BENIN / PRESIDENTIELLE DE MARS 2016 – Les sept (07) handicaps de Lionel Zinsou

Nommé Premier ministre du Bénin depuis le 18 juin dernier par le président Boni Yayi en fin de mandat, le Franco-Béninois Lionel Zinsou est déjà perçu par tous les acteurs sociopolitiques du pays comme un candidat à la présidentielle de mars 2016. Sa nomination n’étant rien d’autre qu’un tremplin pour préparer la succession d’un président qui a failli sur toute la ligne, et qui veut assurer à tout prix ses arrières. Mais outre le lourd passif du régime Boni Yayi, son « dauphin » devra surmonter de sérieux handicaps sur le chemin qui mène au Palais de la Marina de Cotonou. Et il lui faudra aussi compter avec la « béninoiserie », sous toutes ses formes.

 

Lionel Zinsou, Premier ministre du Bénin.Lionel Zinsou, Premier ministre du Bénin.

 

La nomination par le président Boni Yayi du Franco-Béninois, Lionel Zinsou, au poste de Premier ministre du gouvernement du Bénin a été accueillie sans grand enthousiasme. Et ce n’est que pur euphémisme, au regard de toute la littérature qui s’est développée et continue de se développer aussi bien dans les médias béninois, africains que sur les réseaux sociaux. Si la volonté de Lionel Zinsou de briguer la magistrature suprême du Bénin était envisageable par tout observateur averti de la vie sociopolitique béninoise, la surprise vient peut-être du fait qu’il ait accepté le poste de Premier ministre d’un régime qui doit se présenter devant les électeurs béninois pour être jugé sur ses actions en dix ans de gestion du pays.

 

D’emblée, le peu d’enthousiasme et voire l’hostilité affichée par certains Béninois quant au parachutage de Lionel Zinsou dans le gouvernement de Boni Yayi ne doit pas être pris comme la manifestation d’un certain racisme envers lui. Loin s’en faut ! Les Béninois adorent leurs enfants de la Diaspora, mais ils sont tout aussi naturellement soupçonneux en politique et méfiants vis-à-vis de tous ceux qui possèdent la double nationalité, uniquement française dans le cas d’espèce. Qu’ils soient résident au Bénin ou en France. Passé colonial oblige ! Et Lionel Zinsou aura bien des handicaps à surmonter. Car, du moment où il a accepté de s’engager dans la politique béninoise, il n’aura pas plus de traitement de faveur que n’importe quel acteur politique. Bien au contraire.

 

 

1 – Patrice Talon

L’homme d’affaires béninois, magnat du coton et milliardaire ; Patrice Talon, contraint à l’exil à Paris par le régime du président Boni Yayi est un sérieux handicap aux ambitions présidentielles de Lionel Zinsou. Et pour cause, sa candidature est elle aussi de plus en plus évoquée par les médias béninois. Si elle se confirmait, entre l’homme d’affaires Patrice Talon et le banquier Lionel Zinsou, le choix est clair pour la majorité des Béninois. En raison de l’hostilité majoritairement affichée de l’opposition béninoise à l’égard de Boni Yayi et des réseaux dormants ou actifs que l’ancien ami et financier des campagnes électorales de Boni Yayi qui est finalement devenu son pire ennemi, possèdent encore partout dans le pays.

 

L'homme d'affaire et milliardaire béninois, Patrice Talon, la "bête noire" du président Boni Yayi.L’homme d’affaire et milliardaire béninois, Patrice Talon, la « bête noire » du président Boni Yayi.

 

Même si Patrice Talon n’est pas candidat à la présidentielle de mars 2016 au Bénin, il n’a manifestement aucun intérêt à laisser arriver au pouvoir un quelconque « dauphin » de Boni Yayi. Le règlement des nombreuses affaires qu’il a gagnées en procès contre l’Etat béninois et que le président Boni Yayi s’entête à ne pas vouloir reconnaître ou faire exécuter en dépend. D’ailleurs, l’opinion publique béninoise pense que c’est pour empêcher Patrice Talon de rentrer dans ses droits ou d’accéder à la présidence de la République que Boni Yayi est allé chercher son « Joker » Lionel Zinsou à Paris.

