HAÏTI / DOMINIQUE – «Tout le monde a peur ici» – Une crise se profile en République dominicaine avec les expulsions de masse qui s’annoncent

 

Le président dominicain, Danilo Medina (NDLR : la photo est de la rédaction de Courrier des Afriques).Le président dominicain, Danilo Medina (NDLR : la photo est de la rédaction de Courrier des Afriques).

 

Maritza est une jeune Dominicaine comme les autres. À 26 ans, elle a des rêves et des espoirs comme n’importe lequel de ses compatriotes. Elle aimerait étudier et offrir une vie meilleure à sa petite fille.

Les rêves de Maritza lui filent peu à peu entre les doigts. Aujourd’hui, elle craint pour l’avenir de sa famille. Si la République dominicaine est le seul pays où elle ait vécu, une anomalie du droit dominicain fait qu’elle pourrait être forcée à quitter ce pays pour de bon dès ces prochains jours.

 

J’ai rencontré Maritza cette semaine, lors du deuxième jour de la mission d’Amnesty International en cours en République dominicaine. Elle vit à El Seybo, une zone vallonnée bordée d’une végétation tropicale luxuriante dans l’est de l’île. De nombreuses plantations de cannes à sucre parsèment le paysage. La vie a l’air belle ici, mais pas pour tout le monde. Au milieu de ces beaux paysages, j’ai constaté que la peur était très présente et vu certains des aspects les plus laids de la République dominicaine.

 

J’ai parlé à de nombreux Dominicains, qui, comme Maritza et sa fille, sont d’ascendance haïtienne et dont le sort dans les jours et semaines à venir ne laisse pas grand espoir.

 

Fluctuations politiques

Après des fluctuations politiques, les autorités dominicaines prévoient désormais d’expulser de force des milliers de Dominicains d’ascendance haïtienne, après avoir décidé qu’elles ne les considèreraient plus comme Dominicains et ne leur permettraient plus de vivre dans le pays. Le début de ces expulsions de masse est imminent.

 

En 2013, la plus haute instance judiciaire du pays a déterminé que les personnes nées de parents étrangers sans papiers après 1929 n’auraient plus la nationalité dominicaine. Comme Maritza, la grande majorité des personnes concernées sont des Dominicains d’origine haïtienne. Du jour au lendemain, ils ont été privés de leur nationalité et rendus apatrides.

 

La mère de Maritza vient de Haïti ; son père est dominicain. Si Maritza n’est pas une migrante, elle n’a jamais pu obtenir un seul papier d’identité en République dominicaine. Faute de document prouvant qu’elle est née dans ce pays, elle est extrêmement vulnérable. Elle sait que le 17 juin a marqué la fin d’un plan de régularisation pour les migrants sans papiers, et que les gens qui n’ont pas été en mesure de s’inscrire seront expulsés d’un moment à l’autre. Si des agents de l’immigration se présentent chez Maritza, elle risque d’être arrêtée et renvoyée du seul pays qu’elle connaisse.

 

Par Robin Guittard, Caribbean team Campaigner at Amnesty International, El Seybo, Dominican Republic 18 juin 2015, 16:26 UTC

 

Source : https://www.amnesty.org

Amnesty International

Commentaires