BENIN – Lionel Zinsou : bienvenue en terre minée

 

Lionel Zinsou, Premier ministre du Bénin.Lionel Zinsou, Premier ministre du Bénin.

 

Tant qu’il peut créer une fondation, trouver du travail aux jeunes, participer, sans pour autant se mettre en vedette, à la visibilité des créateurs béninois, il est l’exemple type du patriote, applaudi et même encensé de tous. Son caractère métis, sa double nationalité franco-béninoise ne comptent, à ce moment là, que pour des crottes de chat. Mais qu’il entre en politique, nommé au poste de Premier Ministre -poste non constitutionnel du reste – son métissage devient apparent, sa culture française paraît suspecte, ses relations avec les milieux de la finance et des affaires à travers le monde, semblent encombrantes. Bref, le type chic d’hier devient soudain un homme peu fréquentable, coupable d’être trop « yovo », trop « Béninois de l’extérieur » qui connaît mieux les parvis de Notre Dame de Paris que les modestes nattes de la mosquée de Cadjèhoun.

 

Mais ne nous leurrons pas: en politique, les bons sentiments ne triomphent pas toujours et les intérêts, malgré les rhétoriques moralisatrices, sont souvent, en plus des idéologies, les critères à partir desquels les clans se créent, les césures s’observent, les frustrations fermentent. Lionel Zinsou, en débarquant dans l’arène politique béninoise de façon aussi inattendue, ne fait pas que des heureux. Ceux qui rêvaient d’être à sa place, ceux à qui il fera de l’ombre, les réseaux mafieux, les groupes de pression, les parasites et autres apparatchiks du système, tous ceux-ci déclencheront contre lui, la machine à détruire. Et on sait qu’à ce jeu, les Béninois sont les plus efficaces du monde, à commencer par le premier d’entre eux, le Président de la République lui-même.

 

L’autre terrain miné, c’est l’opinion publique béninoise. Aux manettes du pays depuis la Conférence Nationale des Forces Vives de février 1990, les Béninois de l’extérieur, notamment l’élite des banques et finances, n’ont nullement réussi à enrayer la pauvreté. Bien au contraire, elle a contribué à en étendre le spectre partout, malgré les discours aussi enthousiastes que démagogiques. L’exemple de Yayi lui-même, entouré d’un aréopage de cinq banquiers et financiers bon teint, est éloquent: Pascal Iréné koupkaki, Marcel de Souza, Idriss Daouda, Soulé Mana Lawani, Richard Senou. Avec cette crème, les finances du Bénin nont jamais aussi été exsangues. De fait, les populations n’ont d’autre choix que de se méfier de l’arrivée d’un énième « sauveur ».

 

Le troisième terrain miné, ce sont les conditions de l’avènement de Lionel Zinsou. On pense que Yayi a été marionnettisé par François Hollande et qu’il a suffi qu’il tire la ficelle pour que la nomination de l’ex-administrateur de la Banque privée Rostchild devienne réelle. La FanceAfrique, système de vases communicants entre les présidents français et les petits potentats africains, aurait-il repris des couleurs ? Lionel Zinsou, ainsi promu, serait alors le dauphin tout désigné de l’actuel locataire de la Marina. Et s’il gagnait la prochaine présidentielle, Zinsou couvrirait de camphre les odeurs nauséeuses issues de la gestion éthylique de son prédécesseur.

 

Mais le neveu d’Émile Derlin sait, avant tous, les multiples conjectures auxquelles donnerait lieu sa nomination. En bon démineur, il connaît les endroits où ne pas risquer ses pas et, là où ne faut marcher que sur des oeufs. Il sait que ses compatriotes, devenus incrédules après tant d’échecs et de roublardise de leur élite politique, l’attendent au tournant. C’est la dernière coquetterie que s’est offerte leur président. Un ultime raté et ils l’enverront en enfer!

 

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