DANY LAFERRIERE – Un écrivain atypique à l’Académie française

L’auteur du fameux roman Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, paru à Montréal chez VLB Éditeur en 1985, siège dorénavant à l’Académie française. Il y a été accueilli le 28 mai dernier à l’occasion d’une cérémonie qui restera fort historique. Et pour cause, même s’il refuse de laisser étiqueter comme un écrivain noir, il n’en demeure pas moins le deuxième Noir après Léopold Sédar Senghor à faire son entrée parmi les immortels de France. Au demeurant, le premier Québecois et Haïtien.

 

Dany Laferrière, désormais membre de l'Académie française.Dany Laferrière, désormais membre de l’Académie française.

 

Elu à l’Académie française dès le premier tour en décembre 2013, l’écrivain canadien d’origine haïtienne, Dany Laferrière, a été parrainé par Jean d’Ormesson. A compter de ce 28 mai, le locataire de fauteuil numéro 2 qu’occupa en son temps le célèbre auteur de De l’esprit des lois, Montesquieu, mais aussi le fils de l’auteur de Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas ; succède ainsi à l’écrivain d’origine argentine Hector Bianciotti. A l’occasion, et devant ses pairs, il a fait un émouvant et magistral discours dans lequel le conteur de talent et le talent de conteur s’est livré à l’un de ses exercices favoris: le récit.

 

Dany Laferrière est né le 13 avril 1953 à Port-au-Prince, à Haïti. Sa grand-mère avec laquelle il passe une bonne partie de son enfance à Petit-Goâve, le marquera à jamais. Du reste, ce n’est pas le fait du hasard si plus tard son œuvre en sera imprégnée. C’est sa mère, Marie Nelson, qui prend l’initiative de confier le jeune Dany à Da, sa grand-mère. Car son père, Windsor Klébert Laferrière, qui est un homme politique (maire de Port-au-Prince) est contraint à l’exil au Québec sous la dictature de François Duvalier, alias « Papa Doc ».

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Après des études secondaires qu’il suit à Port-au-Prince au début de son adolescence, Dany Laferrière devient journaliste-chroniqueur culturel à l’hebdomadaire Le Petit Samedi Soir et à Radio Haïti-Inter. Un événement douloureux va totalement bouleverser sa vie et sans doute changer le cours de son histoire : l’assassinat le 1er juin 1976 de son ami Gasner Raymond, journaliste et âgé de 23 ans comme lui. De peur d’être lui aussi la prochaine cible des tristement célèbres Tontons Macoute à la solde de la dictature de Jean-Claude Duvalier, alias « Bébé Doc », qui sévit à Haïti, il s’enfuit et s’exile à Montréal au Canada.

 

 

Deuxième Noir à l’Académie française

 

Avant son premier roman qui va le révéler au monde entier, à savoir Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, il a vécu longtemps comme un clochard et travaillé d’abord dans des usines. Cet autodidacte, au rire et à l’humour communicants, prend aussi le temps de suivre des cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’écrivain a trouvé sa voie. Et depuis, il déroule une œuvre atypique et anticonformiste à l’image de l’homme. Prix Médicis pour son ouvrage L’Enigme du retour en novembre 2009 en France et Grand Prix du livre de Montréal,  Dany Laferrière est un Touche à tout : cinéma, peinture, etc.

 

Auteur d’une vingtaine de livres, il a confié à la presse n’avoir jamais rêvé se retrouver un jour à l’Académie française. «Je viens de l’un des pays les plus pauvres du monde. La seule chose que l’on a, ce sont nos rêves. Aujourd’hui, Dany nous montre qu’il faut continuer de rêver», a déclaré Fabienne Colas, la présidente du Festival international du film Black de Montréal. Et l’on voit comment l’un des pays le plus pauvre du monde peut enfanter une richesse mondiale, capable de construire des ponts entre Haïti et le Canada et du Canada à la France et par-delà. Pour cela, il ne faut jamais étouffer les rêves…

 

Dany-Laferriere PHOTO 3 Académie

 

Dany Laferrière est le deuxième Noir à la suite de Léopold Sédar Senghor du Sénégal à entrer à l’Académie française après 32 ans d’attente. Pour sa cérémonie de l’épée dont le but de remettre le costume officiel de l’Académie au nouveau venu, il a fait graver son épée par Patrick Vilaire à Haïti. Et pour son costume, il l’a fait confectionner à Montréal sous la direction de Jean-Claude Poitras. Et il est brodé de rameaux d’olivier vert et or. Si la Francophonie se veut d’abord un pont culturel, l’anticonformiste s’est pour une fois conformer à la règle. Et c’est tant mieux pour celui qui promet une belle animation de la langue française au sein de ses nouveaux collègues immortels. Pourvu que sa langue demeure résolument anticonformiste.

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