 

2 – La façon dont il a été nommé Premier ministre

Lionel Zinsou est Franco-Béninois. Il n’est ni plus Béninois ni moins Béninois que tout Béninois. De ce point de vue, il peut remplir n’importe quelle mission pour le Bénin du moment qu’il jouit de ses droits de citoyen béninois. Le hic dans sa nomination au poste de Premier ministre demeure fondamentalement dans la forme. Ce fameux voyage de Boni Yayi à Paris pour rencontrer à l’Elysée le président français, François Hollande, au motif de parler de Boko Haram, alors que le Bénin est actuellement invisible dans la lutte contre cette secte islamiste. L’annonce de la visite de travail de François Hollande au Bénin le 2 juillet pour débuter sa tournée africaine. Et finalement, l’annonce de la nomination de Lionel Zinsou.

 

Tout cela a été perçu et vécu par de nombreux Béninois comme de la comédie, du reste humiliante à leurs yeux. Cela explique le peu d’enthousiasme qu’ils ont ainsi manifesté suite à la nomination de Lionel Zinsou en tant que Premier ministre du Bénin. D’autant plus qu’il y avait mieux à faire comme scénario que celui produit et qui semble cousu de fil blanc.

Au pays de Béhanzin, Bio Guerra et Kaba, il est des humiliations qu’on éprouve souvent du mal à mettre dans l’oublioir et le faire fonctionner. Et ces ressentiments ont plus de poids souvent que n’importe quel autre intérêt. Sa nomination a manqué d’élégance et d’intelligence politique, dans sa forme.

 

Boni Yayi, Président de la RépubliqueBoni Yayi, Président de la République

3 – Boni Yayi

Le président béninois, Boni Yayi, est en lui-même l’un des plus grands handicaps à l’élection éventuelle de Lionel Zinsou comme président de la République du Bénin. Jamais depuis l’indépendance du Bénin – 1er août 1960 -, le pays n’a connu un régime qui l’a mené vers une telle régression dans tous les compartiments de la vie sociopolitique.

Outre les « Affaires Talon » qui ont empoisonné la vie des Béninois, c’est sous Boni Yayi que pour la première fois depuis la désormais historique Conférence des forces vives de la nation et la démocratisation du pays qui s’est ensuivie, l’on a observé:

  • Un président de la République qui a sérieusement mis à mal l’unité nationale par ses déclarations à caractère régionaliste ;
  • Des échéances électorales jamais tenues à bonne date ;
  • Une tentative acharnée de révision de la Constitution que seule la mobilisation des partis politique de l’opposition et de la société civile ne l’y a contraint à renoncer;
  • Des personnes persécutées et contraintes de fuir le Bénin pour un exil politique (Me Lionel Agbo, avocat, chef de parti et ancien conseiller de Boni Yayi ; Patrice Talon, homme d’affaires, ancien ami et financier des campagnes électorales de Boni Yayi ; Juge Angelo Houssou, juge et auteur des deux « non-lieux » prononcés dans les « Affaires Boni Yayi contre Patrice Talon ») ;
  • Des personnes mystérieusement portées disparu, sans traces, du jour au lendemain (Affaire Dangnivo, du nom de ce syndicaliste porté disparu et dont la mort soulève toujours bien des questions au Bénin) ;
  • Des scandales de corruption à répétition au sommet de l’Etat (la construction inachevée du nouveau siège de l’Assemblée nationale, Affaire ICC-Services, Affaire CEN-SAD, détournement de l’aide des Pays-Bas, etc.);
  • Des personnes admises à des concours d’entrée à la Fonction publique, sans même se présenter dans la salle de composition (certains députés, ministres et autres désignant ou cooptant leurs enfants, frères, neveux ou cousins et même ceux des maîtresses, etc.) ;
  • Le Parc national de la Pendjari, seule richesse de la très déshéritée région de l’Atacora et maillon très important du secteur touristique béninois livré au pillage des braconniers et leurs complices, au mépris des textes qui régissent la gestion de cette réserve de faune et des interpellations répétées des partenaires occidentaux, et notamment de la coopération allemande GIZ;
  • L’appartenance et la fidélité à la coalition Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) au pouvoir depuis 2006 érigées comme premiers critères de promotion au détriment de l’excellence ;
  • Des infrastructures routières, économiques, sociales dégradées à tel point que pour voyager du Sud du Bénin en direction du Nord, il faut aller contourner par Porto-Novo vers la frontière nigériane pour rattraper l’unique et principale voie qui relient les deux extrémités du pays. Bref, la liste est longue à égrener.

 

Tout l’exploit que le régime Boni Yayi aura réussi, en bientôt dix ans de gestion du pays, c’est de faire l’unanimité sur son échec, sa mal gouvernance, son manque de charisme et de se mettre à dos la majorité des Béninois, du Nord comme du Sud.

