Les trois missions avortées du président Obama

LES TROIS MISSIONS AVORTÉES DU PRÉSIDENT OBAMA, le théoricien de l’espérance et du rêve politiques d’un « autre monde »... Par Grégoire Biyogo, philosophe, politologue et égyptologue, Président du Mouvement d’Actions Panafricain (MAP-FRANCE)

 

Grégoire Biyogo PHOTO OK

I-L’espérance réelle d’une élection

L’élection d’Obama à la Magistrature suprême des Etats-Unis a cristallisé les espoirs du Monde, et pas seulement au sein des Noirs du monde entier. C’est que, par son profil, il avait bu à la mamelle de l’islam et du christianisme, été formé aux études de droit, et donc rompu aux institutions américaines, issu d’une Communauté qui avait été exclue injustement du Capital qu’elle avait contribué à édifier, Obama réunissait toutes les conditions pour porter incidemment ou directement trois rêves, celui des Africains Américains qui avaient lutté des années durant contre le ségrégationnisme, et en avaient été tués, assassinés, même lorsqu’ils appelaient à l’unité des Citoyens américains comme le pasteur King. Ils seraient donc enfin réhabilités et pourraient apporter leur philosophie de la paix et leur exigence du vivre-ensemble au Monde… Puis Obama a incarné le rêve d’une Amérique réconciliée avec elle-même, retrouvant de la sorte le Rêve des pères fondateurs de sa Constitution, demeurée jusqu’ici irréalisée…

 

Obama portait aussi l’espoir des SANS VOIX, des Exclus et des opprimés du monde entier, en cela toute la planète se reconnaissait en lui. Ainsi donc, les concepts d’audace et d’espérance qui cristallisaient sa vision du monde étaient-ils pertinents, justes et prometteurs sinon d’un autre Monde, tout au moins d’une autre façon de gouverner et de rééquilibrer les Relations internationales. En effet, après la Chute du Mur de Berlin et la faillite du Bloc de l’Est, après la chute des partis uniques et après les Conférences nationales en Afrique, au lendemain de la Guerre froide, l’on s’attendait à une décrispation des Relations internationales, et à la formation d’un autre espace d’échanges économiques et politiques, moins injuste, plus attentif au droit, à la tolérance et à l’esprit d’invention et d’ouverture.

 

1. La désillusion d’un rêve sommaire

Or, il n’en est rien. Un autre bloc s’est formé, plutôt multi-interventionniste : l’Euro-Amérique, sous le nom entre autres de l’OTAN, qui a fini par uniformiser l’économie et la politique du monde, et reconduit les démons du vieux Monde bicaméral, aggravant les conflits du Monde arabe et en Extrême-Orient, contrôlant et confisquant les flux pétroliers, les circuits financiers, les gisements de minerais du Bassin méridional et centre-continental africain, différant la réalisation de la souveraineté des ETATS AFRICAINS, maintenant en l’état le schéma binaire et manichéen du Centre et de la Périphérie, sans se soucier de l’équilibre des zones planétaires, dans la perspective de la globalisation des échanges. Cette idée, généreuse à l’origine, a fini par apparaître aux pays du Sud comme une nouvelle ruse pour les reléguer à des marchés de consommation, dénués de toute offensive à la productibilité, au véritable échange.

 

III. De la substitution de la grande division manichéenne Est-Ouest

Par un autre manichéisme Euro-Américain (l’Otan) versus pays périphériques ?
Ainsi donc, à la balkanisation du monde par le schéma Est versus Ouest, qui avait caractérisé et obstrué le XX ème siècle, s’est substitué un autre schéma, au demeurant tout aussi réducteur et autoritaire : l’Euro-Amérique, avec une gestion unidimensionnelle et dominatrice des découvertes, des richesses, des échanges du monde et des conflits traditionnels confinés à l’économisme, sans volonté – même minimale – de créer un système pensé, visant à rééquilibrer les Relations internationales, à en corriger les déséquilibres flagrants, avec une ossature impériale et militaro-industrielle dont l’usage outrepasse l’idée de la sagesse des Nations, violente la justice, la souveraineté des Etats et instrumentalisent les Résolutions onusiennes, qui apparaissent aujourd’hui comme des prétextes pour les va-t-en Guerre contre les pays pétroliers, ainsi de l’Afghanistan (premier producteur mondial), de la Côte d’Ivoire (découverte d’un immense gisement pétrolier) et de la Libye (l’un des plus importants producteurs mondiaux de pétrole).

 

Les motifs invoqués pour contraindre l’ONU à valider ces guerres sont souvent restés faibles,prétextuels, creux. Et l’inapplication de Résolutions de cette même ONU sous d’autres cieux qu’en Afrique atteste de l’injustice flagrante et de la dé-crédibilisation de cette instance aux yeux de la Communauté des élites progressistes, des étudiants, des paysans de la Nouvelle Afrique.

