Burkina Faso – La chasse à AQMI (Episode 19)

Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

 

 

Les autorités du Burkina sont averties depuis quelques mois que AQMI envisage des actions sur leur territoire. Nous en sommes au courant. Mais nous avons moins de crainte au « pays des hommes intègres » que nous avons eue en Mauritanie, voire au Mali. Et pour cause, le pays du président Blaise Compaoré est en précampagne pour la présidentielle et organise son Salon international de l’artisanat à Ouagadougou (SIAO), et ne peut se permettre de jouer avec sa sécurité.

 

En entrant à Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, je tombe sur une affiche de campagne qui en dit long. Entre Bobo-Dioulasso et Ouagadougou, nous circulons sur le plus long tronçon rectiligne que j’ai jamais rencontré. Sur plusieurs kilomètres. En arrivant à Ouagadougou, je constate que l’entrée est en travaux. Après un long contournement, nous voilà enfin au centre ville. C’est ici, dans un hôtel non loin des bâtiments de l’ancienne présidence de la République que nous passerons la nuit. Et Alexandre camp qui mourait d’envie de se jeter dans une piscine ne se fait pas prier.

 

Une fois sa valise posée. Le lendemain, nous quittons l’hôtel vers 9 heures pour Ecobank, juste à proximité. Thérèse doit changer des euros en francs CFA. Ce qui prend beaucoup de temps, à telle enseigne qu’à tour de rôle, Alexandre Camp et moi, nous allons la voir à l’intérieur de la banque pour savoir ce qui ne va pas. Rien, sauf que le service est on ne peut plus lent. Après qu’elle a été servie, nous démarrons vers 11 heures pour chercher un ami, Patrick Martin, qui tient une zone de chasse à Konkombri situé à 3 heures de route de Natitingou, puis nous nous mettons en route pour Natitingou au Bénin.

 

Depuis Ouagadougou, nous savons que des braqueurs ont sévi le mois dernier sur le chemin que nous empruntons, en faisant des victimes dont un agent des forces de sécurité dans un bus qui fait la ligne Ouagadougou-Cotonou dans la région de Fada N’Gourma.

«Nous sommes tombés sur eux et ils ont tiré sur notre bus. Les forces de sécurité ont vite répliqué et il s’est ensuivi un échange de tirs nourris de part et d’autre. Moi, j’étais planqué dans un trou avec ma femme que je protégeais», raconte Pierre Dassabouté, une vedette de la chanson béninoise résidant à Natitingou et qui rentrait d’un séjour en France via le Burkina. «Quand les braqueurs se sont retirés, il y avait du sang partout. Nous avons vécu de terribles moments», confie l’artiste-musicien et conteur, avec un grand soupir pour avoir échappé à la mort.

 

Outre les braqueurs qui sont des bandits de grands chemins et qu’on appelle communément ici les « coupeurs de route », nous apprenons aussi que des éléments identifiés comme appartenant à AQMI avec des véhicules 4 X 4 sans immatriculations auraient été aperçus dans cette région du Burkina frontalière avec le Bénin. De quoi nous mettre sur nos gardes. En route, nous rencontrons des agents des forces de sécurité armés et casqués en partance pour renforcer les hommes déjà sur place.

 

Quand nous arrivons à Fada N’Gourma, je me rends à l’évidence qu’ils sont vraiment en état d’alerte. Ici, je suis sur la terre de mes ancêtres, dis-je à mes compagnons de voyage. Les sources orales disent en effet que les Natemba du Bénin seraient partis de cet endroit pour se retrouver de l’autre côté du fleuve Pendjari. Et cela fait des années que je fais des recherches entre le Bénin, le Burkina et le Tchad pour essayer de situer les origines exactes de mon peuple et l’itinéraire de la migration qui l’a menée à Tayacou, son premier lieu d’implantation au Bénin.

 

Nous poursuivons notre route via Koupéla, Pama pour enfin arriver à Koalou, le bout de terre disputé entre le Bénin et le Burkina et dont le différend est actuellement pendant devant la Cour internationale de La Haye. Puis, nous passons le pont de la Pendjari, le fleuve qui a donné son nom au célèbre Parc national de la Pendjari qui attire au Bénin des touristes de par le monde dans la commune de Tanguiéta. Après les formalités d’usage aux deux frontières, nous roulons maintenant en territoire béninois.

 

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