En acceptant le poste de Premier ministre et de se présenter comme le « dauphin » d’un régime avec un tel passif, Lionel Zinsou aura du mal à exercer son droit d’inventaire. Comment diantre se pourrait-il, puisqu’il était depuis Conseiller spécial de Boni Yayi tandis que le pays s’enfonçait dans toutes ces régressions. En tout cas, les Béninois qui sont champions pour de tels règlements de compte – il s’agit d’un sport national dont a parlé Emmanuel Mounier  bien avant même l’indépendance du pays -, ne lui feront pas de cadeau là-dessus. Le philosophe français, fondateur de la revue « Esprit », disait en effet alors que: « Le Dahomey (NDLR : Bénin aujourd’hui) est le quartier latin de l’Afrique. Mais cet intellectualisme fait de méchanceté et de mesquinerie est de nature à retarder le développement du pays. »

 

4 – Sa très grande implication au service de l’Etat français

Au Bénin, on voit toujours des complots partout. C’est, pour ainsi dire un « pays de complots et de comploteurs », en grande majorité. Cela aussi s’appelle un sport national. Le président Boni Yayi lui-même a vu deux principaux complots et qui ont fini par vicier l’atmosphère sociopolitique du pays et plomber par conséquent son développement ces dernières années. Il s’agit de la tentative d’empoisonnement contre sa personne et de la tentative de coup d’Etat contre son régime. Et derrière ces deux complots, il n’a vu qu’une seule personne: Patrice Talon.

 

Tout ceci pour dire que la nomination de Lionel Zinsou est vue aussi au Bénin comme un complot contre le Bénin. Un complot de la Françafrique pour quelqu’un qui se veut le porte-drapeau de l’inverse, puisque président de la Fondation franco-africaine pour la croissance « AfricaFrance », et jusqu’avant sa nomination président du fonds d’investissement « PAI Partners », et du reste imbibé d’un certain afro-optimisme. Faut-il le souligner, AfricaFrance bénéficie de l’appui du Quai d’Orsay (ministère des Affaires étrangères) et le MEDEF International (le patronat français) en vue de promouvoir des relations économiques entre la France et l’Afrique.

 

A ce propos, voici la réponse que Lionel Zinsou a donnée au journal Le Monde à la question de savoir comment il pourra concilier les intérêts français et béninois : « La vie des binationaux en France et au Bénin est sans grand nuage. Donc ce thème de la divergence des intérêts qui serait vécu intérieurement par des gens qui du coup seraient dissociés de la moitié d’eux-mêmes, qui seraient en faveur d’un pays ou de l’autre, est absurde. Quand je suis au Bénin, je suis 100 % béninois ». Ce n’est pas tant la nationalité béninoise de Lionel Zinsou qui souffre d’ambiguïté, mais plutôt de sa loyauté au Bénin. Les Béninois se sont toujours méfiés même des hommes politiques comme Me Adrien Houngbédji (actuel président de l’Assemblée nationale) qui vivent en permanence au Bénin dans leur rapport avec la France, a fortiori Lionel Zinsou. Et les Béninois  lui exigerons toujours, à chaque action au service de l’Etat béninois, la preuve de sa loyauté. Il va falloir qu’il s’y fasse. S’il y avait des tares congénitales aux peuples, le fait d’être soupçonneux serait la première à se greffer à celui du Bénin. Soit. Lionel Zinsou n’a jamais caché ses amitiés avec Laurent Fabius, l’actuel ministre français des Affaires étrangères dans le cabinet duquel il avait déjà travaillé quand celui-ci était Premier ministre de France.

 

Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères.Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères.

 

Jamais la presse française ne s’était auparavant épandue en éloges à l’égard d’un Franco-Béninois. Et cela a fini par agacer certains, au point d’entraîner des réactions du genre : « Si Lionel Zinsou est vraiment l’homme-solution-à-tout, pourquoi la France ne le prend pas, elle qui est empêtrée dans des problèmes à n’en plus finir… », ou encore « …Le Bénin n’est ni une banque, ni une entreprise…c’est un territoire avec des peuples et des réalités sociologiques… ». Il faut dire que les Béninois en ont assez de ces économistes dont on leur fait miroiter les compétences à grand renfort médiatique, et qui découvrent finalement au contact des réalités du pays que c’est bien plus compliqué que tout ce qu’ils avaient imaginé. On a beau évoquer ses états de services ou ses compétences, cela n’impressionnera ou n’influencera pas vraiment les Béninois. La gestion des hommes étant différente de la gestion des finances ou des affaires. Sinon, les Béninois franchiraient sans scrupules la frontière avec le Nigeria pour aller à 100 km seulement à Lagos chercher Aliko Dangoté, l’homme le plus riche d’Afrique.

