AFRIQUE – La place de la Côte d’Ivoire dans l’intégration régionale

A quelques cinq mois des élections présidentielles en Côte d’Ivoire, toute la sous- région retient son souffle, et à juste titre. Dans cet article, Berthe BOGNINI (Imani Francophone-Côte d’Ivoire – Yali Fellow) dresse le bilan historique de l’apport de la Côte d’Ivoire dans le processus d’intégration régionale africaine.

 

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La Côte d’Ivoire et l’intégration Africaine

Ce pays, longtemps considéré comme la locomotive du développement de l’Afrique de l’Ouest, a vu son leadership s’étioler à la faveur de multiples crises sociopolitiques qui ont contribué à ralentir sa croissance économique, et partant, lui ôter son statut de pôle position dans la sous- région. Et pourtant, des efforts titanesques sont consentis par les gouvernants pour redorer le blason de celle qui était autrefois citée en exemple en Afrique pour son hospitalité légendaire.

 

N’est- ce pas en effet dans ce pays que les ressortissants de pays de la sous- région avaient eu le droit de voter[i]? N’est ce pas là aussi que ces mêmes ressortissants jouissaient entre autres privilèges, de la capacité d’être nommés à des fonctions administratives ordinairement réservées à des nationaux sous d’autres cieux ?  Quels sont les actes posés en faveur de l’intégration régionale et les défis qui en découlent ?

 

Sous l’ère Félix Houphouët Boigny, la Côte d’Ivoire a connu le miracle économique de son histoire, ce qui est certainement dû à cette politique d’ouverture (Le recensement général de la population de 1998 a révélé qu’il y avait  26 % d’étrangers en Côte d’Ivoire).

 

C’est aussi sous la coupole éclairée de celui qui fut plus tard nommé le « Sage d’Afrique » que certains ensembles régionaux et sous- régionaux sont nés : l’Organisation de l’Unité Africaine, l’Union du Fleuve Mano (UMR), le Conseil de l’Entente, l’UDAO (Union Douanière de l’Afrique de l’Ouest) qui devint plus tard l’UEMOA, et la CEDEAO.

 

L’intégration dans un contexte historique

Mais comme a su bien le comprendre Abbas Bundi[ii], l’Afrique de l’Ouest reste une équation démographique insolutionnée. Avec une histoire faite de désintégration d’empires et de royaumes puissants, tels que ceux du Kanem- Bornou, du Ghana,  du Mali, du Sonraï, et l’arrivée des colons qui la balkaniseront selon leurs intérêts, les pays de l’Afrique de l’Ouest se cherchent une identité qui laisse peu de place à des préoccupations intégrationnistes.

 

Ainsi, la Côte d’Ivoire a-t-elle, à une certaine époque de son histoire, développé un discours nationaliste, qui s’est au fur et à mesure manifesté comme une xénophobie à peine voilée. Les acteurs de la politique ivoirienne ont, chacun à leur niveau, contribué à creuser ce fossé entre le rêve de Félix Houphouët Boigny d’une Afrique en miniature, et la réalité funeste d’une africanité en miettes.

 

Du décret du Premier Ministre d’alors, Alassane Ouattara instituant la carte de séjour en 1991[iii], aux actes de violence perpétrés contre les étrangers sous le régime de Laurent Gbagbo, en passant par le concept de l’ivoirité lancé sous l’ère Bédié et soutenu par le Général Guéï, il faut reconnaître que l’intégration régionale a connu des jours difficiles. La Côte d’Ivoire exclue du jeu diplomatique dès le 7 décembre 2010 en paye les frais et ne devra sa réintégration (le mot est bien choisi) qu’à l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara.

 

Depuis, les actions se multiplient pour repositionner la Côte d’Ivoire dans le cercle des leaders politiques et économiques de la sous- région. Ainsi la suppression de la carte de séjour depuis 2008 par l’ex-Président Laurent Gbagbo, l’institution d’un passeport CEDEAO, la diplomatie parlementaire active du Président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne, SEM Soro Guillaume, la signature des protocoles et actes additionnels de la CEDEAO, de l’UEMOA et de l’Union Africaine, sont autant de points à mettre à l’actif des gouvernants de ce pays, de même que la loi ivoirienne sur l’apatridie qui vient booster le processus.

 

En termes de vision, le Président Alassane Ouattara, alors président de la Conférence des Chefs d’Etats de la CEDEAO, en 2012, avait décidé de « rêver avec ses pairs une CEDEAO des peuples, au- delà de la CEDEAO des Etats. » C’est donc une dynamique intégrationnelle des peuples qu’il s’agira de mettre en œuvre, pour rendre plus empirique les normes devenues quasi- incantatoires[iv].

 

Ainsi une telle approche postule t- elle de soutenir les dynamiques spontanées de regroupements transfrontaliers comme l’axe Sikasso-Korhogo-Bobodioulasso ou Maradi-Katsina- Kano. Ces couloirs de développement traversant des versants parfois très éloignés de la sous- région ont une très forte influence sur l’économie de la sous- région, même s’ils continuent de se mouvoir dans une certaine opacité.

 

En plus de cette approche, il y a lieu de continuer de développer les couloirs formels tels que l’axe Abidjan-Lagos par le vaste réseau routier mis en chantier par le Gouvernement ivoirien en mai 2014[v]. Et, comme le disaient les deux derniers Présidents ivoiriens, (Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara) à 13 ans d’intervalle mais dans des conditions quasi- similaires (en visite d’Etat au Burkina Faso), l’axe Yamoussoukro-Ouagadougou gagnerait à être redynamisé s’il doit devenir la colonne vertébrale du développement de la sous- région.

 

Tous les chemins menant à l’intégration sous-régionale sont à explorer et la Côte d’Ivoire, à l’instar des autres pays de la communauté ouest africaine, est invitée à poser des actes forts.

 

 

 

Yabah Berthe BOGNINI est la chargée d’Imani Francophone – Côte d’voire. Elle fait partie des Yali Fellows qu’accueille IMANI Francophone.

 

Source :wwwimanifrancophone.org

IMANI News (Ghana)

 

Publié en partenariat avec

IMANI Francophone, wwwimanifrancophone.org

 

 

 

Références

[i] En 1960, tous les ressortissants de la CEDEAO votaient en Côte d’Ivoire et une disposition de la loi électorale de 1980 autorisait le droit de vote aux non ivoiriens d’origine africaine inscrits sur les listes électorales. Ce droit de vote des étrangers a effectivement été annulé à partir de 1995.

[ii] La CEDEAO et l’avenir de l’intégration en Afrique de l’Ouest, Real Phillipe, Lavergne, A.V. Whiute, CRDI, Karthala ; 1996, 408 p.

[iii] Loi n°90-437 du 29 mai, relative à l’entrée et au séjour des étrangers en Côte d’Ivoire

[iv] « Si l’approche classique de l’intégration régionale, qui a jusqu’à récemment consisté à privilégier le supranational à travers les traités, les instruments juridiques, a enregistré d’importantes avancées normatives, celles-ci peinent à se traduire en des comportements et des pratiques sur le terrain. » (Les dynamiques frontalières en Afrique de l’Ouest, P. 11- textes réunis et présentés par ENDA DIAPOL- CRDI, Karthala)

[v] Communiqué du Conseil des Ministres de Côte d’Ivoire du 21 mai 2014

 

 

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