CONGO / PRESIDENTIELLE 2016 – L’équation de la révision de la Constitution en question

Le président congolais, Denis Sassou Nguesso, ne fait désormais pas de mystère quant à sa volonté de changer la Constitution de son pays en vue de se présenter à la prochaine présidentielle de 2016. Et pour cause, il a engagé ce que la mouvance présidentielle appelle le « dialogue inclusif ».

 

ASSOU 3

 

La présidence du Congo a fait état dans un communiqué récemment de consultations et d’échanges en cours avec différentes composantes de la nation. Il s’agit en effet du fameux « dialogue inclusif » auquel le président congolais, Denis Sassou Nguesso, avait lui-même fait allusion il y a quelque temps devant un parterre de journalistes. Même s’il ne le dit pas, sans ambages, le chef de l’Etat congolais souhaiterait faire réviser la Constitution de son pays pour se présenter à la présidentielle de 2016.

 

En raison des divergences qui entourent la révision de la Constitution non seulement de la part de l’opposition mais également au sein même de la mouvance présidentielle, le président Denis Sassou Nguesso et ses partisans cherchent à rallier le plus de Congolais à leur cause. Les consultations ont donc lieu avec des partis politiques, des acteurs des organisations de la société civile, des responsables des confessions religieuses, des dirigeants de certaines institutions constitutionnelles et des personnalités du pays. Objectif final : un référendum qui permettrait au peuple congolais de se prononcer librement s’il est pour ou contre la révision de sa Constitution.

 

Le PCT favorable, mais…

Le président Denis Sassou Nguesso qui arrive au terme de son deuxième mandat pourrait bien se présenter à un troisième si la Constitution du pays venait à être révisée. Une perspective vers laquelle l’on s’achemine résolument. Sauf par extraordinaire volte-face du Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir. Et cela seulement si la mobilisation était grande en défaveur de cette marche vers le changement de Constitution.

 

Le président Denis Sassou Nguesso va-t-il réussir son grand jeu?Le président Denis Sassou Nguesso va-t-il réussir son grand jeu? (Photos: Polycarpe Toviho)

 

Le comité central du PCT du président Denis Sassou Nguesso au pouvoir a donné son accord le 30 décembre dernier pour engager un processus de changement de la Constitution de 2002. A une majorité écrasante de 45 voix contre une, selon des sources internes au parti.

C’est un secret de polichinelle que les responsables du PCT appelaient la révision de la Constitution de tous leurs vœux depuis longtemps. A une écrasante majorité, du reste. Il s’agit ainsi de permettre à leur champion, le président Denis Sassou Nguesso, de briguer un troisième mandat en 2016. Si, au sein du parti présidentiel, la question ne se posait pas jusqu’alors, il n’en n’était pas de même chez leurs alliés politiques. A commencer par le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) dont le fief historique est la région du Pool. Une région intimement liée aux Kolélas de père en fils. Car elle était déjà la base de feu l’ancien Premier ministre Bernard Kolélas pendant la terrible guerre civile que le pays a traversée. Ses militants et sympathisants verraient bien le Secrétaire général dudit parti, Guy Parfait Kolélas, actuel ministre de la Fonction publique, en lice pour la présidentielle de 2016. Et à Brazzaville, beaucoup d’autres cadres de la coalition au pouvoir, à l’instar de Claudine Munari, ne voient pas du tout d’un bon oeil la perspective d’un changement de la Constitution.

Les caciques du PCT, notamment Pierre Ngolo qui en est le Secrétaire général, ont beau invoquer la souveraineté du peuple congolais à se prononcer sur des questions comme celle de la révision constitutionnelle, il n’en demeure pas moins que l’environnement actuel tant en Afrique que dans le monde ne plaide pas en leur faveur. La Charte africaine de la démocratie de 2007 condamnant explicitement les changements qui portent « atteinte aux principes de l’alternance ».

 

Au demeurant, la récente révolution du peuple burkinabé qui a fait tomber, voir fuir l’ex-président Blaise Compaoré de son pays est un précédent dont il faut tenir compte dorénavant dans toute perspective de révision constitutionnelle. Même si aucun contexte sociopolitique n’est transposable nulle part d’un pays à un autre. Il n’empêche que la préférence de la charte africaine en la matière va vers le consensus, à défaut du contraire. Lors du dernier sommet de la francophonie à Dakar, faisant allusion à l’éviction de Blaise Compaoré du pouvoir par une insurrection populaire, le président français, François Hollande, n’a pas manqué de mettre en garde les dirigeants de ces pays africains où « les règles constitutionnelles sont malmenées et où l’alternance est empêchée ». Non sans susciter l’ire de certains chefs d’Etat et diplomates africains.

 

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