 

Pour parler un langage plus terre à terre, les Béninois « s’en foutent » que quelqu’un sorte de la cuisse de Jupiter ou de celle du Bon Dieu, la première des choses qu’ils exigent, c’est le respect. Boni Yayi lui-même ne le sait que très bien qui se courbait du haut de sa taille pour quasiment toucher le sol devant les Béninois, avant son accession à la magistrature suprême. Ensuite, comme diraient les électeurs béninois : « à défaut d’arguments convaincants, il faut des billets de banque convaincants ». Si Lionel Zinsou, le ci-devant banquier d’affaires compte s’y faire, le cas échéant il a déjà une chance… Mais alors, quid de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption ? On sait toujours quand on commence, mais jamais jusqu’où on ira dans cette affaire.

 

5 – Les autres candidats adversaires

Il y a quelques années, le journaliste d’origine béninoise Francis Kpatindé écrivait dans un numéro de l’hebdomadaire Jeune Afrique, que le Bénin est le pays où tout le monde veut devenir président de la République. La présidentielle de mars 2016 dépassera de loin, en cela, toutes les espérances. Tant le record de candidatures sera battu, non seulement au niveau national mais aussi continental peut-être. La véritable raison en est que la déception est tellement grande à l’égard des deux mandats présidentiels de Boni Yayi que chacun propose son offre de services aux Béninois, convaincu qu’il ne pourrait pas faire pire.

 

Juge Angelo Djidjoho HoussouJuge Angelo Djidjoho Houssou

Les premiers adversaires de Lionel Zinsou seront sans doute ceux qui ont eu maille à partir avec le président Boni Yayi. Parmi eux, le jeune mais courageux juge Angelo Houssou que son engagement au service de la justice et du droit a fait vivre toutes sortes de persécutions au Bénin, avant qu’il ne se décide à fuir et à s’exiler au pays de Barack Obama en 2013.  Il y est depuis exilé politique. Sans son indépendance et sa droiture, nul ne sait dans quelle situation le Bénin aurait basculé en son temps. Sa candidature ne fait plus l’ombre d’un doute. Et il s’est même déjà libéré de son statut d’exilé politique aux Etats-Unis avant son retour prochain au Bénin.

 
Après lui, il y sans doute Patrice Talon dont tout le monde susurre la candidature. Mais le milliardaire béninois, ancien ami de Boni Yayi qui l’a accusé de tentative d’empoisonnement et de tentative de coup d’Etat et qui a réclamé en vain son extradition à la France n’a encore personnellement rien dit à ce propos. Ce qui ne veut pas dire que cette éventualité est écartée. Surtout depuis que l’on sait maintenant que Lionel Zinsou est en pole position.

 

Fac similé Juge Angelo Houssou PHOTO

A ces deux noms, on peut également mettre le brillant avocat et chef de parti, Me Lionel Agbo, qui a d’ailleurs encore été violemment agressé récemment. Cet ancien Conseiller de Boni Yayi et qui s’est présenté aux différentes élections présidentielles depuis qu’il a quitté la France pour s’installer au Bénin et créer son parti, n’a pas encore révélé ses intentions.

 

A ces principaux adversaires de Boni Yayi et de Lionel Zinsou par procuration, il y aura les candidats traditionnels de l’arène politique nationale comme l’ancien Directeur Afrique du FMI, ancien président de la Banque ouest africaine de développement (BOAD), Abdoulaye Bio Tchané ; Pascal Koupaki, ancien Directeur de cabinet du Premier ministre Adrien Houngbédji, ancien Premier ministre du président Boni Yayi, le candidat de la Renaissance du Bénin (RB) et fils de l’ancien président Nicéphore Soglo, à savoir Lehady Soglo, le candidat du Parti social démocrate (PSD) Emmanuel Golou, le candidat du Parti du renouveau démocratique (PRD) de Me Adrien Houngbédji, encore inconnu, les députés Janvier Yahouédéhou, Eric Houndété, Général Robert Gbian, le Général Fernand Amoussou, etc. Pour ce qui est de la gente féminine, on pourrait s’attendre aux candidatures de Célestine Zannou, Me Marie-Elise Gbèdo, Reckya Madougou pour ne citer que celles-là. Il y aura, manifestement, beaucoup de monde sur la liste. Elle va s’allonger démesurément…Et une fois encore, le Bénin étonnera le monde par sa singularité. Comme qui dirait : « petit pays, grand problème ».

