Quand l’Afrique se réveillera…

« Je voulais venir ici parce que l’Afrique va de l’avant. Le taux de croissance de l’Afrique est l’un des plus robustes du monde. Les gens commencent à sortir de la pauvreté, les salaires augmentent, la classe moyenne s’élargit, et des jeunes comme vous embrassent les technologies pour changer la façon dont les Africains font des affaires ». Ce sont, entre autres, des propos que le président américain, Barack Obama, a tenus le 25 juillet au sommet mondial de l’entrepreneuriat à Nairobi au Kenya. Ils n’ont manifestement  aucune similitude avec ceux de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy qui, dans son discours sur l’Afrique à Dakar au Sénégal, balançait à la figure des Africains que : « le drame de l’Afrique est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire… »

 

Même si nous ne sommes pas tout à fait dans le même registre et dans le même contexte, il convient de rappeler que les propos de Nicolas Sarkozy ne traduisaient qu’une profonde méconnaissance de l’histoire de l’Afrique et du monde. Car sans l’Afrique, il n’y aurait tout simplement pas d’histoire. Il s’agit-là d’une vérité de La Palice. Soit. Ce que Nicolas Sarkozy n’a pas su ou aurait dû dire, c’est peut-être que : « le drame de l’Afrique est que l’homme moderne africain n’a rien compris à « l’histoire » de la géopolitique ou de la géostratégie »…Ou du moins, qu’il ne l’a pas encore intégré dans sa vision prospective de gestion du pouvoir.

 

En effet, les Africains et avec leurs dirigeants au premier chef se comportent toujours comme si le monde actuel était ce mythique pays d’Eden dont nous parle l’histoire biblique. Comme si les rapports d’Etat à Etat n’obéissaient pas à une logique d’intérêts insondables, à la fois économiques et politico-diplomatiques. Et enfin, tout comme si l’Afrique n’avait connu ni esclavage ni colonisation. Qui pis est !

 

Du reste, tout observateur attentif et averti de l’échiquier continental peut noter un certain sentiment d’adversité de plus en plus grandissant à l’égard de l’Occident, surtout dans les pays d’Afrique Noire. Mais ce n’est point en s’opposant aux pays de l’Occident qui l’ont balkanisée et colonisée que l’Afrique va se développer. Pas plus qu’à ceux de n’importe quel autre continent, pour quelque raison que ce soit. Les Africains n’ont pas à vivre continuellement dans leur passé de triste souvenir ou à développer des sentiments antioccidentaux, des rancoeurs ou des complexes.

 

Bien au contraire, ils doivent s’en débarrasser pour se projeter dans le futur en considérant dorénavant les Occidentaux comme des partenaires, mais à la condition expresse que leurs relations soient empreintes de respect et d’intérêts réciproques. L’Afrique doit rester le plus ouvert possible à tous les pays du monde, et ne privilégier seulement que ceux qui respectent la dignité et les intérêts de ses peuples. Et pas uniquement les intérêts de ses dirigeants, comme on peut malheureusement très souvent s’en rendre à l’évidence.

 

Qui a dit que l’Afrique est pauvre ! Ce n’est pas vrai. C’est même archi-faux. Si l’Afrique était vraiment pauvre, tous les pays du monde ne se rueraient pas sur ce continent. L’Afrique est et restera pauvre si et seulement si elle reste uniquement un marché de consommateurs où l’on ne vient que pour déverser tous les produits du monde ; et si elle n’intéresse le reste du monde que parce qu’elle dispose actuellement d’une démographie avantageuse. En somme, un marché de consommateurs et rien de plus ! Faisons un peu de mathématiques en commençant par le plus simple. Si une, deux, voire X… sociétés africaines ou même étrangères mais installées en Afrique se partageaient le marché des motos en les fabriquant sur place en Afrique, imaginez ce que cela rapporterait au continent. Et multipliez cela par le nombre de secteurs d’opportunités et vous comprendrez que l’Afrique est infiniment plus riche que les autres continents si l’on ajoute ses ressources humaines et ses ressources naturelles. Parce que tout est à faire ici et qu’il y a d’infinies opportunités. Le problème, c’est à la tête et dans la tête.

 

L’Afrique des dictateurs, des guerres, des famines, des coups d’Etat, de la corruption, de la misère ambiante, du déni de justice, de l’avilissement et de l’abêtissement, du larbinisme et du désespoir, de la soumission et de la démission…Toute l’Afrique de ce qui ne va pas, c’est-à-dire de L’AFRO-PESSIMISME ou de L’AFREUX PESSIMISME, peut bel et bien être un mauvais souvenir demain.  Pour cela, c’est aujourd’hui que les Africains doivent préparer cette Afrique-là. Tout ce qu’il faut à l’Afrique, c’est L’INTELLIGENCE AU POUVOIR – au-delà des questions d’appartenance ethnique, de région ou de confession -, et non le contraire. Et pour cela, les Africains ont non seulement besoin d’hommes intelligents au pouvoir mais aussi et surtout d’hommes d’INTELLIGENCES. Car, la réalisation du rêve de la Fédération des Etats-Unis d’Afrique est par exemple un acte d’intelligences. Il s’agit, au surplus, du plus précieux legs que les générations actuelles doivent à la postérité.

