La transhumance politique en question

Cotonou, la capitale économique du Bénin.Cotonou, la capitale économique du Bénin.

 

 

Le phénomène de la transhumance politique est devenu quasiment un sport national au Bénin depuis longtemps. Un confrère, faits et images à l’appui, l’évoquait encore récemment dans l’une de ses publications pour souligner l’ampleur d’un tel phénomène et son impact dans la vie sociopolitique de l’ancien « Quartier Latin de l’Afrique » où cela s’appelle « changer de veste », en d’autres termes. Veste ou cravate, il s’agit bien d’un changement opportuniste qui n’obéit qu’à des intérêts égoïstes et personnels du transhumant dans la plupart des cas.

 

Il n’est point question de nier le fait. Bien au contraire : la transhumance politique constitue la gangrène de la vie sociopolitique béninoise. Si les Béninois d’aujourd’hui ne sont pas particulièrement réputés pour leurs talents d’éleveurs d’ovins et de bovins en Afrique, ils ont en revanche fait de cette transhumance en politique plus qu’un comportement. Ils l’ont érigé en art, et pas en art tout court. Mais en art de vivre de la politique. Qui dit mieux ! Et le vrai drame, c’est que cela ne semble guère gêner outre mesure ceux aux dépens de qui cette transhumance est pratiquée, encore moins ceux qui la pratiquent.

 

La transhumance politique n’est pas l’apanage de la classe politique béninoise en Afrique cependant. Loin s’en faut. Beaucoup d’autres pays connaissent également ce phénomène dans le fonctionnement de leurs institutions. Mais à des proportions moins alarmantes qu’au Bénin. Le Nigeria voisin qui sort d’une période électorale a, par exemple, vu une pléthore d’anciens partisans du Parti démocratique populaire (PDP) du président sortant Goodluck Jonathan passer avec armes et bagages dans les rangs du Congrès de tous les progressistes (APC) du président élu Muhammadu Buhari. Une saignée sans précédent du parti qui a perdu la présidentielle et qui a conduit le nouveau président à prévenir les uns et les autres en ces termes : « J’espère que les gens qui font défection vont admettre le fait qu’ils se joignent aux gens qui ont gagné. Donc, je ne pense pas qu’ils vont seulement venir et dire qu’ils veulent être ministres le mois prochain, tout simplement parce qu’ils étaient ministres avant ». En tout cas, le Général à la retraite a déjà eu le courage d’avertir les déserteurs ou autres transfuges du PDP. Il a, par ailleurs, prié tous ceux qui ont pris d’assaut sa résidence pour faire du lobbying en vue d’être nommé à des postes quelconques de bien vouloir la quitter pour regagner leurs différents lieux de travail.

 

Au fond, ce n’est pas tant que l’on doive s’enticher d’un parti politique, au point d’y demeurer à vie ou à mort. Même quand son fonctionnement laisse à désirer et qu’il y a véritablement matière à récrimination ou même à démission. Mais de là, à attendre la dernière minute pour quitter son parti ou groupe quand seulement on est convaincu de perdre ou qu’on a déjà perdu tandis qu’on en a tiré le plus grand profit, il n’y a rien là que quelque chose qui ressemble fort bien à la transhumance, sans aucune conviction politique. A l’heure actuelle, c’est sur l’échiquier politique béninois qu’on trouve effectivement les champions de ce jeu, toutes catégories confondues. Ceux qu’on appelle communément les « ventrocrates » ou encore « ceux qui ont leurs cerveaux dans leurs ventres »… Et comme qui dirait : « la politique doit cesser d’être un instrument de jouissance, un cadre pour se ménager un espace de visibilité et de « bouffe », pour utiliser ce vocable tout aussi exécrable que célébré dans le milieu pour devenirde la politique-service ». Et un service au profit et non au détriment du peuple.

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