 

6 – Sa méconnaissance des réalités béninoises

Du Bénin ou des Béninois, que sait vraiment Lionel Zinsou ? A ces questions, on pourrait y répondre qu’il n’en sait pas grand-chose. Il connaît sans doute partiellement le Bénin dans sa réalité physique. Mais on peut parier que dans ses réalités sociologiques et sociopolitiques, les alliances et les détestations séculaires qui ont la vie dure dans un contexte béninois, toutes ces réalités avec leurs corollaires qui échappent même à des acteurs du paysage politique national ; lui sont tout à fait étrangères. Et puis, il serait tout à fait prétentieux de connaître une société dans laquelle on n’a jamais vécu continûment ou dont on n’a pas souvent été aux prises avec ses réalités les plus complexes et les plus profondément ancrées.

 

On a vu Lionel Zinsou ces derniers jours tantôt en « Agbada » et tantôt en « Boumba » depuis qu’il s’est installé à Cotonou. Histoire de prendre la couleur locale ou la tenue locale, c’est selon. Cela fait partie du jeu, et il n’y a pas plus joueurs avec les politiques que les électeurs béninois. Maintenant, il doit apprendre le Bénin, pas physiquement mais ses hommes plutôt. Et cela ne saurait se faire en un an, encore moins en quelques mois…Il sera donc contraint de s’arc-bouter sur l’appareil des FCBE – la coalition au pouvoir – qui, à bien y regarder, n’est plus sans doute le même depuis que bien des ministres ont pris leurs quartiers dans l’hémicycle pour exercer leur mandat de député. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que la place de « dauphin » était réservée au Vice-Premier ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Professeur François Abiola. Lequel se voyait déjà en présidentiable avant qu’il ne la lui ravisse. La boîte de Pandore des FCBE n’est donc pas encore ouverte et elle pourrait réserver bien des surprises.

 

Une manifestation des partisans de l'opposition béninoise dans les rues de Cotonou.Une manifestation des partisans de l’opposition béninoise et des militants de la société civile dans les rues de Cotonou pour réclamer le respect de la Constitution et la tenue des élections au régime du président Boni Yayi.

 

7 – La « béninoiserie »

La « béninoiserie » ou cette « propension caractérielle à nuire ou à dénigrer autrui avec préméditation, et cela sans raison aucune que le fait de ne pas être à la place de l’autre » est le jeu favori de la classe politique béninoise. Lionel Zinsou n’est sans aucun doute pas comptable du passé politique de son oncle Emile Derlin Zinsou, mais il faut penser que certains de ses adversaires le rappelleront aux souvenirs des électeurs le moment venu, en l’occurrence dans le Bénin profond où on ne l’associera que par rapport à cet oncle-là et au fameux « Zinsou Takpè » (Impôt Zinsou) ainsi qu’à l’agression armée du mercenaire Bob Denard contre le Bénin, le 16 janvier 1977. L’ancien président Mathieu Kérékou a déjà certes réglé définitivement cette affaire qui avait empoisonné ses relations avec ceux qu’il considéraient comme les protagonistes, notamment le Gabon d’Omar Bongo, le Maroc de Hassan II et son prédécesseur Emile Derlin Zinsou. Mais comment présenter le nouveau Premier ministre du Bénin dans le Bénin profond, à un paysan de Tchoumi-Tchoumi par exemple, sans en référer à son oncle, en l’occurrence Emile Derlin Zinsou ?

 

Si du temps de leurs ancêtres Bèhanzin, Bio Guerra et Kaba, ils pouvaient livrer « au prix du sang, des combats éclatants » parce que « la parole versée par terre n’était jamais ramassée », la clochardisation politique à laquelle l’immense majorité des électeurs a été soumise et son corollaire d’achat de conscience ont rendu bien des Béninois plus fourbes que Scapin, plus machiavéliques que Machiavel et plus traîtres que Judas. Il suffit de faire miroiter quelques intérêts ou des espèces sonnantes et trébuchantes pour ce faire. Les Béninois ont cependant l’imagination on ne peut plus féconde en « béninoiseries ». Et la candidature de Lionel Zinsou donnera, sans aucun doute, libre cours à leur fertile imagination. D’ici à mars 2016, gageons qu’ils se montreront plus capables du meilleur que du pire !

 

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