 

« Ils ont échoué parce qu’ils n’avaient pas commencé par le rêve », écrivait fort joliment William Shakespeare. En effet, les générations précédentes ont échoué parce qu’elles n’ont jamais commencé. Si les Africains d’Afrique et de la diaspora, n’osent pas ici et maintenant en exigeant une marche au pas de charge vers les Etats-Unis d’Afrique à leurs dirigeants, le continent ira chaque jour de mal en pis et deviendra un théâtre on ne peut plus désolant. En dépit de ses innombrables potentialités et opportunités. L’effroyable péril terroriste est actuellement là pour le rappeler tristement à tous les Africains.

 

L’évolution du monde actuel est telle que l’Afrique se doit d’utiliser son retard en matière de développement comme un capital important à transformer en avantage – en essai comme on dit en rugby – en tirant les leçons de toutes les expériences, sans exception aucune. Elle a l’avantage, contrairement à bien des continents, d’être un réservoir de ressources naturelles et de ressources humaines. Ce sont des atouts qui doivent permettre à l’Afrique de réussir son développement. L’Afrique, si elle s’évertuait déjà à mieux gérer ses propres ressources et à lutter contre la corruption n’a, en réalité, pas besoin d’aide financière pour continuer à entretenir des économies mal organisées et condamnées à être moribondes ou des dirigeants corrompus et repus. L’Afrique a tout simplement besoin d’un bon leadership et d’institutions qui fonctionnent. Pour reprendre Barack Obama et lui encore : « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions ». Et la seule aide que l’Occident puisse lui apporter, c’est déjà de ne pas interférer tous azimuts dans le choix de ses dirigeants en l’accompagnant à travers des élections libres, justes et transparentes afin d’asseoir des démocraties légitimées et résolument modernes. Des démocraties inspirées des cultures africaines, pensées et voulues par les Africains eux-mêmes. C’est aux Africains d’inventer leurs modèles démocratiques par tous les moyens et non aux autres de leur indiquer des modèles à choisir, et d’empêcher ainsi les autres d’interférer dans leurs affaires domestiques.

 

Au lieu de réfléchir et de choisir eux-mêmes les voies qui doivent les conduire à un développement harmonieux et cohérent en tenant compte de leurs propres réalités,  les Africains ont cette fâcheuse propension à préférer la facilité des raccourcis, des transpositions inadéquates calquées de l’étranger au détriment des alternatives endogènes. Une telle situation fait que les pays du continent ne peuvent avancer qu’en tâtonnant à l’aveuglette, sans boussole, avec une seule certitude : celle de ne pas savoir ni pourquoi ils avancent ni où ils vont.

 

Au-delà de l’organisation politique, économique et sociale qu’impose la globalisation à travers ses grands ensembles, l’Afrique n’a qu’une seule chance à saisir : l’union du continent. Si les Africains veulent changer leurs conditions de vie, les relations que les autres pays du monde entretiennent avec leur continent et entrer dans la modernité, ils doivent un engagement inconditionnel à la réalisation de la Fédération des Etats-Unis d’Afrique. Et la question n’est même plus de savoir s’il faut réaliser l’unité de l’Afrique, mais comment et le plus rapidement possible.

 

L’engagement des Africaines et des Africains du continent tout comme de la diaspora, soucieux de changer de façon positive et efficace le destin de leur continent, ne peut qu’être celui de tous les instants. Il appelle à une mobilisation soutenue et par tous les moyens, en vue d’atteindre l’objectif final : un chef d’Etat, un gouvernement fédéral et des Gouverneurs d’Etat, une armée fédérale républicaine, et un citoyen égal à une voix. Pour ce faire, il ne faut pas attendre que les dirigeants politiques acceptent cette voie avec un grand empressement. Loin s’en faut. Ils diront toujours que les citoyens africains sont impatients et qu’ils travaillent chaque jour à réaliser l’unité de l’Afrique contrairement à ce qu’ils pensent. Mais les citoyens voudraient bien y croire, sauf que le temps joue contre les Africains, et ils n’ont plus le temps d’attendre indéfiniment. Car le temps n’est pas élastique, même en Afrique au 21ème siècle.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

A lire aussi:

 

 

Courrier des Afriques a un an déjà …!

De la Renaissance africaine…

Quand l’Afrique se réveillera…

Comme Barack Obama, n’ayons pas peur du mot « Nègre » !

Qui a dit qu’on a les dirigeants qu’on mérite ?

La dette grecque, le « non » au référendum, l’Union européenne et les leçons pour l’Afrique…

Commentaires

  1. Le , etienne a dit :

    Une fédération des états d’Afrique ? Oui, c’est beau de rêver. Pour reprendre votre écrit :« Ils ont échoué parce qu’ils n’avaient pas commencé par le rêve », écrivait fort joliment William Shakespeare. Amha, vous êtes dans cette phase. La réalisation, c’est pas pour demain, ni après demain. Regardez, pour vous en convaincre, où en est le projet d’union européenne lancé dans les années d’après guerre…

    • Le , Marcus Boni Teiga a dit :

      Je conviens avec vous que ce n’est pas un pas aisé à franchir. Mais si, dans la vie, l’on ne se limitait qu’aux choses faciles…Cela dit, à la suite de la crise grecque, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a bien fini par reconnaître et déclarer: «Nous devons tirer les leçons de ce thriller grec. Une union monétaire sans union politique n’est pas durable. Nous allons maintenant changer l’Europe». Cet avis à l’intention de l’Union européenne et de ses dirigeants, comme je l’ai dit quelque part, vaut tout aussi pour l’Union africaine que pour les dirigeants africains.