LIBYE – Le chaos et l’imbroglio avec Daech et compagnie inquiètent plus d’un pays africain

Les jihadistes de l’Etat islamique en Libye ont jeté leur masque depuis quelque temps pour affronter les milices islamistes du groupe Fajr Libya qui tiennent Tripoli, la capitale du pays. Objectif : profiter du chaos et de l’imbroglio pour prendre le contrôle du pays afin d’en faire une base pour la conquête d’autres territoires.

 

Mouvements de voitures des groupes de Daech en Libye.Mouvements de voitures des groupes de Daech en Libye.

 

Déjà concentré autour de Syrte, la ville d’origine de feu le président libyen Mouammar Kadhafi, les islamistes affiliés à l’Etat islamique ont retourné les armes contre leurs anciens alliés à Tripoli. La coalition de milices islamistes, Fajr Libya, a été contrainte de reconnaître cet état de fait en fin de compte. Après avoir longtemps nié la présence des éléments de Daech ou se réclamant comme tels à ses côtés. Il ne fait plus l’ombre d’un mystère que l’Etat islamique est présent en Libye à travers des branches notamment dans les villes de Syrte, Derna, Benghazi, et Tripoli.

 

Outre des Libyens qui ont combattu en Syrie et en Irak, on évoque des combattants étrangers qui sont revenus en Libye avec leurs ex-compagnons d’armes. Mais il s’avère difficile d’évaluer à l’heure actuelle le nombre de combattants de l’Etat islamique dans ce pays. Une chose est certaine, certains partisans de l’ancien régime de Mouammar Kadhafi n’ont pas hésité à les rejoindre.

 

Ces derniers temps, des sources concordantes tendent à confirmer que Daech en Irak et en Syrie a dépêché un certain nombre de formateurs en Libye. Face à toute cette conjonction de facteurs inquiétants, le gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale a lancé un cri de détresse. Car les jihadistes affiliés à l’Etat islamique cherchent à prendre le contrôle de champs pétroliers pour nourrir leurs velléités de conquête du pays et bien au-delà. Pour sa part, l’ONU tente une nouvelle conciliation entre les différentes factions rivales qui se disputent le pays dans une guerre sans merci depuis la chute de Mouammar Kadhafi et son assassinat en 2011. Ce qui n’est pas sans inquiéter les pays voisins de la Libye.

 

Pour l’Afrique, la communauté internationale qui a entraîné – avec le mandat de l’ONU – la chute de Mouammar Kadhafi et le chaos qui s’est ensuivi doit assumer les conséquences de son intervention. Lors du Forum de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique les 15 et 16 décembre derniers, le président tchadien, Idriss Déby Itno, avait ainsi tancé les Occidentaux : «L’OTAN a créé le désordre, les Nations unies sont responsables aussi. Aucune armée africaine ne peut aller détruire les terroristes en Libye, il n’y a que l’OTAN qui ait les moyens de le faire, comme ils l’ont fait pour faire assassiner Kadhafi (…) Le Mali est une conséquence directe de la Libye, Boko Haram est une conséquence de la Libye (…) Nos amis européens et occidentaux ne nous ont pas demandé quand ils ont attaqué la Libye. Non plus quand ils ont divisé le Soudan en deux ».

 

Après plusieurs tentatives infructueuses de règlement de la crise libyenne, beaucoup considèrent les pourparlers en cours entre les deux gouvernements rivaux (Tripoli-Tobrouk) depuis le 8 juin à Skhirat au Maroc comme ceux de la dernière chance. L’envoyé spécial de l’ONU, Bernardino Leon, s’est donné jusqu’au 17 juin comme date butoir pour parvenir à un accord. Dans le cas contraire, il y a fort à parier que la Libye connaîtra une deuxième intervention militaire internationale.

 

Pour le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, il s’agit effectivement des négociations de la dernière chance. Quant au ministre espagnol de la Défense, il ne s’est pas fait prier pour déclarer récemment que si le califat devait gagner la Libye, la coalition chargée de lutter conte l’Etat islamique serait amenée à prendre des mesures conséquentes. Comprenne qui pourra.

 

 

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