Où va l’Afrique avec cette Union africaine-là…?

Le président gambien, Yaya Jammeh, n’est pas l’un des chefs d’Etat africains particulièrement réputé pour sa rhétorique. Bien au contraire. Il détient la palme d’or des déclarations tonitruantes et dont l’incohérence le dispute souvent à la bouffonnerie. Même s’il n’a pas dérogé à la règle en déblatérant notamment sur les Européens et les Américains dans l’un de ses récents sketchs dont lui seul détient le secret, le passage au sujet de l’Union africaine (UA) mérite qu’on s’y attarde tout de même :

 

« Des visionnaires africains ont créé l’Organisation de l’union africaine (OUA) qui a donné naissance à l’Union africaine. Je vous dis que si l’UA ne défend pas l’Afrique, la Gambie n’en fera plus partie. L’OUA a libéré l’Afrique. Si l’UA veut nous vendre pour nous ramener à l’ère coloniale et à l’esclavage, nous allons la démonter et la briser en morceaux. Quand j’ai soulevé la question lors de la dernière Assemblée générale de l’ONU, la plupart de mes collègues africains ont eu peur de l’Occident, en raison de l’aide qu’ils reçoivent », a-t-il déclaré.

 

Toute bouffonnerie mise à part, les Africains sont en effet de plus en plus nombreux à s’interroger sans cesse sur l’utilité de cette Union africaine-là. A comparer à l’OUA (Organisation de l’unité africaine) qui a été vertement critiquée de toutes parts, peu avant qu’elle ne soit définitivement enterrée. Car, peu d’entre eux savent ce que fait l’UA, exception faite de quelques sorties médiatiques et bien souvent à contretemps lors qu’apparaissent des crises dans l’un quelconque de ses pays membres, des grand-messes de l’organisation continentale, ou encore des observations électorales.

 

L’on sait déjà que notre chère Union africaine est bel et bien sponsorisée de l’étranger, notamment par l’Union européenne (UE). Et sans doute que l’UE n’est pas son seul partenaire sur liste. Il y a quelques années, l’ancien président de la Commission, le gabonais Jean Ping déclarait : « Plus de 77 % de nos ressources viennent de nos partenaires étrangers. Et la main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit ». Ce qui doit susciter réflexion aussi bien de la part des dirigeants que de la société civile.

 

Quand on sait que nos dirigeants sont très tatillons dès qu’on aborde la question de l’abandon de la souveraineté nationale de nos micro-Etats au profit d’une union supranationale, mais par contre qu’ils sont très prompts à recourir au sponsoring dès qu’il s’agit des problèmes qui ne relèvent que de notre responsabilité en tant qu’Africains, on a bien du mal à suivre. Et pour cause, la société civile africaine doit s’engager davantage quant aux réflexions et actions nécessaires pour la faire avancer vers son objectif final. Si tant est que ceux qui sont chargés d’animer et de conduire cette Union africaine y croient vraiment.

 

Difficile d’y croire, par exemple, si faire flotter le drapeau de l’UA aux côtés des drapeaux nationaux de tous les pays membres demeure encore une mesure qui semble relever d’une gageure en l’étape actuelle. Et que dire alors du reste ? Un tabou auquel il ne faut guère oser s’attaquer, et qui fait de l’Union africaine une institution dont les Africains peuvent et doivent se demander, à juste raison et bon droit, à quoi elle sert vraiment. Car ils ont besoin d’une Union africaine plus ambitieuse dans les actions qu’elle ne l’est en ce moment.

 

La situation de chaos actuel en Libye est là malheureusement pour rappeler aux Africains – et ce n’est que pur euphémisme – que l’Union africaine actuelle est à leurs yeux inefficace à tous les niveaux. Sinon comme comprendre que des puissances étrangères, fût-il sous l’onction de l’ONU, puissent s’arroger le droit d’intervenir sur son territoire, au mépris de ses objections. On a beau aimer ou ne pas aimer l’ancien président libyen Mouammar Kadhafi et souhaiter sa déchéance ou non, la question n’est pas là. Elle est au niveau du principe qu’on ne peut pas faire fi du refus d’intervention militaire en Libye opposé par l’Union africaine  pour engager les combats qui ont conduit à la chute de Mouammar Kadhafi. Preuve, s’il en était encore besoin, que cette Union africaine-là, ne fait l’objet d’aucun respect en dehors de ses frontières.

 

Le vrai problème de l’élite africaine, et surtout de l’élite politique, c’est qu’elle omet souvent que sans les peuples pour la soutenir, elle ne représentera toujours que l’ombre d’elle-même à l’étranger. Et on ne l’utilisera que chaque fois qu’il serait question d’obtenir quelque chose au plan domestique, et très souvent au détriment des Africains.

 

Or, ce dont rêve aujourd’hui les peuples d’Afrique, c’est d’une Union africaine dont on verrait partout des traces de ses actions dans les hameaux les plus reculés du continent, à travers par exemple des constructions d’écoles ou de routes, des aides aux agriculteurs ou aux femmes… Sans rien attendre de l’étranger. Une Union africaine qui fait d’une priorité, le développement de l’économie et des sociétés et institutions africaines à l’échelle continentale. Avec à la clé dans cette dynamique, des critères de convergences non seulement économiques mais également politiques pour tous les pays membres. Bref, une Union africaine qui dirige l’Afrique vers une Fédération dotée d’une Constitution en bonne et due forme, sans renvoyer son objectif final – c’est-à-dire les Etats-Unis d’Afrique – à l’endroit ou au moment où le ciel touche la terre, pour ainsi s’exprimer en langage africain. Comme pour dire, tout simplement, aux calendes grecques.

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