BURKINA – Les partisans de Blaise Compaoré à l’école de l’opposition

Les proches de l’ancien président Blaise Compaoré ne sont pas contents du nouveau code électoral que le Conseil national de transition (CNT) a adopté récemment. Et pour cause, ils le jugent exclusif à leur égard et rendent responsable le parlement transitoire des déconvenues qui pourraient en découler.

 

 

Blaise Compaoré, ancien président du Burkina Faso.Blaise Compaoré, ancien président du Burkina Faso.

 

Les militants et sympathisants du parti de l’ancien président Blaise Compaoré ont indiqué à travers un communiqué transmis aux médias qu’ils « suspendent leur participation au Conseil national de transition (CNT), ainsi qu’à la Commission nationale de réconciliation et des réformes, jusqu’à relecture du texte adopté, jusqu’à la mise en œuvre d’une vraie politique inclusive, jusqu’au respect total de la Constitution ». Cette déclaration est consécutive au vote le 10 avril dernier par le Conseil national de transition (CNT) du nouveau code électoral. Lequel exclut des prochaines échéances électorales nombre de proches du président déchu. Il s’agit en l’occurrence des élections présidentielle et législatives prévues le 11 octobre prochain.

 

En effet, ce nouveau code électoral exclut d’office certains d’entre eux pour avoir soutenu la révision de la Constitution. Et cela en vertu de l’article 25 alinéa 4 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance qui dispose, entre autres, ce qui suit : « Les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement ne doivent pas être autorisés à participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans les institutions politiques de leur Etat. »

 

Face à cette disposition, les militants et sympathisants du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de l’ex-président Blaise Compaoré, n’ont pas manqué de mots durs pour qualifier l’adoption du nouveau code électoral du Burkina. Pour Djibrill Bassolé, ex-ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré, et de surcroît prétendant à la magistrature suprême de son pays ; un tel code est exclusif. Et il ne vise qu’à favoriser un camp contre un autre.Ce qui est loin d’être l’avis de Clément Sawadogo, le Secrétaire général du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). En effet, dans une réponse du berger à la bergère, il a fait observer à l’intéressé dans les colonnes du journal burkinabé Burkina24 que : « Il a participé au Conseil des ministres qui a adopté le projet de loi (portant modification de l’article 37 de la Constitution, NDLR). Il en assume l’entière  responsabilité avec ses collègues, selon le principe de la collégialité et de la solidarité gouvernementale. C’est l’acte le plus fort de cette affaire. Clément Sawadogo qui répondait ainsi à une question au sujet de la réaction de Djibrill Bassolé, a en outre déclaré sans ambages : « On ne peut pas passer par pertes et profit les produits de l’insurrection populaireElle doit s’assumer jusqu’au bout. Si elle ne s’assume pas, elle donne un bâton à celui qui a été renversé pour lui donner des coups».

 

Autant dire que la classe sociopolitique burkinabé n’a sans doute pas fini d’épiloguer sur ce nouveau code électoral. Adoptée par 75 voix pour, 10 contre et 3 abstentions, la nouvelle loi a été effectivement promulguée par le président de la transition, Michel Kafando. Mais en attendant l’avis de la Cour constitutionnelle à ce sujet, la guerre de tranchées se poursuit entre les deux camps, à savoir partisans et adversaires dudit code. Et les proches de l’ancien président Blaise Compaoré qui se retrouvent maintenant en situation d’opposition, de déclarer la résistance. Dans leur communiqué rendu publique, ils écrivaient déjà il y a quelques jours: « Nous remettons en cause la conduite partisane et insécurisée du processus électoral et rendons la transition responsable de la crise ouverte et des conséquences qui pourraient en découler… »

 

Ils sont légion les Burkinabé à se dire qu’il est fort utile et nécessaire pour la démocratie que les proches de Blaise Compaoré vivent les dures réalités de l’opposition, un temps soit peu. Car cela ne servirait guère de leçon s’ils devaient revenir rapidement du jour au lendemain dans le jeu politique. Et cela, au nom d’une certaine pacification qu’ils ont obstinément refusé au peuple burkinabé à travers la volonté manifeste du CDP de réviser la Constitution du Burkina Faso. Au risque même de plonger le pays dans le chaos.

 

Commentaires