JEAN PLIYA – L’enseignant, l’écrivain, l’homme politique et religieux s’en est allé

Le Bénin, voire l’Afrique vient de perdre l’une de ses grandes bibliothèques le 14 mai dernier. Jean Pliya, grand homme multidimensionnel : enseignant, écrivain, homme politique et religieux s'en est allé. Portrait d’un homme à multiples facettes et talents.

 

Jean PliyaJean Pliya

 

On peut dire de feu Jean Pliya qu’il est grand dans tous les sens du terme. D’abord de taille, ensuite en les valeurs qu’il a su incarner tout au long de sa vie, et enfin en tant qu’écrivain, Professeur et chercheur. Au point de savoir, par-dessus tout, prendre de la hauteur avec les tribulations de la vie sociopolitique de son pays, le Bénin. Comme dirait l’ancien président Mathieu Kérékou du Bénin « pour ne pas planer comme un fantôme derrière les nouvelles autorités de son pays ».

Jean Pliya est certes originaire d’Abomey au Sud du pays, mais il est né à Djougou au Nord le 21 juillet 1931.  Après des études primaires au Bénin, il entame ses études secondaires dans son pays d’origine avant de les terminer en Côte d’Ivoire. C’est à l’Université de Dakar au Sénégal – à l’époque capitale de l’Afrique occidentale française (AOF) – qu’il débute ses études supérieures qu’il achève à l’Université de Toulouse en France. Nanti d’une licence en Géographie en 1955, il obtient ensuite un DES en 1957 et la même année, Jean Pliya décroche son CAPES qui lui ouvre les portes de l’enseignement en tant que Professeur certifié d’Histoire et de Géographie.

 

Une carrière bien remplie

La carrière d’enseignant de Jean Pliya, il l’entame et mène successivement à Cahors et à Lyon en France avant de rejoindre son pays natal. Assistant en Géographie à l’Université du Bénin au Togo de 1969 à 1972, il reviendra à l’Université nationale du Bénin au Bénin jusqu’en 1976. Et c’est en cette année-là qu’il présente sa thèse de doctorat de 3e cycle de Géographie sur le thème : « La pêche continentale et maritime dans le Sud-Ouest de la République du Bénin ». Il réussit brillamment, d’autant qu’il obtient la mention « Très Bien » et les « Félicitations du Jury ». Maître-Assistant depuis 1976, il enseigne également à l’Université nationale de Niamey de 1983 à 1991. Jean Pliya a été Vice-Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université nationale du Bénin, de 1972 à 1974 et Vice -Recteur de l’Université nationale du Bénin, de 1975 à 1981.

 

L’écrivain

L’homme à la voix grave et chantante qu’on entendra plus, aura laissé à la postérité une importante œuvre littéraire. Une œuvre qui embrasse et reflète le talent du touche-à-tout qu’était Jean Pliya. Déjà en 1963, il obtient à Paris le Prix de la meilleure Nouvelle africaine, avec son désormais célèbre ouvrage devenu un classique pour les collégiens béninois « L’arbre fétiche ». En 1967, il récidive, et cette fois en décrochant à Paris le Grand Prix de Littérature d’Afrique Noire, avec « Kondo, le requin », une fresque historique qui raconte la résistance du roi Bèhanzin à la colonisation française. Et la même année, il rafle aussi le 2éme Prix du Concours radiophonique de l’OCORA, à Paris. Cela lui vaudra sans doute d’être admis par la suite dans l’Ordre français des Arts et des Lettres comme Chevalier notamment.

L’homme à la voix grave et chantante aurait pu devenir un grand poète. Mais s’il a choisi les nouvelles et le théâtre principalement, c’est qu’il avait ses raisons. Une chose est évidente et saute à l’œil quand on lit Jean Pliya, il a l’art de raconter. C’est un excellent conteur d’histoires. Des histoires qui l’ont certainement marqué depuis son enfance comme dans « L’arbre fétiche ». Et il a su en communiquer la passion à des générations et des générations de Béninois.

 

L’homme politique

Comme beaucoup de cadres de sa génération, il a été amené à assumer ses responsabilités au début de l’indépendance de son pays, l’ancien Dahomey devenu aujourd’hui Bénin. Aussi, occupa-t-il plusieurs fonctions. Jean Pliya fut ainsi Directeur de Cabinet du ministre de l’Education nationale de 1960 à 1963, ministre de l’Information et du Tourisme en 1963, Député à l’Assemblée nationale et 1er secrétaire de l’Assemblée de 1964 à 1967. Mais contrairement à beaucoup d’autres, il aura l’intelligence et la sagesse de se retirer de l’arène politique nationale à un moment donné pour se consacrer à ses passions. Sans jamais parasiter derechef le jeu politique.

 

Le religieux

Jean Pliya aura vécu sa foi jusqu’au bout. Cet engagement commence lorsqu’il est étudiant à Toulouse, au sein de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) dont il est responsable et dans l’Action catholique des familles. Les Chrétiens du Bénin connaissent bien Jean Pliya. Sa foi, il l’a porté toute sa vie durant. En 1994, il fut l’un des représentants de l’Afrique comme laïc au Synode des évêques d’Afrique et de Madagascar à Rome.

Au Bénin, il est surtout connu à travers le Renouveau charismatique catholique dont il était jusqu’avant son décès le 14 mai dernier, le responsable national. Quand on a cette voix grave et chantante, on est naturellement prédisposé à l’évangélisation et à la prédication. Qui plus est, quand on porte sa foi. Il en était ainsi de Jean Pliya qui officia notamment en Afrique (Sénégal, Guinée, Mali, Niger, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Togo, Gabon, Centrafrique, Cameroun), en Europe (Belgique, Luxembourg, Italie, Suisse, France), en Amérique et dans les îles (Ile de la réunion, Guyane française, Martinique).

Jean Pliya était tellement attaché à ses racines que beaucoup de Béninois suivaient et s’intéressaient de près à ses recherches sur les plantes et la médecine traditionnelle africaine. En cela, sa connaissance était immense et précieuse. A l’instar de l’homme qui nous a malheureusement quitté. Mais en laissant au Bénin et à l’Afrique un important héritage dont il convient à la postérité de savoir en tirer le meilleur profit. Car comme le voulait certainement Jean Pliya, l’auteur du roman « Les tresseurs de cordes », et comme le veut l’adage : « C’est au bout de la vieille corde qu’on tisse la nouvelle ».

 

 

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