il résulte de la volonté des autorités de gérer le Parc national de la Pendjari à l’abri des regards des populations riveraines et de leur état de veille. Et c’est un secret de polichinelle qu’il vise à masquer des intérêts inavoués et cachés que lesdites populations n’ont de cesse de dénoncer régulièrement. Dans une correspondance de la directrice générale du CENAGREF adressée au maire de Tanguiéta, celle-ci reconnaît que : « En effet, l’article 37 du décret 2011-394 fixant les modalités de conservation de la faune et de ses habitats que vous avez su bien rappeler dans votre correspondance est assez claire ; il revient aux collectivités locales riveraines des réserves de faune de prendre les initiatives pour la réorganisation des structures de cogestion. Le CENAGREF est disposé à accompagner vos initiatives dans ce sens le plus tôt que possible. Nous sommes dans l’illégalité depuis le 28 mai 2011 où le décret a été adopté, car les fonds mis à la disposition des AVIGREF et leur utilisation d’une part, et les structures actuelles de cogestion ne répondent plus aux dispositions légales en vigueur ».

 

Comment diantre donc dans ces conditions, on peut logiquement continuer à tergiverser concernant le règlement définitif de cette crise dont le parc, manifestement, en pâtit depuis longtemps. Les différents partenaires du Parc national de la Pendjari, à travers le ministère et en l’occurrence le CENAGREF, à savoir GIZ, KFW, les Ambassades d’Allemagne, des Pays Bas, de Belgique, de France, et l’Union européenne ont tous, unanimement appelé les autorités béninoises « Pour demander solennellement d’intervenir afin de restaurer les équilibres puis de remettre chaque acteur dans son rôle et ses prérogatives, tels que défini par la législation en vigueur… » Et cela, dans l’esprit du mémorandum que le CENAGREF et les AVIGREF ont signé le 7 février 2013.

 

Mais contre toute attente, la situation de crise continue au profit des braconniers. On est bien en droit dans ces conditions de se demander si les allégations des populations riveraines selon lesquelles certains braconniers sont de collusion avec des autorités à divers échelons qui se cachent derrière eux sont toutes dénuées de fondement. Sinon, quel intérêt y a-t-il à remettre en cause une surveillance mixte CENAGREF-AVIGREF qui a fait la preuve de son efficacité et que bien des pays à l’instar du Burkina ou du Niger enviaient au Bénin, au point de vouloir s’en inspirer. Force est de rappeler d’ailleurs que ce système exemplaire de collaboration avec les AVIGREF a obtenu le prix Equateur 2014 décerné par le PNUD.

La surveillance antérieure a permis la protection et la multiplication des guépards dans le Parc national de la Pendjari.La surveillance des années antérieures a permis la protection et la multiplication des guépards que l’on peut observer désormais dans le Parc national de la Pendjari.

 

En tout état de cause, le gouvernement du président Boni Yayi sera tenu pour responsable de l’incurie qu’engendre le massacre de la faune du Parc national de la Pendjari. En effet, des coups de feu sont encore entendus récemment en pleine réserve. Des témoignages sont légion à ce sujet, émanant aussi bien des touristes que des riverains. Lesquels indiquent des traces de braconniers et des carcasses d’animaux tués par balles à l’intérieur de la réserve. Au grand dam de la surveillance dite provisoire.

 

Commentaires

  1. Le , Roch NEPO a dit :

    Vu la l’extrême gravité de la situation et le silence coupable des autorités nationales, ne serait-il pas temps de prendre le taureau par les cornes en saisissant, par les voies jugées les plus rapides et idoines les instances onusiennes (UNESCO, Fonds pour l’environnement mondial…. et même notre compatriote Luc GNACADJA, ) pour des actions urgentes à mener?