 

IV- Les trois Missions avortées d’Obama

 

1-L’élaboration d’une politique africaine progressiste et libérale des USA
La première Mission du président Obama était historique, internationale : le recentrage de la politique africaine des Etats-Unis, avec un réel effort de Développement et de promotion de la Démocratie. Le soutien récent d’Obama à des dirigeants africains portés à la gestion de l’Etat par la Force, en molestant les leaders de l’opposition, et sa participation aux deux Guerres africaines ont créé un profond trouble dans la conscience politique des élites intellectuelles et politiques progressistes du continent africain. Non pas que celles-ci aient un tant soit peu ignoré que l’économique déterminait les intérêts entre les Etats, mais l’espérance préjugeait un tout autre état d’esprit.

 

2-La résolution – ou du moins sa mise en route –du conflit israélo-palestinien.

Héritier de la pensée politique des Du Bois, Washington, Marcus Garvey, Martin Luther King, Malcom X, reprise aujourd’hui en la renouvelant par des universitaires prestigieux comme Cornel West (qui a rompu avec l’équipe Obama) et son ami Henry Louis Gates (lequel a eu des ennuis avec les forces de l’ordre sous Obama), la Nobel Tony Morrison, les penseurs T. L. Outlaw, Robert William, Angela Davis, William Fontaine, Johnson Percy…

 

Obama porte la triple vision de la paix des visionnaires Noirs et de la solidarité républicaine des pères fondateurs des indépendances américaines, puis de l’humanisme politique des Kennedy, assassinés comme les Révolutionnaires Noirs… Obama appartient à la lignée des grands visionnaires pacifistes américains, en plus de l’héritage africain en lequel il se reconnaît par son père : les Nobel de la Paix D. Tutu, Nelson Mandela, le Nobel de littérature Wole Soyinka, le savant africain Cheikh Anta Diop, les pères fondateurs de l’unité africaine (Nkrumah…). Ainsi, il portait en lui la possibilité de tirer argument de ses riches héritages de pacifistes pour instruire un discours tout aussi pacifiste dans le conflit israélo-palestinien, qui ne peut être réglé « intra muros », mais « extra muros », à la faveur d’une vision pacifiste forte. Car seuls les pays forts peuvent faire la paix. Ce n’est pas encore le cas.

 

3. La redéfinition des orientations politiques des USA

Le désaveu général suscité par l’Amérique de Bush au lendemain des mensonges et des scandales de la Guerre du Golf avait atteint son point paroxystique avant qu’Obama n’entrât à la Maison Blanche. Les grandes lignes de son programme économique le donnaient pour la recentrer vers l’écologie politique, en réconciliant droits de l’Homme et Gouvernance, puis économie et Environnement. Mais aussi en déconstruisant le visage ultra-militariste des USA, par une politique de l’Armement dissuasive, au service de la paix du monde. Il est apparu que le crise économique et financière mondiale survenue contre toute attente a créé une mauvaise conjoncture et l’a pénalisé sans doute lourdement, tandis qu’il avait commencé à mettre en pratique son programme social, en l’occurrence avec l’adoption de la fameuse Couverture sociale au bénéficie des Citoyens américains… Il reste que, cette vision écolo-politique n’a pas vu le jour. Le Nobel de paix hérite d’une Guerre structurelle (Afghanistan) et est acteur de deux autres Guerres avec la France (Côte d’Ivoire et Libye). Aux dernières nouvelles, des unités américaines sont actuellement infiltrées en Afrique de l’Est jouant le rôle inverse que celui pacifiste auquel on se serait attendu.

 

Par conséquent, les trois Rêves d’Obama semblent sinon avoir avorté du moins sont-ils en train de vaciller, de s’effondrer au cachot de la déception de tous ceux qui avaient cru en cette espérance qu’il symbolisait parfaitement. L’Afrique, l’exclue du Développement n’aura pas connu une seule avancée industrielle, économique et démocratique, ni même une Aide au Développement conséquente, et moins encore de recadrage, à défaut de l’Annulation de la Dette… L’Afrique aurait-elle donc espéré une espèce de Météore ?

 

A la montée impériale de ce qui constitue déjà pour beaucoup d’Africains un second Axe du Mal contre l’Afrique, lui reste la création du Grand Bloc méditerranéen et subsaharien continental, avec un fonds philosophique et culturel unitaire, un marché commun, un même espace politique, une même volonté de reconquérir sa souveraineté déchue dans tous les sens du terme. Il lui reste le rêve fédéral des Etats-Unis d’Afrique. Le rêve d’une « autre Afrique ».

 

Grégoire Biyogo, Politologue, philosophe, égyptologue, Lauréat de la Sorbonne, Chevalier de la Pléiade, professeur aux Universités d’Afrique et de France.

 

Paris, le 27 octobre 2011.

 

Le . Par Grégoire Biyogo.

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