TIMBUKTU: La surenchère émotionnelle

 

Le cinéaste mauritanien, Abderrahmane Sissako.Le cinéaste mauritanien, Abderrahmane Sissako.

 

En me rendant à la FNAC la dernière fois à Paris, j’ai été surpris de voir sur les rayons des DVD le film Timbuktu en vidéo. Le long métrage du Franco-mauritano-malien, plébiscité par le jury 2014 du festival de Cannes avec 7 récompenses -du jamais vu pour un film africain – a forcément suscité mon admiration et mon intérêt. Je l’ai acheté, persuadé que j’allais passer un vrai moment d’émotion entre les quatre murs de ma chambre d’hôtel à Lisbonne. Mais un jeune auteur brésilien, invité à la même conférence que moi, parfaitement francophone, m’a fait l’amitié de visionner le film en ma compagnie.

 

L’histoire de Timbuktu se laisse déguster dans sa linéarité et dans sa construction narrative. Dans la ville aux 33 saints occupée par les djihadistes, hommes et femmes, chacun modestement, tente d’échapper à la chape de plomb imposée par les nouveaux maitres. Que ce soit la vendeuse de rue qui refuse, en plus du voile, de porter des gants; que ce soient les jeunes qui jouent au football avec un ballon imaginaire; que ce soit la chanteuse qui s’offre des ballades dans la nuit attiédie de la ville malgré l’interdiction de pousser la chansonnette, tous résistent à la « nuit noire ». En dépit de cela, les conflits inhérents entre les éleveurs et les pêcheurs viennent encore compliquer ce vivre ensemble particulièrement âpre.

 

Tout ce qui fait le style de Abderrahmane Cissako est réuni ici: plans panoramiques toujours empreints de poésie, silence étouffant des scènes qui confinent à la tragédie, dialogues épurés, puis, brusque accélération de l’histoire par succession de situations qui provoquent une rupture de ce qui est attendu comme fin. L’espoir, même s’il est ténu, est toujours perceptible.

 

Les jurés de Cannes ont été sensibles au thème du djihadisme et de la résistance des femmes contre ce phénomène. Car, il semble évident que le sujet lui-même, brûlot d’une actualité sanglante, a suscité des élans de sympathie et d’adhésion à l’oeuvre du cinéaste. L’émotion provoquée par l’attentat contre Charlie Hebdo, contre le super marché de la Porte de Vincennes a joué beaucoup dans l’attribution de ces prix. Aussi a-t-on été bluffé par la hardiesse du photographe qui nous a offert des plans époustouflants du désert malien saisi aux confins de la ville de Tombouctou, avec ses dunes, les courbes sensuelles de son relief.

 

Mais au-delà de ces qualités, le film peine à me troubler, je n’ai pas eu la sensation d’avoir passé une inoubliable soirée. Je me demande si Cannes n’a pas, par ce coup, voulu rattraper ses mauvaises décisions des éditions antérieures en ignorant des films aussi extraordinaires comme Yelen de Soulemane Cissé et Hyènes de Djibril Mambety Diop. Ces deux films sont, jusqu’à ce jour, des chef-d’oeuvres du cinéma mondial. Conclusion de mon confrère brésilien: c’est bien, c’est même très bien, mais…

 

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